Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Le rouble russe : depuis quinze ans, vers l'entière convertibilité

    Opinion
    URL courte
    0 20 0 0
    MOSCOU, 6 décembre. (Commentatrice économique de RIA-Novosti Nina Koulikova). En novembre, le rouble russe a fêté un anniversaire : il y a quinze ans, en 1989, la Banque pour les activités économiques extérieures de l'URSS tenait, pour la première fois, des adjudications ouvertes où chacun qui le voulait pouvait vendre des roubles soviétiques et acquérir des dollars américains. Depuis, le marché des devises russes a passé par bien des changements. La question de l'entière convertibilité du rouble est déjà à l'ordre du jour.

    L'entière convertibilité entend la levée de toutes les restrictions faisant obstacle à l'échange des devises pour l'ensemble des catégories de leurs porteurs et sur la totalité des opérations. En mai 2003, dans son Message à l'Assemblée fédérale, le président Poutine fixait l'objectif de parvenir à l'entière convertibilité du rouble vers la fin de la décennie en cours. En mars 2005, le gouvernement fédéral devra présenter au président un rapport sur les principales mesures à prendre en ce sens.

    A l'heure actuelle, souligne Alexeï Savatiouguine, directeur du Département de politique financière du ministère des Finances, il faut progresser vers l'entière convertibilité du rouble sur les opérations de capitaux. Sur les opérations courantes, la monnaie russe est déjà entièrement convertible.

    La convertibilité du rouble sur les opérations courantes (liées au commerce, au tourisme, etc.) signifie que dans certains pays fréquentés par les touristes russes - notamment, les pays de la CEI, la Finlande, la Turquie, la Chine, - la monnaie nationale russe est acceptée dans les bureaux de change. Car les roubles peuvent être échangés sur le marché russe, à tout instant et en toute quantité. Pourtant, pour les opérations liées aux mouvements de capitaux, le rouble est une monnaie non convertible ou partiellement convertible, puisque ces opérations - par exemple, les investissements dans des projets ou dans des acquisitions à l'étranger, l'achat, par les étrangers, d'actifs de production ou de biens immobiliers en Russie, - exigent une autorisation de la Banque centrale.

    La levée de toutes les restrictions, notamment sur les opérations de capitaux, doit survenir en 2007, conformément à la récente loi "De la réglementation monétaire et du contrôle des changes". De l'avis des autorités, cela créera un contexte juridique propice à la libre circulation de la monnaie russe mais, parallèlement, cela ne signifiera qu'une convertibilité formelle du rouble. La convertibilité réelle est le résultat d'un certain degré de développement économique. Et, pour que le rouble devienne réellement convertible, il faut que les marchés internationaux reconnaissent la monnaie russe, que celle-ci soit demandée, que les banques aient des comptes de correspondant en roubles. Or c'est une question de confiance internationale. La confiance dans une monnaie est dérivatif de la confiance dans l'économie du pays émetteur, dans son ensemble.

    Les experts émettent des avis divergents, premièrement, sur la possibilité réelle et les conditions dans lesquelles le rouble pourrait devenir entièrement convertible et, deuxièmement, sur l'utilité de cette mesure pour l'économie russe en ce moment. Et surtout sur fond de dépendance du budget des cours des produits énergétiques sur les marchés internationaux : ce sont les prix du pétrole et du gaz qui définissent aujourd'hui la stabilité du rouble par rapport aux autres devises.

    Mais tous sont d'accord que la convertibilité du rouble est fonction du niveau de développement de l'économie russe. Alexandre Mourytchev, président de l'Association des banques régionales de Russie, estime que, pour rendre le rouble entièrement convertible, il faut renoncer aux pétrodollars en réduisant leur part dans la recette générale, améliorer la compétitivité et la qualité des articles et des services made in Russia et encourager la création de PME dans tous les secteurs économiques. La base législative doit elle aussi être perfectionnée.

    Quant à Gareguin Tossounian, président de l'Association de banques russes, seule une croissance économique soutenue conjuguée au développement prioritaire du système bancaire national pourrait garantir une convertibilité réelle du rouble. Mais le faible niveau de monétisation de l'économie freine le développement du système bancaire qui, dans un contexte marqué par l'absence de ressources à long terme, n'est pas en mesure de fournir au secteur réel de l'économie nationale des crédits de développement en quantité nécessaire.

    Il faut aussi assurer un développement global des marchés financiers, ce qui doit réconforter la confiance en le système monétaire russe et en la solidité du rouble. De l'avis de Viktor Pleskatchevski, président du comité parlementaire pour les Rapports de propriété, le problème du marché financier russe est que la régulation de ses segments est éparpillée entre différentes administrations. Raison pour laquelle cette régulation est à bien des égards contradictoire et excessive.

    Certains experts évoquent la nécessité de passer par voie légale au commerce de produits énergétiques dans le cadre de contrats d'exportation uniquement en roubles. De l'avis du président de l'association des marchés financiers ACI Russia, Igor Souzdaltsev, les importateurs étrangers seront ainsi amenés à échanger plus de 130 milliards de dollars contre des roubles tous les ans, ce qui doublera le chiffre d'affaires annuel du commerce en devises et rendra presque automatiquement la monnaie nationale convertible. Mais d'autres estiment qu'en réalité, cette mesure ne contribuera pas, loin de là, à la progression du rouble vers son entière convertibilité. De l'avis du président du conseil de l'Association internationale des devises de Moscou, Andreï Tcherepanov, suite à ces initiatives les étrangers assumeront des frais supplémentaires qui seront en fin de compte rejetés suer les consommateurs russes.

    En tout état de cause, la principale condition du passage à la convertibilité totale et réelle du rouble sera la situation où l'économie russe cessera d'être dépendante vis-à-vis des matières premières, autrement dit, le relèvement de sa compétitivité. Aujourd'hui, la Russie et son économie restent fortement dépendantes de la demande de matières premières aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays du Sud-est asiatique. En d'autres termes, la basse compétitivité de l'économie russe semble mettre en cause les plans de parvenir à l'entière convertibilité du rouble dans les années à venir.

    Dans le monde, il y a près de 200 monnaies mais toutes ne sont pas convertibles. Toutes les économies, dont européenne, dépendent, à des degrés différents, du dollar américain. L'économie russe a été et reste liée au billet vert. Alors que de nombreux experts estiment que le passage à l'entière convertibilité de la monnaie nationale ne peut garantir des avantages qu'au cas où un pays occuperait une place notable dans la division internationale du travail et fournirait au marché international une grande quantité de produits manufacturés. Or pour les pays ayant le type dépendant de développement économique, comme la Russie, le passage à l'entière convertibilité de la monnaie nationale pourrait avoir des conséquences négatives.

    L'entière convertibilité du rouble réduira, premièrement, les possibilités de la Banque de Russie de gérer son cours réel. Deuxièmement, certains économistes estiment que, pour la réussite des réformes dans les pays à économie de transition, il faut une convertibilité limitée, s'étendant uniquement aux opérations sur les comptes courants, l'autorisation de la conversion sur les opérations de capitaux pouvant pratiquer une expatriation massive de capitaux. Selon le professeur Valeri Chtchegortsev, directeur de l'Agence d'analyses stratégiques, l'introduction hâtive de la convertibilité dans certains pays de l'Europe de l'Est a eu pour résultat des dérapages inflationnistes et une baisse de compétitivité de la production nationale.

    En principe, la progression vers un rouble convertible est, de toute évidence, inévitable et conforme aux objectifs de la Russie qui entend occuper une place digne d'elle dans l'économie mondiale. Mais parvenir à l'entière convertibilité de la monnaie nationale est un processus durable, qui doit se développer naturellement, en corrélation avec la consolidation des positions de la Russie dans l'économie globale et l'amélioration du niveau de vie de sa population.

    Lire aussi:

    Ce casse-tête de Léon Tolstoï rend fous les internautes, et vous?
    Le ministre russe de l’Économie vante la croissance du PIB de son pays devant le Medef
    Le Bitcoin ne remplacera jamais le rouble en Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik