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    L'économie russe: le début d'une stagnation ou une trêve temporaire?

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    Moscou (par Nina Koulikova, commentatrice économique de RIA-Novosti). D'après les données officielles, les indices économiques en Russie se sont détériorés au troisième trimestre de cette année, ce qui s'est répercuté sur le bilan annuel. Les autorités l'attribuent à une trêve temporaire, les experts parlent de la menace d'une stagnation.

    Selon le ministère du Développement économique, en 2004, la croissance économique en Russie est de 6,8 %, au lieu des 6,9 prévus. L'inflation dépassera l'indice prévu et constituera cette année 11,5 %. On assiste au ralentissement de l'activité dans le domaine des investissements, surtout dans le secteur pétrolier où elle a diminué de 20 % en 10 mois de cette année. Les taux d'accroissement des investissements n'atteindront pas à la fin de l'année les 11,5 % prévus. La baisse de l'activité est également observée sur le marché des valeurs où le rendement a constitué 10 à 12 % (contre plus de 50 % auparavant).

    De l'avis du ministre du Développement économique et du Commerce Guerman Gref, dans l'ensemble, la situation économique est assez stable. Selon lui, un "certain ralentissement" de la croissance au troisième trimestre n'a pas influé sur les résultats généraux. De janvier à octobre, le PIB de la Russie s'est accru de 6,7 % par rapport à la même période de l'année dernière. Le ministre a également fait remarquer que la conjoncture économique avait commencé à s'améliorer au quatrième trimestre. Le ministère du Développement économique a promis que, dans la période de 2008 à 2010, le pays enregistrerait une croissance de 7 à 7,5 % par an.

    Cependant, les statistiques défavorables ont suscité les discussions des économistes qui s'interrogent : pourquoi, malgré la conjoncture extérieure très favorable - les prix élevés du pétrole - les taux de croissance de l'économie russe baissent, l'inflation augmente et la Russie occupe l'avant-dernière place parmi les pays de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) par lestaux d'accroissement du produit brut.

    De l'avis des autorités, les taux de croissance se sont ralentis, tout d'abord, à cause du facteur saisonnier, traditionnel pour le troisième trimestre. La hausse des prix du pétrole cesse d'exercer uneinfluence positive sur l'économie russe. En raison de l'accroissement de ses revenus, la population s'est orientée vers les produits importés, alors que la compétitivité des produits russes a baissé.

    Selon de nombreux experts, on est en présence non pas d'une régression saisonnière temporaire, mais d'une accentuation de tendances propres à la crise. Les députés indépendants de la Douma (chambre basse du parlement russe) estiment que la crise économique s'aggrave dans tous les secteurs: l'industrie légère, l'agriculture, le bâtiment, la sidérurgie, etc. Ce phénomène s'accompagne de la fuite de capitaux du pays.

    De l'avis d'Andrei Klepatch, directeur du département des pronostics macro-économiques du ministère du Développement économique, la baisse des taux de croissance au troisième trimestre est le résultat d'une certaine surchauffe de l'économie, car des investissements importants ont été effectués l'année dernière, notamment dans le secteur pétrolier. Mais Serguei Aleksachenko, ancien vice-président de la Banque centrale, ne partage pas cet avis. Il estime qu'il n'y a pas de surchauffe en Russie et cite l'exemple de la Chine où l'accroissement des investissements est de 50 %.

    Les économistes évoquent, parmi les causes de l'aggravation de la crise, l'absence de règles du jeu précises dans les rapports entre le pouvoir et le monde des affaires. Selon Andrei Klepatch, la réduction des taux de croissance est le résultat de la crise de confiance et de l'absence de règles durables, compréhensibles aussi bien pour les entrepreneurs que pour les organes du pouvoir. Serguei Aleksachenko est également de cet avis, en confirmant que le conflit entre le monde d'affaires et le pouvoir est à l'origine de tout crise.

    La majorité des experts sont unanimes à estimer que le plafond de la pression fiscale dans certains secteurs a déjà été atteint. Selon Evgueni Gavrilenkov, économiste principal de la compagnie "Troïka-Dialogue", les perceptions sur le secteur pétrolier russe sont très fortes, ce qui conduit à l'absence de processus d'accumulation du capital dans le système financier privé. Andrei Klepatch estime également que le gouvernement russe sera contraint de corriger le système d'imposition des compagnies pétrolières pour assurer le développement du secteur pétrolier. "Bien que les compagnies aient des revenus excédentaires, cet argent est insuffisant du point de vue des besoins à long terme", a fait remarquer Andrei Klepatch.

    Le fait que l'économie russe soit faiblement monétisée pose aussi problème. Selon les données d'Evgueni Gavrilenkov, le volume du capital accumulé, par rapport à d'autres pays, est peu élevé: le rapport entre la masse monétaire et le PIB est de 26 %, soit environ deux fois moins que la moyenne mondiale. Le fait que le gouvernement soit exagérément préoccupé par le problème de la stabilisation des liquidités superflues signifie la baisse de la croissance à l'avenir, car l'économie en développement a besoin d'être alimentée constamment par des ressources monétaires.

    Les experts sont également unanimes à juger nécessaire de fixer les objectifs stratégiques du développement économique et les secteurs prometteurs non liés aux ressources minérales, d'assurer l'accès des entreprises aux ressources à long terme. De l'avis du député Mikhail Zadornov, le gouvernement actuel n'a pas de programme économique et les membres du cabinet ont des points de vue différents quant aux voies de développement de l'économie. Selon Andrei Klepatch, la Russie doit choisir un modèle de croissance, car il devient de plus en plus difficile d'accroître les exportations de pétrole. Gueorgui Satarov, président de la fondation INDEM, estime que la Russie a besoin d'une stratégie de développement à long terme qui peut avoir pour base le développement des petites entreprises.

    Selon certains experts, les causes des problèmes de l'économie russe ne sont pas économiques et résident dans la qualité du travail des institutions russes. Evsei Gourvitch, chef d'un groupe d'experts économiques, estime que les droits de propriété et le processus d'évincement des producteurs inefficaces par les mécanismes du marché constituent le fondement de l'économie de marché. Or, ces conditions ne sont pas respectées en Russie en raison de la faiblesse des institutions d'Etat, de l'absence d'un système juridictionnel objectif et de sa corruption. De l'avis d'Evsei Gourvitch, tant que ces problèmes ne seront pas résolus, aucune mesure ne sera efficace.

    Gueorgui Satarov estime également que le problème réside dans les institutions. Selon lui, l'économie de marché repose sur deux fondements: la protection de la propriété privée et la garantie du droit contractuel, mais la situation concernant ces deux fondements s'est détériorée ces dernières années. C'est pourquoi il est nécessaire d'améliorer le travail des institutions.

    La plupart des économistes en tirent la conclusion que le ralentissement des cadences de croissance économique n'a rien de fortuit. De l'avis de Mikhail Zadornov, les plus forts taux de croissance ont été enregistrés en 2003 pour des raisons non seulement économiques, mais aussi politiques et institutionnelles.

    Selon Andrei Klepatch, le gouvernement prépare un ensemble de décisions institutionnelles visant à rétablir la confiance et à déterminer les règles du jeu entre les entrepreneurs et le pouvoir, ainsi que la stratégie de développement de certains secteurs. De l'avis des experts, il est très important que ces mesures soient prises et s'avèrent efficaces.

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