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    La victoire de l'opposition ne profite pas à l'Ukraine

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    par Alexandre Douguine, politologue - RIA Novosti

    Victor Iouchtchenko clame sa victoire sans attendre les résultats de l'examen par la Cour Suprême de sa plainte sur les fraudes enregistrées au cours du deuxième tour de l'élection présidentielle. Mais si l'opposition remporte effectivement la victoire, est-ce que cela profitera à l'Ukraine?

    Le premier tour du scrutin a déjà démontré qu'un conflit civil aux dessous géopolitiques était sur le point de diviser l'État en deux camps ennemis.

    Les événements en cours dans ce pays s'expliquent par le fait que l'État ukrainien n'en est qu'à ses débuts et la société ukrainienne n'est pas encore parvenue à un consensus sur son devenir. Certains Ukrainiens souhaitent se rallier d'urgence à l'Occident. D'autres estiment que seuls des liens étroits avec la Russie peuvent garantir l'avenir de l'Ukraine. Il est évident que seule une politique modérée et équilibrée tenant compte des deux idées pourrait préserver l'unité du pays dans cette situation. Léonid Koutchma parvenait à le faire en louvoyant entre Washington et Moscou. Il faut des années pour réunir deux Ukraines différentes.

    Victor Iouchtchenko a toujours adopté des positions ultra-occidentales tant sur le plan géographique (en s'appuyant sur les régions occidentales de l'Ukraine - Lvov, Ivano-Frankovsk, etc.) que sur un plan plus large (en s'orientant vers les États-Unis et les forces de l'OTAN au sein de l'Union Européenne). Son Ukraine renonçait catégoriquement à la politique polyvalente de Léonid Koutchma en misant uniquement sur l'Occident et en faisant une croix sur les attentes prorusses de l'Ukraine de l'Est, de la Crimée et de la population russophone. Victor Iouchtchenko comprenait certainement que ce scénario provoquerait un conflit et que même sa victoire à la présidentielle lui créerait des problèmes majeurs avec le temps. On a l'impression qu'il se préparait à devenir le président d'une "moitié de l'Ukraine", de sa partie occidentale. C'est à elle qu'il s'adresse toujours en cherchant à transformer le duel électoral en révolte et en conflit civil d'envergure.

    Réagissant à une stratégie aussi ferme, Victor Ianoukovitch n'a pas réussi à poursuivre la politique polyvalente de Léonid Koutchma. Il a dû s'appuyer sur l'Ukraine de l'Est, la Crimée et sur Moscou. Face à la rhétorique russophobe de Victor Iouchtchenko, le Kremlin ne pouvait que soutenir un candidat acceptable pour Moscou. M.Ianoukovitch a été évincé, malgré lui, dans le secteur prorusse et oriental de l'électorat. C'était son seul appui. Opposé à Victor Iouchtchenko, Victor Ianoukovitch est devenu le président de la partie orientale de l'Ukraine.

    Comme la scission fondamentale du pays a été initiée par Victor Iouchtchenko, favori de l'Occident, on peut supposer que ce scénario profite aux pays occidentaux. Cela répond surtout aux intérêts des États-Unis qui confrontent Bruxelles et Moscou affaiblissant ainsi deux concurrents géopolitiques qui pourraient leur poser des problèmes, notamment dans le secteur énergétique.

    Moscou ne pouvait pas rester indifférent à la situation en Ukraine, elle devait soutenir M.Ianoukovitch. Il défendait ses intérêts nationaux dans un pays qui est attaché par des liens séculaires à la Russie.

    M.Iouchtchenko poursuit sa politique. Son faux serment, son appel aux masses révolutionnaires et nationalistes et autres actions montrent qu'il continuera d'agir en ce sens. La tension politique en Ukraine fait craindre le pire. Cependant la présidence de Victor Iouchtchenko n'est pas une bonne solution non plus malgré certains jugements hâtifs. Même si l'Ukraine orientale ne se révolte pas immédiatement (les habitants de cette partie du pays sont moins mobilisés que leurs opposants), elle le fera un jour prochain en réagissant à la politique de Victor Iouchtchenko. Et la Russie sera de nouveau obligée d'intervenir pour aider le peuple ukrainien à préserver l'Ukraine unie ou, au pire des cas, pour soutenir les régions prorusses.

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