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    Réforme de l'éducation: débat national

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    MOSCOU, 15 décembre - par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti. La Russie atteindra son objectif premier de développer l'économie d'innovation si elle réussit à moderniser son système d'enseignement. Ce thème a dominé la réunion du gouvernement et les auditions parlementaires du 9 décembre qui ont de nouveau apporté des corrections à la réforme de l'éducation lancée en l'an 2000.

    Ce domaine a connu dans l'histoire russe une trentaine de transformations. Cette fois, les réformateurs tiennent compte de tous les participants au processus éducatif - élèves, parents, autorités régionales, chercheurs, milieux d'affaires et associations professionnelles. Tout le monde participe au débat dans l'espoir de trouver une solution souple et pratique. Cette réforme est une affaire d'honneur pour la Russie et "l'une des missions les plus importantes" pour le Premier ministre Mikhaïl Fradkov. Il s'agit de rendre ce système plus accessible et plus moderne, d'améliorer sa qualité et d'y attirer les investisseurs.

    "Il est tout à fait impensable de renoncer au financement public de l'éducation", a souligné le ministre russe de l'Éducation et de la science Andreï Foursenko. Au contraire, la part des étudiants bénéficiant d'études gratuites a tendance à augmenter. "En Russie, le budget couvre les frais de scolarité de 204 étudiants sur 10.000 habitants contre les 170 étudiants prévus", a noté le ministre. Il faut promouvoir les crédits d'enseignement, de l'avis des experts. Les établissements d'enseignement supérieur, notamment l'Université de Moscou, se sont déjà décidés à lancer une telle expérience.

    Les établissements de l'enseignement supérieur devront revoir leurs cursus pour renoncer à la formation traditionnelle de 5 ans au profit du système à deux niveaux de qualification - Baccalauréat (BA, 3 ou 4 ans) et Master (1 à 2 ans). La mission s'avère difficile pour certaines universités surchargées de travail. Qui plus est, les employeurs russes n'accueillent pas les bacheliers à bras ouverts les considérant comme des sous-spécialistes.

    Les meilleures universités sont réticentes quant à l'introduction du nouveau système. "Il ne faut pas copier aveuglement le système occidental car nous risquons de faire baisser le niveau ", affirme le recteur de l'Université de Moscou Victor Sadovnitchi. Il est impossible de former les médecins, les chimistes, les physiciens, les mathématiciens, les ingénieurs ou les biologistes hautement qualifiés en quatre ans. La communauté scientifique a ainsi réussi à maintenir la formation de 5 ans pour les sciences exactes, qui donne d'excellents spécialistes à la Russie (et au monde entier en raison de la "fuite des cerveaux").

    Cependant la révision du programme scolaire paraît inévitable. Sensible aux plaintes des enfants, des parents, des psychologues et des médecins, le ministère de l'Éducation a décidé de réduire le nombre de cours obligatoires. On estime la surcharge scolaire hebdomadaire à 30%. L'éducation préscolaire pour les enfants de 5-6 ans, ainsi que la division de l'enseignement en filières (littéraire ou scientifique) dans les classes supérieures aideraient aussi à optimiser le programme scolaire. Dotés de connaissances approfondies, les élèves de terminale pourraient se passer des cours préparatoires à l'université.

    Autrement dit, on préfère l'économie. Les examens uniques d'État remplaçant les examens de fin d'études secondaires et les concours d'entrée à l'université, sont aussi appelés à préserver l'épargne familiale et à élargir l'accès des provinciaux de talent aux établissements supérieurs de la capitale. Les élèves de terminale passent les examens dans leur localité et peuvent envoyer les résultats par courrier à plusieurs établissements. En 2005, les examens d'État unique seront organisés dans 80 régions russes. La transparence et l'impartialité du "verdict" est un autre avantage du nouveau système où une commission indépendante est chargée de mettre lesnotes. Cependant il y a un inconvénient: il est impossible d'évaluer certaines connaissances au moyen d'un test. Les examens uniques risquent de devenir un "lit de Procuste" qui ne tient compte ni de l'esprit de réflexion ni de l'originalité de la pensée. L'expérience a complètement échoué à Moscou.

    Dans cette optique, le ministère a maintenu le choix entre les examens uniques d'État et les examens traditionnels d'entrée à la demande des recteurs de nombreux établissements supérieurs, des élèves et de leurs parents. Quant aux jeunes qui deviennent étudiants grâce aux résultats des examens uniques, l'État financera leurs études en fonction de leurs notes.

    L'amélioration de la qualité de l'enseignement, la modernisation du cursus est un autre aspect de la réforme. "Le nombre des établissements de pseudo-enseignement augmente en Russie, les étudiants perdent leur temps au lieu de faire des études", affirme le recteur du Haut Collège d'Économie Iaroslav Kouzminov. Les entreprises sont obligées de parfaire la formation des jeunes diplômés voire de leur apprendre leur métier. Pire encore, on peut acheter un diplôme dans un passage souterrain ou dans la rue. Le système éducatif n'est pratiquement pas lié au marché du travail. La Russie compte trop de juristes et d'économistes de niveau modeste et manque de professionnels dans d'autres domaines.

    La demande de spécialistes tiendra tout prochainement compte des besoins de l'État et des employeurs. Les projets de loi appropriés sont à l'étude. L'État et les employeurs devraient également corriger les cursus universitaires et il en sera probablement ainsi à partir de 2008, date butoir de la réforme.

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