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    L'industrie russe et la croissance économique: les experts sont partagés

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    MOSCOU, 22 décembre - par Nina Koulikova, commentatrice économique RIA Novosti. Le 22 décembre, lors d'une réunion du cabinet, le ministre russe du développement économique et du commerce, Guerman Gref, a présenté son programme de développement économique et social de la Russie d'ici 2008. À son avis, même si en 2004 l'économie russe continuait son ascension dynamique, l'actuelle structure de l'économie ne lui permet pas d'évoluer à un rythme annuel supérieur à 7%. L'industrie russe est-elle capable d'assurer la croissance économique à l'avenir?

    Selon Guerman Gref, en 2004 la croissance du PIB doit s'établir à 6,8%, celle de la production à 6,2% et celle des investissements en capital à 10,8%. Ceci étant, à défaut de progrès améliorant la compétitivité de l'économie russe et de restructuration entreprise par le gouvernement, la croissance du PIB risque de tomber à 4,5% en 2005.

    D'après l'Institut de l'économie de transition (IET), les taux de croissance se sont ralentis en novembre dans la plupart des secteurs industriels. La sidérurgie, la chimie, la pétrochimie, le bâtiment et l'industrie légère accuse une nette réduction de la production. Dans les constructions mécaniques, la production continue de croître, mais très lentement.

    Parmi les causes de ce ralentissement les experts citent l'incertitude des relations entre les entreprises et l'État, le ralentissement des investissements depuis le milieu de l'année dans toute une série de secteurs, la pause bancaire de l'été et le remaniement ministériel.

    Dans le même temps, le directeur du Centre d'analyse macro-économique et de prévision à court terme, Andreï Belooussov, note que le ralentissement de la croissance économique est purement conventionnel. Selon lui, la croissance des marchés intérieurs accuse un rythme annuel de 10%, l'économie est en pleine restructuration, les constructions mécaniques démontrent une croissance maximale depuis quatre ans, et la demande de crédits connaît une croissance stable deux fois plus rapide que celle du PIB.

    Pour le premier ministre Mikhaïl Fradkov, même si la croissance se ralentit, le doublement du PIB reste à l'ordre du jour. L'un des enjeux du programme à moyen terme est, selon lui, de surmonter le handicap technique et de créer de nouveaux avantages concurrentiels pour l'économie russe. Ceci étant, non seulement des secteurs entiers, mais aussi les entreprises qui les composent, notamment celles fondées sur le partenariat public-privé, doivent apporter leur contribution au développement économique.

    Le directeur exécutif de l'Institut d'expertise auprès de l'Union russe des industriels et entrepreneurs (RSPP), Andreï Nechtchadine, estime que la Russie a toutes les chances de doubler son PIB en dix ans, et c'est le développement des industries nationales qui offre ces chances, ne serait-ce que des industries qui ont un potentiel et des avantages incontestables comme l'aérospatiale, les biotechnologies, les télécommunications, l'électronique et les composites.

    Une analyse du marché réalisée par l'Institut d'expertise de la RSPP a montré que la Russie n'enregistrait pas de taux de croissance élevés dans le seul secteur du pétrole et du gaz, contrairement à ce qu'il est convenu de croire. Depuis deux ou trois ans, l'alimentaire est devenu trois fois plus rentable. La production a augmenté de 30% dans l'aérospatiale dont le volet le plus efficace est l'aviation de guerre. Une croissance rapide est également observée dans la production de tubes et tuyaux.

    D'ici à cinq ans, on s'attend à un rythme aussi élevé dans le raffinage du pétrole et la pétrochimie. Selon la directrice du centre de consultation Irbis, Zinaïda Gorlova, les grandes entreprises pétrochimiques ont annoncé ces derniers temps beaucoup de projets d'investissement, en premier lieu dans la production des résines synthétiques et matières plastiques. Ces projets doivent promouvoir le raffinage du pétrole et, en fin de compte, changer la structure qualitative du marché du pétrole tout entier. La pétrochimie jouit de deux atouts inestimables: premièrement, la demande des produits pétrochimiques est en croissance et, deuxièmement, l'entrepreneur russe a pris goût à la gestion civilisée des affaires.

    Selon Alexandre Nechtchadine, l'industrie nationale est à deux tiers privée, il revient donc plutôt aux entreprises privées de faire doubler le PIB. Cette tâche est tout à fait réalisable si le partenariat public-privé est mutuellement avantageux et si l'État annonce une stratégie claire de développement économique dans les années à venir. "Si les autorités ne donnent pas aux patrons de critères clairs d'ici cinq à sept ans, l'économie russe, notamment l'industrie, n'évoluera pas à un rythme élevé", a dit Alexandre Nechtchadine.

    À l'heure actuelle, le principal problème de l'industrie est le manque de capacités, car celle-ci exploite pratiquement toutes les capacités excédentaires datant de l'époque de l'économie planifiée. En novembre, la part des entreprises ayant des capacités excédentaires est passée de 29% à 20%. Ainsi, les entreprises devront prochainement mettre à profit toutes leurs capacités pour faire face à la demande solvable. Et si la croissance industrielle ne tarit pas, l'industrie russe pourra être confrontée dans les années à venir à une pénurie physique de capacités pour satisfaire la demande.

    Selon des experts à l'Institut de l'économie de transition, tout porte à croire que la croissance de la production se maintiendra dans l'industrie dans son ensemble et chacun des secteurs (à part l'industrie légère et le bâtiment), mais son rythme sera faible.

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