Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Les Russes prennent en main leur sécurité

    Opinion
    URL courte
    0 3 0 0
    Par Vladimir Simonov, commentateur politique RIA Novosti.

    Dressées sur leurs pattes arrières, plusieurs mangoustes s'épient les unes les autres... Ces pancartes amusantes affichées dans les quartiers d'habitation de Londres sautent souvent aux yeux des touristes. Tel est le label de l'association Neighborhood Watch qui appelle à épier ses voisins afin d'éviter qu'ils violent l'ordre public ou s'aventurent sur le chemin glissant de la délinquance.

    Aujourd'hui, ces pancartes représentant des mangoustes vigilantes pourraient aussi bien être exposées à Moscou et dans d'autres villes russes. Il y a peu, les parlementaires moscovites ont apporté des amendements définitifs à la loi sur les postes publics de maintien de l'ordre, après avoir adopté, plus tôt, une loi sur la participation civique au maintien de l'ordre et une autre sur les patrouilles de quartier bénévoles.

    Autant de textes législatifs qui reflètent une préoccupation sérieuse des autorités municipales née il y a cinq ans après une série d'attentats imputés aux terroristes tchétchènes. Mais il a fallu attendre la prise d'otages du théâtre de la rue Doubrovka et le dernier attentat dans le métro pour que les municipalités en déduisent que la police et les services de sécurité ne sont pas à même de garantir à eux seuls la sécurité des Moscovites. Une collaboration permanente et volontaire de la part des citoyens s'impose tant dans la capitale que dans les autres villes.

    Les militants des droits de l'homme font grise mine: "C'est la délation qui refait surface, comme sous Staline. Comment peut-on oublier les centaines de milliers de victimes fusillées sur dénonciation?" Les partisans de ce point de vue se souviennent encore de la rude époque où, redoutant les oreilles du KGB, les Russes ne pouvaient mener des conversations sérieuses qu'à la cuisine, la radio allumée.

    Inna Sviatenko, présidente de la commission pour la sécurité à l'assemblée municipale de Moscou, s'y oppose: "Les temps et les lois ont changé. Les patrouilleurs bénévoles n'ont pas l'intention de se mêler de la vie privée des gens, ils ne feront qu'informer la police de la présence de locataires suspects. Évoquer le retour de l'appareil répressif est stupide".

    Rappelons que, sous Staline, la vague des dénonciations idéologiques de voisins, voire même de parents, n'était réglementée par aucune loi. Cette vague était le fruit d'une peur absolue qui régnait sur le pays dans le contexte de répressions massives.

    La mobilisation des citoyens pour protéger l'ordre public est née en 1953, l'année de la mort de Staline. Une amnistie décrétée par Nikita Khrouchtchev a fait déferler un flux de criminels provoquant une recrudescence de la délinquance. Si les autorités sont parvenues à l'endiguer, c'est grâce aux patrouilleurs de quartier bénévoles, des gars solides au brassard rouge baptisés les "droujinniks". Les municipalités ont spécialement réservé des locaux pour les états-majors des patrouilles populaires. Ces locaux existent toujours. Rien qu'à Moscou, il y en avait plus de 600, tous désaffectés, condamnés et pillés. Souvent, les îlotiers s'en servaient à leur guise et parfois même les donnaient à bail à de petits entrepreneurs en quête de surfaces de stockage.

    Une nouvelle vie commence aujourd'hui dans ces locaux. Ils abritent désormais les postes publics de maintien de l'ordre qui recueillent des informations sur des personnes ou des incidents suspects.

    Ces postes bénéficient d'un statut particulier. Les autorités ne font pas qu'affecter des locaux, elles paient aussi les charges communales et rémunèrent les chefs de patrouille. La somme est un peu maigre, 100 à 150 dollars, mais elle est un soutien précieux pour le budget familial. À l'avenir, cette récompense pourrait augmenter: le maire de Moscou Iouri Loujkov a récemment promis de réserver à cette fin près de 3 millions de dollars dans le budget 2005. À l'heure actuelle, Moscou compte 686 postes publics de maintien de l'ordre qui regroupent environ 10 000 membres. 19 nouveaux postes seront prochainement créés dans les nouveaux quartiers d'habitation.

    Sans attendre la réglementation fédérale, l'initiative moscovite commence à se propager à travers le pays. Des patrouilleurs font leur apparition dans les rues d'Orel, de Voronej et d'autres villes qui souffrent de la délinquance. Cependant, ils comptent dans leurs rangs très peu de jeunes, car les bénévoles sont mus par leurs idées. Les militants sont essentiellement retraités, anciens militaires ou anciens policiers. Les sceptiques s'interrogeaient: ces rhumatisants et arthritiques seront-ils à même de résister, voire de capturer des représentants musclés au crâne rasé des milieux criminels?

    Ils le seront parfaitement, estime le vice-ministre russe de l'Intérieur et chef du service de la sécurité publique, Sergueï Chadrine. Répondant par téléphone aux questions des lecteurs d'un quotidien, le général a promis que les patrouilleurs seraient prochainement dotés de matraques, de menottes et d'aérosols. "Et, bien évidemment, ils auront toujours à leurs côtés un policier armé", a assuré Sergueï Chadrine. Mais les "mangoustes" russes semblent ne pas en avoir besoin. Il y a peu, en remarquant des suspects autour d'une école du quartier Chtchoukino, des parents d'élèves ont alarmé Albina Tsareva, chef des patrouilleurs locaux. "On a vérifié ces gens et il s'est avéré qu'il s'agissait de revendeurs de drogues, raconte-t-elle. Après les arrestations, la police a mis la main sur deux repaires de drogués".

    Un autre problème auquel sont confrontés les bénévoles d'Albina Tsareva, celui des travailleurs immigrés qui terrorisent le quartier depuis la fin des travaux de construction d'un grand quartier résidentiel. "Nos filles avaient même peur de sortir dans la rue, se souvient-elle. Mais on a vite découvert où vivaient ces clandestins et on a contacté l'îlotier qui les a expulsés".

    De nos jours, l'ombre de Staline etde ses indicateurs ne vient plus troubler le sommeil des défenseurs des droits de l'homme les plus fervents. Ceux-ci ne nient pas que la sécurité revient dans les villes russes grâce aux patrouilleurs.

    Lire aussi:

    Poutine: Staline «était un personnage complexe»
    Que protègent les patrouilleurs russes en mer Noire près de la Crimée
    Le Président vénézuélien s'est nommé le Staline des Caraïbes
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik