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    Ivan Tourgueniev, le premier cosmopolite russe (en prévision du film sur "l'Européen russe")

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    L'écrivain russe Ivan Tourgueniev était très révéré dans sa patrie: les Russes glorifiaient la précision de ses images et son style, ils ont créé un musée dans sa propriété familiale de Spasskoïé-Loutovinovo, rédigé plus d'une fois sa biographie, porté ses romans à l'écran. C'est une habitude lorsqu'il s'agit des grands. Il ne manquait qu'une seule chose: un film sur Tourgueniev lui-même, sur sa vie russo-européenne, cosmopolite, dont de longues années ont été vécues dans sa deuxième maison, qu'est devenue la France, et dans sa troisième maison, qu'était l'Allemagne.

    L'écrivain russe Ivan Tourgueniev était très révéré dans sa patrie: les Russes glorifiaient la précision de ses images et son style, ils ont créé un musée dans sa propriété familiale de Spasskoïé-Loutovinovo, rédigé plus d'une fois sa biographie, porté ses romans à l'écran. C'est une habitude lorsqu'il s'agit des grands. Il ne manquait qu'une seule chose: un film sur Tourgueniev lui-même, sur sa vie russo-européenne, cosmopolite, dont de longues années ont été vécues dans sa deuxième maison, qu'est devenue la France, et dans sa troisième maison, qu'était l'Allemagne.

    Un jeune Français, promu du VGuIK (Institut national de cinématographie), pépinière de cinéastes en Russie, a décidé de tourner un tel film. Marc Zviguilsky est l'auteur de plusieurs films projetés par les plus grandes chaînes de télévision russes. Le réalisateur peut parler interminablement de Tourgueniev et de ses amis : de Pauline et Louis Viardot, de Gustave Flaubert, de Guy de Maupassant, des frères Goncourt, de George Sand, de Frédéric Chopin et de Franz Liszt. Dans la famille Zviguilsky, tout le monde connaît en détail la biographie de Tourgueniev. Le père de Marc, Alexandre Zviguilsky, est professeur à la Sorbonne. Spécialiste en littérature comparée (Russie et Espagne) et président de l'Association des amis d'Ivan Tourgueniev, un des meilleurs spécialistes de son oeuvre en Europe, il a créé en 1983, juste un siècle après la mort de l'écrivain, le musée Tourgueniev à Bougival. Le pianiste virtuose Sviatoslav Richter a assuré une partie du financement grâce à un concert de bienfaisance.

    Ivan Tourgueniev a acheté sa propriété de Bougival en 1874 pour Pauline Viardot. Il vivait dans la famille de la célèbre chanteuse avec sa fille naturelle, et unique, prénommée Pauline également. La propriété était le signe de sa reconnaissance à la "divine Pauline" et de l'amour intarissable qu'il lui a porté durant une quarantaine d'années. L'écrivain s'est fait construire ici une maison qui ressemblait un peu à celle qu'il possédait en Russie, à Spasskoïé-Loutovinovo. Il y a écrit ses dernières oeuvres. Ivan Tourgueniev est décédé à Bougival en 1883.

    La famille Zviguilsky a reconstitué avec amour l'intérieur de la maison, elle y organisait des excursions, découvrait de nouveaux faits de la biographie de l'écrivain. Parmi les visiteurs russes, ce sont essentiellement les spécialistes qui parviennent à trouver ce musée : historiens de la littérature, écrivains, musiciens, gardiens de musées. Il faut tourner un film sur "l'Européen russe" pour le large public, estime Marc Zviguilsky.

    "Je voudrais montrer sa voie à travers l'Europe, dit le réalisateur. A l'heure actuelle, il est peu connu en Europe, contrairement à Tolstoï, Dostoïevski et Tchékhov. Cependant, au XIXe siècle, Tourgueniev se trouvait au centre de la culture européenne et exerçait une grande influence sur les esprits. Il apportait la culture européenne en Russie, et la culture russe en Europe. Il était philosophe occidentaliste préconisant un rapprochement entre la Russie et l'Europe. Tourgueniev connaissait parfaitement l'histoire et la philosophie russes. C'était un intellectuel, un homme doté d'un esprit très vif, il aimait à rencontrer les gens pour échanger des idées. L'écrivain popularisait en France les oeuvres des compositeurs russes tels que Nikolaï Rimski-Korsakov, Modeste Moussorgski et Alexandre Borodine". Grâce à Ivan Tourgueniev, les livres d'Emile Zola, de Guy de Maupassant, de Gustave Flaubert et d'Alphonse Daudet ont paru en Russie plus tôt qu'en France. Le congrès littéraire international de Paris l'a élu au poste de vice-président en 1878. Tourgueniev a prononcé un discours sur la littérature russe qui a eu un vrai succès.

    Les romans d'Ivan Tourgueniev sont devenus une prophétie sur le terrorisme. En tant qu'artiste honnête, en tant que réaliste, il a décrit objectivement, et très humainement, les révolutionnaires russes, y compris les nihilistes destructeurs qui renversaient de nombreuses valeurs traditionnelles. Mais en tant que philosophe libéral et tout simplement en tant qu'homme, il se tourmentait infiniment pour le sort de la Russie et condamnait toutes les tentatives pour résoudre les problèmes politiques à l'aide du terrorisme, relève Marc Zviguilsky. Les questions soulevées par l'écrivain : le terrorisme et le nihilisme qui l'a engendré, la voie de la Russie, originale ou occidentale, et les relations entre la Russie et l'Europe, sont aussi extrêmement importantes aujourd'hui, souligne le réalisateur.

    "La vie de Tourgueniev ressemblait à un roman à facettes multiples, continue Marc Zviguilsky. Il voyageait sans cesse, il a connu le grand amour avec Pauline Viardot. A Bougival, tous les arts cohabitaient. Tourgueniev écrivait de la prose, ainsi que des vers pour les romances et opéras composés par Viardot. Georges Bizet a créé à Bougival son opéra "Carmen". Les impressionnistes venaient ici, sur les rives de la Seine, pour peindre d'après nature". D'ailleurs, Bougival est entré dans l'histoire dès le début du XIXe siècle. La maison où les Viardot habitaient à partir du printemps jusqu'à l'arrière-saison avait appartenu d'abord à Joséphine de Beauharnais. Il se peut donc que son auguste époux, Napoléon Bonaparte, y a laissé des traces.

    Le projet ambitieux se donnant pour objectif de tourner un film documentaire et de fiction sur Ivan Tourgueniev sera réalisé à Bougival, à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Paris, à Baden-Baden et à Spasskoïé-Loutovinovo. Le réalisateur cherche à saisir le pouls lent du XIXe siècle. C'était l'époque de calmes conversations et promenades, de soirées musicales pour méditer, de peinture et de longues lettres dont l'esprit a été transmis avec talent par Andreï Kontchalovski dans son adaptation pour l'écran du roman "Le nid de gentilshommes" de Tourgueniev. Marc Zviguilsky lui donnera la parole dans son nouveau film.

    La Fondation russe pour la culture pourra devenir un des sponsors du projet. Son président Nikita Mikhalkov ne le cède pas en popularité à son frère Andreï Kontchalovski. Les scènes jouées du film seront tournées à Bougival. "Le personnage principal pourrait être incarné par Michel Lonsdale, acteur intelligent qui ressemble de surcroît à Tourgueniev", dit Marc Zviguilsky. La chaîne de télévision Arte a déjà manifesté un intérêt pour le futur film. Cette chaîne diffuse ses émissions sur la France et l'Allemagne et montre parfois des films sur la Russie.

    La famille Zviguilsky envisage de créer à Bougival un centre culturel européen (littérature, musique, peinture et cinéma) et d'engager dans le projet d'autres Etats. "Tourgueniev se tenait au carrefour de plusieurs pays, il circulait entre la Russie, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il a donné l'exemple de ce que cela veut dire être Européen", a dit pour conclure Marc Zviguilsky.

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