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    Le Caucase du Nord attend que Moscou s'implique activement dans la région

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    Par Alexéi Malachenko, membre du conseil scientifique du Centre Carnegie de Moscou, professeur au MGIMO du ministère des Affaires étrangères de Russie

    Dix ans après le début de la première campagne de Tchétchénie, le facteur tchétchène continue de jouer le rôle de détonateur pour tout le Caucase du Nord. Et cette tendance se maintiendra encore un certain temps. Les actions des terroristes dans cette région et dans l'ensemble de la Russie, la complexité des rapports entre la Tchétchénie et les autres républiques nord-caucasiennes - ces éléments ont attisé et continuent en permanence d'aggraver la tension dans le Caucase du Nord. Dans le même temps, la prise de conscience se renforce dans la région du fait que, dans la mesure où les élites locales sont incapables de prendre des décisions sérieuses et concrètes (pour l'essentiel elles se préoccupent de repartager la propriété), Moscou doit s'impliquer plus énergiquement, et surtout plus efficacement, dans le règlement des problèmes du Caucase du Nord.

    Trois variantes de développement des événements dans cette région sont possibles :

    Première variante - il se produit un miracle, on parvient à régler le problème de la Tchétchénie, les élites locales (caucasiennes) se mettent à travailler efficacement et acquièrent un nouveau prestige aux yeux de la population, ou encore, le Kremlin accepte l'accession au pouvoir de nouvelles élites. Finalement, les problèmes socio-économiques sont réglés, et notamment la question du chômage.

    Autre scénario possible - le plus vraisemblable: la stagnation dans toutes les sphères - politique, économique et sociale. Depuis de nombreuses années, la situation au Caucase du Nord ne subit aucune transformation sérieuse. Bien plus, elle s'accompagne en permanence de crises auxquelles tout le monde est malheureusement habitué. Et tout va continuer comme avant - les explosions tantôt à un endroit, tantôt à un autre, les solutions palliatives, puis tout recommence. C'est lescénario auquel nous assistons maintenant, quand après une période d'incroyable tension, liée à la fois aux élections en Tchétchénie, à l'attaque contre l'Ingouchie, à la tragédie de Beslan et aux événements de Karatchaïevo-Tcherkessie, une accalmie s'instaure. Le faible niveau de développement économique, le chômage, les problèmes sociaux, l'incompétence et l'inertie des élites locales - tous ces facteurs contribuent à l'escalade des conflits au Caucase du Nord.

    Cependant, on ne saurait exclure la troisième variante - celle du scénario catastrophe. Le Caucase du Nord est embrasé par un conflit majeur. Et ce ne sont pas les détonateurs qui manquent. Par exemple les rapports tendus entre les Ingouches et les Ossètes, la situation en Karatchaïevo-Tcherkessie, au Daghestan, où les contradictions ethniques se sont envenimées et où le problème du radicalisme islamique demeure actuel. Le Daghestan où une grande inconnue subsiste, à savoir qui dirigera cette république après les prochaines élections. Tous ces conflits potentiels peuvent éclater simultanément dans plusieurs endroits. Dans ce cas, le facteur tchétchène pourrait jouer un rôle déstabilisateur encore plus décisif. Pour le moment, le scénario catastrophe, s'il n'apparaît pas comme devant obligatoirement se réaliser, est néanmoins tout à fait envisageable.

    Et c'est précisément le risque de crise de grande envergure qui incite Moscou à prendre des mesures énergiques visant le règlement de la situation dans cette région. Le conflit tchétchène, en tant que tel, n'exerce guère d'influence sur la cote de popularité du président russe et des autres politiques. Ainsi, après la prise d'otages de Beslan (et ces événements sont un écho de la campagne de Tchétchénie), la cote de popularité du président n'a baissé que de 4%, alors qu'il y a quatre ans, après la catastrophe du sous-marin nucléaire Koursk, elle avait chuté de quelque 10%. Mais si l'ensemble du Caucase du Nord s'embrase, la cote de popularité du président Poutine et des membres de son équipe risque de s'effondrer.

    La probabilité de ce scénario pourrait amener le Kremlin à rechercher de nouveaux moyens - exceptionnels - de règlement de la question tchétchène et des autres problèmes de la région.

    La nomination de Dmitri Kozak en tant que représentant plénipotentiaire du président russe dans le Sud constitue un nouvel élément. Pour l'instant il est difficile de répondre à la question de savoir pour quelle raison il a été désigné à ce poste inconfortable - soit que l'on cherche à l'évincer de la scène politique en lui confiant la tâche de régler des problèmes insolubles, soit que l'on compte réellement sur lui pour stabiliser la situation dans le Caucase. Il semble qu'effectivement la nomination de Dmitri Kozak doive contribuer à faire sortir le Caucase du Nord de la crise politique, économique et sociale. Et la seule façon dont il s'est comporté durant les premiers jours, voire les premières heures de la crise en Karatchaïevo-Tcherkessie, montre que le nouveau représentant du président est disposé à s'ingérer activement dans les événements qui se produisent dans la région qui lui a été confiée afin de résoudre les problèmes existants.

    Dmitri Kozak se distingue avantageusement des précédents ambassadeurs de Moscou au Caucase, les autochtones sont prêts à dialoguer avec lui, et pour le moment il conserve son auréole. Et si l'on prend en considération le fait qu'en cas de succès, le poste de représentant plénipotentiaire du président peut servir de tremplin à son ascension politique ultérieure, il faut s'attendre, de la part de Kozak, aux démarches et aux propositions les plus originales.

    Par ailleurs, la Commission pour les questions du rétablissement de la sphère économique et sociale de la République de Tchétchénie, chapeautée par le ministre russe du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, est, elle aussi, appelée à contribuer à stabiliser la situation au Caucase du Nord. Reste à savoir dans quelle mesure cette commission se montrera efficace.

    En tout état de cause, il est encore trop tôt pour apprécier les actions de Kozak et de Gref. La pratique a montré que la fin de l'automne et l'hiver sont des périodes d'accalmie sur les plans politique et militaire dans le Caucase du Nord. De plus, ces derniers temps, on voit bien que les habitants de cette région sont tout simplement fatigués. Ils ont besoin de temps pour digérer les conséquences des derniers événements tragiques, pour reconstituer leurs forces et reprendre leurs esprits. Moscou dispose de temps et a une chance (peut-être illusoire) de faire sortir la région de son état de crise permanente. Les premiers résultats à la fois de la nouvelle politique de Moscou et des réflexions des habitants du Caucase du Nord ne seront tangibles qu'au printemps 2005.

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