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    L'Ukraine "orange" et les perspectives de l'opposition russe

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    MOSCOU, 14 décembre. (Commentateur politique de RIA-Novosti, Piotr Romanov). La révolution "orange" ou "des marronniers" en Ukraine voisine que l'opposition russe avait suivi, depuis tous ces derniers temps, avec une jalousie mal dissimulée lui a finalement donné de l'espoir ou plutôt l'a jetée en désespoir. C'est que l'analyse comparative de la situation dans ces deux pays a montré que, dans plusieurs années à venir, aucune révolution des "bouleaux", c'est-à-dire russe, révolution qui soit pareille à celles qui se sont récemment produites en Géorgie ou en Ukraine n'aura lieu. Telle est sans doute la principale conclusion qu'a été faite par les participants au Congrès civil qui s'est déroulé le 12 décembre dernier à Moscou et qui a associé les partis qui avaient perdu les dernières législatives en Russie.

    La composition dudit congrès a été plus que bigarrée à commencer par des libéraux jusqu'aux communistes. Bien que ces derniers soient entrés à l'actuelle Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), ils n'y ont pas de poids réel. Aussi, se sont-ils joints de plein droit à d'autres malchanceux des dernières élections au Parlement russe qu'il s'agisse du l'Union des forces de droite (SPS), de "Yabloko" de Grigori Yavlinski ou d'autres opposants qui se sont qualifiés eux-mêmes avec tristesse de marginaux politiques au cours de leur forum moscovite.

    On doit bien reconnaître effectivement que les opposants ne manquent pas du tout de raisons pour se retrouver dans un état d'abattement profond. Tout d'abord, l'opposition russe n'arrive toujours pas à faire front uni. Les conversations sur la nécessité de créer un parti unique de droite avaient commencé bien avant les législatives perdues, elles n'ont pas été moins passionnées juste après cette défaite et se poursuivent toujours. Quoi qu'il en soit, on n'assiste guère aujourd'hui à un processus de consolidation des forces de droite, mais plutôt à celui de morcellement de la droite, en tant que telle. Ayant abandonné SPS, Irina Khakamada a créé encore un parti marginal de droite. Publiée l'un de ces jours, l'initiative de "Yabloko" invitant les libéraux à édifier un seul parti sur la base justement de sa propre structure n'a pas manqué de déclencher, comme d'habitude, une très vive polémique, et il est fort peu probable qu'elle débouche sur quoi que ce soit de concret. Rien d'étonnant, d'ailleurs, car des rivalités intestines dans le camp de l'opposition ne sont pas encore oubliées, loin s'en faut, alors que les ambitions personnelles n'y sont toujours pas assouvies. Somme toute, la droite russe attend avec espoir l'apparition de nouveaux leaders, mais il n'y en avait pas, non plus, parmi les participants au Congrès civil de Moscou. Une seule chose y a été nouveau, celle de la réunion d'opposants de droite et de gauche dans une seule salle d'où ils sont, d'ailleurs, partis chacun de son côté.

    Néanmoins, aux prochaines élections au Parlement le seuil à franchir pour qu'un parti politique quelconque puisse entrer à la Douma augmentera, en allant de 5 à 7% des voix. Pour le moment, ce cap de 7% apparaît manifestement insurmontable pour tous les participants au Congrès civil, sauf les communistes. Comme l'a fait remarquer l'un des anciens leaders de SPS, Boris Nemtsov, aux récentes élections dans la province, les membres de l'Union des forces de droite ont réussi à dépasser le cap des 7% seulement dans deux régions, alors que ceux de "Yabloko" n'ont même pas surmonté le seuil de 5%.

    Or, l'opposition a deux autres malheurs, et plus précisément le Président et le peuple. Comme le montrent bien tous les derniers sondages d'opinion, le Président Poutine n'a rien perdu de sa cote de popularité. C'est pourquoi l'"expérience orange" ne convient toujours pas à la Russie. A l'avis de l'opposition, les raisons des sentiments réciproques du Président et du peuple se résument comme suit, si l'on reprend notamment les propos tenus par le même Boris Nemtsov: "Il est certaines circonstances matérielles, le rouble est plus solide que le dollar. Nul ne va contester ce fait tout à fait évident. On est en présence de la croissance économique... Il y a, en outre, un excédent budgétaire, ainsi qu'un immense Fonds de stabilisation. Aussi, le Président peut-il... indexer les pensions-retraites, indexer les salaires aux gens, élever la solde aux militaires... En outre, la télévision conditionne les gens pour en faire des zombies".

    Si l'on peut facilement admettre la première partie de cette explication - malgré certains problèmes, l'économie de la Russie se développe et va, même à l'avis des experts étrangers, dans la bonne direction, la thèse des tentatives de transformer en "zombies" les Russes est pour le moins discutable. C'est que Vladimir Poutine n'apparaît certes pas à l'écran de télévision plus souvent que son prédécesseur - Boris Eltsine - ou les leaders de cette même opposition à l'époque où beaucoup d'entre eux avaient fait eux-mêmes partie du pouvoir. Le plus grand malheur des gens de droite ne réside sans doute pas dans l'absence de tribune pour s'exprimer, mais dans le fait qu'ils ne sont plus intéressants, en tant que leaders. Un point, c'est tout. Leur critique du pouvoir en place est parfois juste, admettons-le. Et alors? Le peuple ne connaît que trop lui-même les défauts du pouvoir. Par conséquent, le citoyen de la Russie n'a besoin ni de Yavlinski, ni de Nemtsov, ni de Khakamada pour constater le contenu de son propre porte-monnaie ou ressentir à quel point sa vie est sécurisée. La démocratie russe a manifestement besoin de la concurrence, voire d'une compétition des idées, mais la droite n'en est pas, de toute évidence, capable aujourd'hui. Les anciens avaient déjà formulé depuis longtemps toutes leurs idées (et avaient même tenu, pendant un certain temps, les rênes du pouvoir dans le pays), alors que la droite manque aujourd'hui cruellement de nouvelles idées fructueuses. A quoi bon donc laisser de nouveau les gens de droite accéder au pouvoir? Ainsi, ce n'est pas que le pouvoir "étouffe la droite", mais ses actuels leaders se sont tout simplement épuisés eux-mêmes depuis longtemps.

    Pour ce qui est de l'idée libérale elle-même, elle n'est pas tout simplement nécessaire, elle est bel et bien parfaitement indispensable au pays qui a tout intérêt à ce qu'une concurrence des idées se fasse sur le champ politique. Envers et contre tout, la Russie attend le retour de la droite, mais déjà dans sa nouvelle composition et avec des idées nouvelles. Si de telles idées et des leaders charismatiques apparaissent, tant la tribune que le pourcentage nécessaire de voix aux élections ne manqueront pas, eux non plus, apparaître et ce, sans aucune révolution des "bouleaux".

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