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    Le projet RRJ bénéficie d'un appui gouvernemental

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    MOSCOU, 15 décembre - par Viktor Litovkine, commentateur RIA Novosti. La semaine passée, le premier ministre russe Mikhaïl Fradkov effectuait une visite en France où il a rencontré le président Jacques Chirac, son homologue Jean-Pierre Raffarin et des représentants du patronat français. L'un des dossiers examinés au cours de ces rencontres est celui du projet d'avion civil régional du constructeur aéronautique Soukhoï conçu en collaboration avec les Français.

    En retrouvant les membres de l'association Dialogue russo-français, Mikhaïl Fradkov a déclaré que le gouvernement appuyait déjà le projet "en y réservant des fonds financiers dans le budget fédéral" et qu'il envisageait de faciliter les procédures douanières et fiscales, une question on ne peut plus sérieuse qui préoccupe les patrons et les constructeurs aussi bien français que russes.

    C'est que le projet de famille d'avions civils de Soukhoï baptisé RRJ (Russian Regional Jet) a réuni tout ce qu'il y a de meilleur dans l'aéronautique civile contemporaine. Il s'agit de trois avions de transport de passagers à 60, 75 et 95 sièges. Leur avionique est fournie par le français Thales, le moteur et le fuseau-moteur par le français Snecma et le russe Satourne, la télécommande par l'allemand Liebherr (Munich) et le russe Voskhod, la climatisation par l'allemand Liebherr (Toulouse), le train d'atterrissage par le français Messier-Dowty, le système d'alimentation en combustible par le français Intertechnique, l'électricité par l'américain Hamilton Sundstrend, l'intérieur par l'américain BE Aerospace, le groupe auxiliaire par Honeywell (Etats-Unis) et le russe Saliout, les sièges par le britannique Ipeco, etc.

    Il est facile de constater, d'ailleurs, que la plupart des composants seront de fabrication française. Il s'agit en effet d'un projet russo-français. Une combinaison qui est loin d'être fortuite. Soukhoï s'est donc choisi pour partenaires les leaders de l'aéronautique pour permettre à ses appareils civils d'accéder au marché mondial. Car, dans la classe des avions régionaux à laquelle appartient le RRJ, Soukhoï a assez de rivaux parmi lesquels on trouve le russe TU-334, le russo-ukrainien AN-148, le brésilien Embraer, le canadien Bombardier et le chinois ERJ.

    Tous ces avions n'ont pas encore pris leur envol, n'ont pas subi les essais de certification et ne bénéficient pas d'un soutien public aussi solide que le projet de famille d'avions civils de Soukhoï (le budget 2005 lui réserve 2,7 milliards de roubles, soit 100 millions de dollars), mais la concurrence est toujours la concurrence. Et on ne peut vaincre l'ennemi qu'en obtenant des performances techniques plus élevées, une moindre consommation de carburant et un plus grand confort pour les passagers.

    Encore une nuance: les droits de douane et les impôts assez élevés auxquels sont soumises les compagnies étrangères pour fournir des équipements pour le RRJ, ce qui, naturellement, réduit sa compétitivité. Chez Soukhoï, le prix prévisionnel d'un avion régional à 75 passagers est de 25 millions de dollars. Autant que le brésilien Embraer et le canadien Bombardier qui ont la même capacité. Et, même si le RRJ est beaucoup plus confortable que ses rivaux, même s'il est révisé par les services d'entretien Boeing, même si son moteur SM146 conçu par Snecma et Satourne consomme moins que les autres, le prix demeure un facteur très important.

    Tous les transporteurs aériens ne s'intéressent pas au confort des passagers, ce qui importe pour eux c'est le prix global et les qualités économiques de l'appareil. Et si ces dernières performances sont égales à celles des concurrents, c'est le prix qui s'avère décisif. Ainsi, si le gouvernement garantit son soutien à l'aéronautique russe et inscrit des fonds dans son budget, il doit aussi créer des préférences financières, comme le font le gouvernement américain pour les Boeing et l'Union européenne pour les Airbus.

    C'est cette question qui était au cœur de la visite en France.

    Mikhaïl Fradkov a promis aux patrons français d'adopter des mesures pour faciliter les procédures douanières et alléger le fardeau fiscal des fournisseurs d'équipement pour les RRJ. En avouant, toutefois, que la tâche n'était pas facile et qu'elle devait être accomplie non seulement par le gouvernement, mais aussi par les instances législatives. Dans le même temps, la promesse d'un chef de gouvernement, a-t-il relevé, "c'est déjà une garantie". Un tonnerre d'applaudissements a retenti dans la salle qui abritait le Dialogue russo-français.

    Reste à ajouter que les travaux de conception RRJ auxquels ont participé, d'ailleurs, des experts de Boeing sont complètement terminés. Début 2005, les premières ossatures de l'avion à 95 passagers apparaîtront sur les chantiers de Soukhoï à Novossibirsk et à Komsomolsk-sur-l'Amour, le premier vol d'essai étant prévu pour le troisième trimestre de 2006, a déclaré à RIA Novosti le directeur général de Soukhoï, Mikhaïl Pogossian.

    "Je suis sûr, a-t-il dit, que ce programme a tout le potentiel requis pour opérer une percée dans l'aérospatiale russe, car c'est la première fois qu'un constructeur russe propose un produit qui corresponde aux exigences du marché international et jouit d'un potentiel d'exportation élevé. Cela offre à la Russie une opportunité unique de se tailler une place solide sur le marché mondial des avions civils".

    En outre, a ajouté le directeur général de Soukhoï, le programme est estimé à 600 millions de dollars, tandis que le volume des ventes doit dépasser 10 milliards. Les besoins du marché mondial en avions passagers petits, pas chers et faciles à manier est estimé par des experts à environ 5 500 appareils d'ici vingt ans. À partir de 2007, quand le RRJ sera lancé en série, il faudra 300 appareils pour les pays de la CEI et plus de 400 pour les pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord. Dans les prochaines années, déjà, Soukhoï espère que les exportations d'appareils civils lui rapporteront autant que lui rapportent les avions de combat, soit plus de 1,5 milliard de dollars tous les ans.

    Le constructeur russe a déjà investi 70 millions de dollars dans le projet RRJ. Et il compte prochainement non seulement rentrer dans ses frais, mais aussi commencer à engranger des bénéfices. Un contrat a été signé sur la fourniture de 50 avions à la Siberia Airlines et des offres commerciales sont prêtes pour UTAir et Pulkovo Airlines. On affirme chez Soukhoï qu'il existe aussi des ententes avec Air France, Iberia et d'autres compagnies européennes. Soukhoï ne cache pas non plus son intention de proposer une participation au projet à l'indien HAL qui est en train d'assembler des chasseurs polyvalents SU-30MKI dans le cadre de la licence accordée par le constructeur russe. Cela doit élargir la marge de manœuvre commerciale pour les fournitures d'avions civils et permettra de surmonter les difficultés de la concurrence sur le marché de l'aviation international.

    Et si le premier ministre Mikhaïl Fradkov tient sa promesse qu'il a donnée aux patrons français, nul doute qu'une vie longue et prospère soit réservée au projet RRJ.

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