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    L'assistance européenne à la Tchétchénie, un cadeau de Noël pour l'Europe?

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    MOSCOU, par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA Novosti. Un épisode assez énigmatique de la visite que le président russe Vladimir Poutine a effectuée en Allemagne avant Noël peut devenir un volet indépendant de la politique européenne en 2005. Il s'agit de l'examen par le président russe et le chancelier allemand Gerhard Schröder du dossier tchétchène. Peu de détails ont filtré à ce sujet. On sait notamment qu'à l'automne dernier, Vladimir Poutine a reçu une enveloppe de propositions allemandes concernant la Tchétchénie alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Allemagne. Pendant sa visite à Hambourg, il a déclaré qu'il acceptait pleinement ces propositions. Quoi d'autre? Le lendemain à Schleswig, il a indiqué: "Nous sommes prêts à en discuter avec nos partenaires en Europe" en parlant de la Tchétchénie. Enfin, le fait, rapporté par les services de presse, que le chef de l'État russe et le chancelier allemand se sont entre autres penchés sur la Tchétchénie à bord d'un train spécial les amenant à Schleswig.

    La première conclusion qu'on peut en tirer est qu'il s'agit d'une idée toujours à l'étude. Cela explique l'absence d'informations à ce sujet. On peut compter sur plus de précisions dans le courant de 2005, si le projet russo-allemand aboutit.

    En tout cas, la possibilité d'effectivement participer au règlement de la crise tchétchène est un cadeau de Noël pour l'Europe, même si elle ne le recevra qu'en 2005. Ainsi, l'Europe a une chance de s'occuper des relations entre les mondes occidental et musulman.

    La plupart des mesures prises jusqu'ici par l'UE et l'ensemble de l'Europe ont démontré que les Européens sont incompétents en la matière et ne comprennent pas le fond du problème. Rappelons les tendances pro-musulmanes qui ont marqué la politique européenne pendant les années 1990. A l'époque, l'Europe a de fait appuyé l'expansion d'organisations terroristes musulmanes sur les territoires serbes du Kosovo. Il faut aussi noter les réflexes anti-musulmans des habitants des villes européennes, les discussions dramatiques sur le port de signes religieux à l'école, l'attitude des Européens à l'égard d'Israël, de Palestine, de l'Iran et de l'Irak, la participation de certains pays européens à la guerre américaine en Irak et le refus des autres pays de le faire. Bref, on assiste à un chaos intellectuel et politique total. La situation n'est pas devenue plus claire après que le conflit des cultures et des civilisations a été aggravé par le problème du terrorisme musulman - en Tchétchénie, en Palestine ou en Irak.

    Aussi bizarre que cela puisse paraître, les "illusions musulmanes" de l'Europe se sont surtout manifestées pendant la discussion sur l'adhésion de la Turquie à l'UE (prévue dans 15 ans au plus tôt). Trop nombreux sont ceux qui estiment toujours que la Turquie a 15 ans pour cesser d'être une partie du monde musulman et se transformer en pays européen à cent pour cent. Mais cela peut s'avérer beaucoup plus complexe. Quant à la Tchétchénie, la Russie propose depuis longtemps aux structures européennes - l'UE, l'OSCE, l'APCE etc. - à participer aux réformes en cours dans cette république. Chaque fois, ces institutions se sont montrées incapables de comprendre ce qu'on peut et doit faire en Tchétchénie. Il semble que les Européens considèrent la Tchétchénie comme le fruit de l'imagination d'un producteur de cinéma acariâtre au lieu de voir une région réelle avec ses problèmes et besoins.

    Que peut-on dire du niveau d'information des gens qui conseillent sérieusement à recommencer le processus de paix et de rendre le pouvoir aux vaincus, qui sont devenus des terroristes classiques, trois ans après que Moscou ait réussi à neutraliser le plus grand groupe antirusse par des moyens politiques?

    Les problèmes actuels de la Tchétchénie ne sont plus militaires ni même policiers. Ce ne sont pas non plus des problèmes des réfugiés engendrés d'habitude par les guerres. Il s'agit de créer une infrastructure économique normale et la société civile dans une république musulmane après la fin d'une guerre contre les grandes formations terroristes. La situation ressemble à celle qui prévaut en Afghanistan, en Irak, au Kosovo, etc.

    Le dossier tchétchène fait partie des problèmes clés du monde occidental relatifs à ses rapports avec le monde musulman tourmenté, malheureux et chargé de violence. Une participation immédiate à la transformation d'après-guerre d'une petite partie de ce monde aurait une influence bénéfique sur les Européens. Mais il ne faut pas s'attendre à ce que deux pays - la Russie et l'Allemagne - puissent élaborer rapidement un plan précis d'actions communes, quel que soit le niveau de leur compréhension mutuelle. Il ne reste qu'à se réjouir du fait que la discussion a commencé et qu'elle ne ressemble pas à un dialogue des sourds.

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