Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    A QUI A ETE VENDU "YOUGANSKNEFTEGAZ"?

    Opinion
    URL courte
    0 1 0 0
    par Nina Koulikova, commentatrice économique de RIA-Novosti

    La vente aux enchères de "Youganskneftegaz" continue à susciter des questions. L'origine du scandale est la suivante: la société Baïkalfinansgroup, totalement inconnue, a remporté les enchères en proposant 9,35 milliards de dollars, soit 500 millions de dollars de plus que le prix de départ. Le gagnant dispose d'un délai de 14 jours pour verser la somme annoncée. Si la compagnie ne s'acquitte pas, les enchères seront annulées, l'acquéreur perdra la caution versée, alors que l'Etat récupèrera les actifs de "Youganskneftegaz".

    Le groupe MENATEP a promis des poursuites judiciaires à l'acheteur de 77 % des actions de "Youganskneftegaz". Pour l'instant, la compagnie ne peut engager aucune action en justice: ses représentants ont affirmé qu'ils ne savaient pas qui se tenait derrière le vainqueur de la vente aux enchères de dimanche dernier. Les fonctionnaires du gouvernement ont également refusé de divulguer des informations sur le propriétaire réel de "Baïkalfinansgroup".

    A la veille de la vente aux enchères, YOUKOS a demandé au tribunal de Houston (Texas, Etats-Unis) d'ouvrir une procédure de mise en faillite. Le tribunal des faillites a pris la décision de suspendre les opérations sur les actifs de la compagnie pétrolière YOUKOS, soit d'interdire provisoirement la vente des actions de la compagnie "Youganskneftegaz". Les acquéreurs des actions et leurs créditeurs qui n'ont pas respecté la décision du tribunal subiront de graves sanctions allant jusqu'à la fermeture de leurs comptes aux Etats-Unis. Le 18 décembre, après avoir examiné la contestation de "Gazprom" et de Deutsche Bank, le tribunal américain a laissé en vigueur cette décision.

    En ce qui concerne celui qui se tient derrière "Baïkalfinansgroup", les avis des analystes divergent. Certains supposent que le gagnant représente "Gazprom". Il n'est pas exclu que "Baïkalfinansgroup" puisse agir dans l'intérêt de "Sourgoutneftegaz", car c'est l'unique compagnie disposant des fonds nécessaires pour une telle caution et pour cet achat. Les structures de Roman Abramovitch, propriétaire principal de "Sibneft", pourraient également se tenir derrière l'acquéreur. "Gazpromneft" et toutes les grandes compagnies pétrolières russes nient leurs liens avec le gagnant des enchères.

    De l'avis de Constantin Simonov, représentant du Centre de la conjoncture politique, une partie de l'élite qui contrôle l'affaire YOUKOS ne peut pas admettre qu'une compagnie inconnue change radicalement les choses qui durent depuis plus d'un an. Par conséquent, on peut supposer qu'elle connaît celui qui se tient derrière "Baïkalfinansgroup". Cette compagnie utilise les ressources financières qui se sont accumulées sur ses comptes grâce à l'exportation de pétrole ou de gaz. Il peut s'agir de "Gazprom", de "Sourgoutneftegaz" ou de "Sibneft". Il est à remarquer que cette dernière compagnie s'est conduite, depuis que dure l'affaire YOUKOS, conformément au point de vue de l'administration présidentielle, estime Constantin Simonov.

    En plus du favori, une compagnie-doubleur est presque toujours présente à la vente aux enchères, pour assurer que la vente ait lieu. Mikhail Deliaguine, directeur de l'Institut des problèmes de la mondialisation, suppose que, puisque seulement deux des quatre compagnies qui avaient déposé une demande ont participé aux enchères, cela témoigne que "Baïkalfinansgroup" est une société écran, derrière laquelle se tiennent ou bien "Gazprom", ou bien l'Etat. A son avis, deux versions sont possibles. Primo: "Baïkalfinansgroup" est une filiale bien camouflée de "Gazprom". Secundo: ce n'est qu'un moyen de gagner du temps jusqu'à l'expiration du délai de dix jours au terme duquel la décision du tribunal de Houston n'est plus valable. Ensuite, si la société écran ne verse pas la somme due, cela peut entraîner une nouvelle vente aux enchères ou le transfert du paquet d'actions de "Youganskneftegaz" à l'Etat.Dans les deux cas, les autorités américaines n'ont pas de raisons valables pour avancer des prétentions à "Gazprom".

    Il se peut que "Gazprom" ait besoin de temps à cause du manque de ressources financières pour participer à la vente aux enchères, car l'interdiction prononcée par le tribunal américain concernait également le financement de l'acquisition de "Youganskneftegaz" par un syndicat de banques étrangères.

    D'autres experts ont en vue "Sourgoutneftegaz". De l'avis de Youri Makeiev, représentant de la compagnie d'investissement "IT Invest", dans la situation présente, le Kremlin a probablement "béni" cette compagnie pour l'achat de "Youganskneftegaz". Selon lui, le schéma du transfert de "Youganskneftegaz" à "Gazprom" au moyen de la fusion entre "Sourgoutneftegaz" et "Gazpromneft" est le plus probable.

    Alexei Makarkine (Centre des technologies politiques) estime que les juristes de YOUKOS auront du mal à prouver que cette compagnie est affiliée à "Gazprom". L'acquéreur peut vendre ensuite "Youganskneftegaz" à un investisseur, plusieurs transactions de ce genre sont possibles. Les juges européens n'examineront pas le motif pour lequel "Gazprom" qui a acheté "Youganskneftegaz" à la suite de plusieurs transactions doit payer les propriétaires de YOUKOS.

    Par conséquent, l'un des résultats de la vente aux enchères des actions de "Youganskneftegaz" est acquis: formellement, l'interdiction prononcée par le tribunal américain n'est pas enfreinte, car "Gazprom" ne peut pas être accusée d'avoir acheté les biens de YOUKOS. D'autre part, la vente de "Youganskneftegaz" à un acheteur inconnu et les ventes suivantes éventuelles donnent la possibilité à l'acquéreur final d'être loyal.

    Lire aussi:

    Du gaz russe transitant par l’Ukraine redirigé vers l’Allemagne
    Ukraine: un petit-déjeuner avec la vice-ministre de l'Intérieur adjugé pour 423.000 USD
    1 M EUR pour la «montre de Poutine»: une ruse absolue, selon le Kremlin
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik