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    Qui est sorti vainqueur du compromis?

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    MOSCOU, 2 décembre. (Par Piotr Romanov, commentateur politique de RIA Novosti). Il a été annoncé à Kiev qu'avec l'assistance de médiateurs étrangers les forces politiques antagoniques - "orange" d'un côté et "blanc et bleu" de l'autre - étaient enfin parvenues à un compromis. La signature du document conjoint a été scellée (pour la télévision) par la solide poignée de main - accompagnée d'un bon sourire réciproque - que se sont donnée les ennemis mortels d'hier, à savoir les deux demi-présidents Viktor Youchtchenko et Viktor Yanoukovitch. Une question se pose d'emblée: qui a donc réellement triomphé et qui est sorti vaincu de ce compromis?

    Si on laisse de côté les banalités selon lesquelles dans un compromis les deux parties ont fait des concessions ou, pour reprendre le langage diplomatique et protocolaire, des pas ont été faits vers un règlement profitable à l'humanité progressiste, que reste-t-il? Un troc: Youchtchenko retire sa garde orange des bâtiments gouvernementaux, c'est-à-dire que pour un temps il laisse les scribouillards ukrainiens rejoindre leurs bureaux tandis que Yanoukovitch et Léonide Koutchma avalent des couleuvres et admettent en échange avoir torpillé l'élection présidentielle qu'ils ont organisée. Maintenant c'est à la Cour suprême de dire si le scrutin a oui ou non été falsifié et dans quelles proportions.

    En tout cas il est d'ores et déjà évident que Viktor Yanoukovitch ne sera pas président. Si l'on procède à un nouveau second tour, il le perdra et si une nouvelle présidentielle est décidée, il est probable qu'il ne se représentera pas. Ce n'est pas pour rien que la foule orange a accueilli le compromis avec des cris de victoire. Sa victoire.

    Bien plus complexe est la question de savoir si cela peut être interprété comme une victoire de la démocratie et de dêmos, c'est-à-dire du peuple ukrainien. Le peuple ukrainien tout entier, y compris les partisans de Viktor Youchtchenko, parvenus comme il sied aux jeunes insurgés à l'état euphorique du stade initial, victorieux, de la révolution.

    On peut ne pas avoir de doutes, cette vague d'euphorie retombera. Ce n'est pas avec les deux parties scindées de l'Ukraine ni même avec les véritables représentants de l'Ouest et de l'Est du pays que les médiateurs étrangers ont négocié, c'est avec les mandataires des clans qui à cette étape historique n'ont pas réussi à s'entendre sur le partage à l'amiable du territoire qu'ils gèrent. Et aussi du legs laissé par le président Léonide Koutchma sur le départ. Le mot "peuple" utilisé au cours des manifestations et des pourparlers n'intéressait les négociateurs que comme incantation rituelle traditionnelle, pas plus. En Ukraine monsieur Kwasniewski défendait les intérêts polonais et augmentait le poids de la Pologne dans l'Union européenne. Monsieur Solana, formellement représentant l'Union européenne, défendait en réalité les intérêts de l'Occident dans son ensemble et de l'OTAN en particulier. Monsieur Gryzlov représentait la Russie mais sans disposer du poids politique requis, aussi était-il plutôt observateur que participant aux pourparlers avec voix délibérative. Enfin, Monsieur Koutchma, qui en paroles défendait fougueusement les intérêts de l'Ukraine, songeait manifestement à la place qui lui serait réservée demain sur l'échiquier politique ukrainien.

    Si la solide poignée de main ne relève pas de la farce, elle montre probablement que les deux clans se sont réellement entendus sur quelque chose.

    Les pronostics pour l'Ukraine restent peu réconfortants. Quelle que soit la décision que prendra la Cour suprême, quelle que soit la réforme politique décidée par la Rada (parlement), quel que soit celui qui accédera à la magistrature suprême, cela ne rapportera rien au peuple dans l'avenir prévisible. L'Ukraine continuera à manoeuvrer entre Moscou et les capitales occidentales. Quant aux politiciens millionnaires qui géreront l'Ukraine, ils se soucieront surtout de leurs comptes en banque et pas du tout des intérêts des "orange" et "bleu et blanc".

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