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    Russie : la silencieuse révolution féminine

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    MOSCOU. Commentatrice politique de RIA-Novosti Marianna Belenkaïa. A Moscou, les femmes dirigent 44% des petites et moyennes entreprises. En province, ce chiffre avoisine les 40%. Et, tous les ans, le nombre d'entreprises dirigées par des femmes augmente de 1,7%. Ces chiffres ont été annoncés, au Forum des femmes chefs d'entreprise, par la directrice du Conseil d'affaires russo-arabe et présidente de l'Association "Femmes et Business", Tatiana Gvilava. Ce forum s'est tenu à Moscou fin novembre, sous l'égide de la Chambre de commerce et d'industrie de la Fédération de Russie et de l'Association "Femmes et Business".

    Des "business ladies" de la capitale et de la province y ont assisté. Pour ces femmes indépendantes et dans leur grande majorité possédant des fortunes, c'était aussi une bonne occasion de nouer de nouveaux contacts d'affaires, mais aussi de faire part de leurs problèmes et de leur expérience. "L'assistance mutuelle, voilà le credo de notre Association", a expliqué Tatiana Gvilava dans un entretien à RIA-Novosti.

    Une cinquantaine de femmes font partie de l'Association : des dirigeantes de banques et de petites cliniques privées, d'usines et de holdings médiatiques. Selon Tatiana Gvilava, pour en devenir membre, c'est moins le chiffre d'affaires qui est pris en compte que le degré de confiance mutuelle. Aujourd'hui, l'Association entend élargir ses liens avec les régions où les femmes chefs d'entreprises ont leurs propres associations. L'Association est exempte d'ambitions politiques mais veut aider les femmes à réaliser leur potentiel et prouver à leur entourage que la femme et le business sont deux notions parfaitement compatibles.

    Tatiana Gvilava estime que les femmes chefs d'entreprise sont plus loyales, se soucient davantage de leur personnel et font moins l'objet de pressions de la part des structures criminelles. Autant de raisons pour que les investisseurs envisagent d'investir davantage dans leurs compagnies. La présidente de la Banque pétrochimique, Irina Kouznetsova, ajoute qu'elle n'est au courant d'aucune faillite bruyante parmi les entreprises financières dirigées par des femmes. Il se peut aussi que les femmes se rendent mieux compte de leur responsabilité, devant leurs familles, leurs personnels et leurs clients. "Son business, la femme l'entoure de mille soins comme s'il s'agissait de son propre enfant", a-t-elle ajouté.

    Et pourtant, seulement 22% des femmes chefs d'entreprise en Russie bénéficient d'un soutien financier de la part des banques. En Occident, cet indice atteint 70%. Les programmes de développement des entreprises "féminines" font également défaut dans notre pays.

    Dans leurs interventions au Forum, ses participantes ont souligné qu'en Russie comme dans les autres pays, ce sont les hommes qui, à conditions égales, sont privilégiés en termes de carrière professionnelle. Tamara Fraltsova, députée, a rappelé qu'il n'y a pas de femmes ministres au gouvernement et que la Douma ne compte, sur ses 450 députés, que 45 femmes. "C'est le niveau le plus bas en Europe. Malheureusement, en Russie, les femmes ne sont tout simplement pas admises au pouvoir législatif et exécutif. C'est un phénomène que nous ne devons pas accepter", dit la député. La Russie, estime-t-elle, doit disposer d'une loi spéciale sur l'égalité des sexes.

    La députée a été appuyée par Tatiana Moskalkova, la première adjointe au chef de la Principale direction juridique du ministère de l'Intérieur. Les femmes, a-t-elle dit, n'ont pas besoin de préférences ni de faveurs spéciales. Ce dont elles ont besoin, ce sont de conditions égales, par rapport aux hommes, non en paroles mais dans les actes, pour faire carrière. En Russie, a-t-elle fait observer, la situation n'est pas la pire. Elle-même n'a jamais ressenti aucune discrimination de sexe mais elle est au courant de cas semblables parmi ses collègues.

    Mais la situation change dans la société. Les femmes constituent 15% seulement des effectifs des organes judiciaires et de sécurité seulement, d'année en année, leur nombre s'accroît. Pas toujours en raison de changements survenant dans la conscience sociale mais parce que de moins en moins d'hommes préfèrent servir dans les structures de l'ordre. Et pourtant. Chose inimaginable il y a encore peu de temps, le ministère de l'Intérieur compte déjà 4 femmes généraux !

    Ce chiffre ne représente que 1% des généraux dans le pays. Mais, dans le monde des affaires, la proportion est la même : 1% seulement de femmes sont à la tête de grosses entreprises. Il ne faut cependant pas oublier que les femmes ont, malgré cela, la possibilité d'influer sur les décideurs économiques et politiques. Même si elles ne jouent pas les tous premiers rôles, on trouve des femmes parmi les adjoints aux ministres, parmi toutes sortes de conseillers politiques et même parmi les vice-présidents de grosses compagnies dans la presque totalité des secteurs économiques.

    Ces paroles ont été confirmées par Irina Kouznetsova. D'après elle, seulement 7% des banques en Russie sont dirigées par des femmes mais les représentantes du beau sexe occupent 50% des postes de vice-président dans les établissements de crédit. Une silencieuse révolution féminine se déroule en Russie qui vient déjà en première position mondiale quant au nombre de femmes dans les échelons dirigeants des sociétés. En cela, elle est suivie par les Philippines, puis par les Etats-Unis.

    Compte tenu du rôle croissant des femmes dans la vie politique et économique du pays, la directrice générale de la compagnie d'investissement Stroyinvest-Region, Irina Sergueeva, a noté qu'aux forums féminins, il faut régler les vrais problèmes liés aux affaires, et non pas disserter sur "la lutte contre les hommes". Car les problèmes dans ce domaine, dans la plupart des cas, sont identiques pour les deux sexes. Simplement, d'année en année, il y a, parmi les entrepreneurs, toujours plus de femmes.

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