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    Le marché des technologies de l'information libérera la Russie de sa dépendance par rapport aux matières premières

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    MOSCOU. Commentateur de RIA-Novosti Alexeï Ilitchev.

    Nul ne l'ignore, la croissance économique actuelle en Russie s'explique à plus d'un titre par la demande élevée d'hydrocarbures sur les marchés mondiaux. Mais le Kremlin se rend parfaitement compte que le pays sera irrévocablement réduit au rôle de fournisseur de matières premières pour l'Occident si les technologies de l'information ne sont pas développées, secteur où la Russie dispose d'ailleurs d'un potentiel indéniable, tout à fait comparable à son étendue territoriale. L'informatisation de l'économie et de la vie de tous les jours devient donc un facteur déterminant de la compétitivité d'un pays ; sans les technologies IT, toute intégration organique de la Russie dans l'économie mondiale devient impossible, sans parler de son appartenance au club des pays les plus industrialisés G8.

    Des sources russes affirment que le taux actuel de croissance du marché IT en Russie est de 25% au moins par an. Les agences internationales de marketing, IDC et Gartner, plus conservatrices dans leurs appréciations, estiment que le marché russe IT progressera de 10 à 15% pendant plusieurs années, ce qui représente également un chiffre très substantiel. Toujours selon IDC, de 2000 à 2003, le marché des technologies de l'information dans le pays a presque doublé pour atteindre 7,1 milliards de dollars l'an dernier. Même les cours du pétrole ne font pas état d'un pareil dynamisme ! Et pourtant... Aussi rapide que soit sa croissance, le secteur IT ne représente que 1,4% du PIB russe, contre 5% aux Etats-Unis. Autres chiffres : le secteur IT russe n'exporte que 14% de ses produits, contre 70% pour Israël et même 80% pour l'Inde.

    Jusqu'à une époque toute récente, l'Etat n'avait investi pratiquement rien dans le développement des IT. C'est seulement en 2002 qu'a été adopté le programme gouvernemental Russie électronique, échelonné sur neuf ans. Pour les uns, celui-ci serait un objet de critiques, pour les autres représentants de l'industrie IT, il mériterait des louanges. Le ministère des Télécommunications a été rebaptisé en ministère des Technologies de l'Information et des Télécommunications. Une Conception du développement des technologies de l'information en Fédération de Russie doit être adoptée en janvier 2005. Des priorités telles que l'accès des écoles et des bibliothèques à Internet, la promotion du commerce électronique, l'adoption des lois sur le commerce et le traitement des documents électroniques et l'accès aux ressources d'information de la nation ont également été définies.

    Le soutien aux exportations de technologies IT n'est pas non plus oublié. A cette fin, les entreprises russes feront l'objet de campagnes de promotion sur les marchés internationaux. La Russie aura l'image d'un pays se spécialisant dans la création de produits intellectuels.

    Grâce à l'afflux de pétrodollars, le gouvernement fédéral dispose des ressources nécessaires au développement des technologies IT. Et, comme l'estime Olga Ouskova, présidente de la grosse entreprise de progiciel russe Cognitive Technologies, "dès aujourd'hui la formation de ce programme s'appuie sur les besoins réels du pays et de sa population. En Russie, nous observons une situation optimale, il y a de l'argent, et notre président fait de la propagande active autour de l'informatique".

    Mais des problèmes, très sérieux d'ailleurs, demeurent. La demande de technologies d'avant-garde reste sous-développée, les mécanismes encourageant les entreprises à passer aux technologies IT font défaut et le taux de pénétration de l'informatisation dans la vie de tous les jours reste peu élevé. De l'avis des participants au marché IT, aujourd'hui, le business dépend plus fortement vis-à-vis de la bureaucratie. Jusqu'à présent, les fonctionnaires ont du mal à comprendre que des produits efficaces de programmation pourraient être élaborés uniquement en cliquant sur la souris et que cela pourrait rapporter de l'argent bien réel ! De ce fait, l'implantation des systèmes informatiques d'avant-garde en Russie n'est pas aussi rapide qu'en Occident. Il y a d'autres problèmes, qui portent en premier lieu sur la réglementation des changes, la fiscalité et les ventes à l'étranger de produits de haute technicité.

    Au cours d'une "table ronde" à RIA-Novosti, Viktor Nikitine, doyen de la faculté de l'informatique d'affaires du Haut collège d'économie, a fait observer que sans une nette stratégie nationale de promotion des technologies IT, la Russie aura peu de chances de parvenir à une croissance sérieuse dans cette branche. Dans le cadre du projet "Russie électronique", on organise déjà la préparation des spécialistes d'une classe toute nouvelle, qui ont toutes les connaissances nécessaires aussi bien en matière de gestion des entreprises que dans le domaine des technologies de l'information.

    La visite de Vladimir Poutine en Inde du 3 au 5 décembre 2004 a constitué une étape importante du point de vue du développement du secteur IT. Le président s'est rendu au Silicon Valley indien, à Bangalore, où il a parlé des perspectives rassurantes de la coopération bilatérale dans le domaine des technologies de l'information et d'un soutien public correspondant. "Nous pourrions réunir nos efforts pour devenir plus efficaces. Et nous concurrencerons sérieusement les uns les autres sur nos marchés réciproques, je vous conseillerais donc d'y être prêts", a indiqué le chef de l'Etat russe en rencontrant les programmateurs d'Infosys.

    Bien que de nombreuses entreprises russes de progiciel occupent déjà des positions d'avant-garde sur le marché IT mondial, la programmation d'origine occidentale continue de prédominer en Russie. "Le plus triste, c'est que de nombreux systèmes informatiques importés en provenance des Etats-Unis sont élaborés justement en Russie, sur commande de grosses sociétés américaines de software", réclame Mikhaïl Donskoï, directeur général de DISCo, une compagnie IT. Malheureusement, les entreprises russes de progiciel n'ont toujours pas de grosses commandes publiques.

    Quoi qu'il en soit, au gouvernement, on se rend parfaitement compte de la nécessité d'encourager le business IT. Sans une aide de la part de l'Etat, on ne réussira pas à maintenir les taux de croissance actuels jusqu'à 2010. Il est prévu d'entériner sur le plan législatif les droits de propriété intellectuelle, de créer des technoparcs, de décréter des avantages fiscaux et douaniers. Et là, l'expérience indienne pourrait s'avérer d'utilité. De l'avis des experts, la Russie a toutes les chances de devenir un des leaders du marché mondial des technologies de l'information, lui offrant des services d'un coût de 3 milliards de dollars par an au moins.

    "Nous sommes en droit d'estimer que le marché IT russe atteindra 40 milliards de dollars d'ici à 2010", a déclaré un de ces jours le vice-ministre des Technologies de l'information et des Télécommunications Dmitri Milovantsev.

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