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    Des succès et des désavantages de l'année 2004 vus par Vladimir Poutine

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    par Youri Filippov, commentateur politique de RIA-Novosti

    Pour le président russe Vladimir Poutine, l'année politique qui s'en va a été probablement la plus difficile de toute sa carrière présidentielle. Au cours de la conférence de presse au Kremlin, Vladimir Poutine qui s'exprime ordinairement d'une manière réservée a qualifié cette année de "peu facile".

    De plus, il est évident que l'évaluation générale positive donnée par le président a été, pour la Russie, le résultat non seulement de "plus", mais aussi de sérieux "inconvénients".

    Tout d'abord, l'économie n'a pas joué un mauvais tour. Malgré une inflation à un taux plus élevé que prévu et la baisse temporaire des taux de croissance au milieu de l'année, l'accroissement du PIB a constitué en Russie, à la fin de l'année, 6,8 %, les revenus réels de la population se sont accrus de 8 à 10 %. Le solde positif de la balance commerciale de 80 milliards de dollars et les réserves de change de la Banque centrale qui s'approchent de 120 milliards de dollars mettent l'économie russe à l'abri des bouleversements pour des années à venir. Même la scandaleuse affaire YOUKOS (l'un des "inconvénients" de 2004) n'a pas causé de grave préjudice aux positions économiques du pays.

    Aussi étonnant que cela puisse paraître, au cours de l'année écoulée, les plans russes ont également été mis en oeuvre en Tchétchénie: l'endroit où, ces dix dernières années, la Russie avait souvent bien plus d'"inconvénients" que d'"avantages". "A partir du 1er janvier 2005, il n'y aura en Tchétchénie aucun soldat du service actif du ministère de la Défense", a déclaré Vladimir Poutine au cours de la conférence de presse au Kremlin. Autrement dit, la guerre de Tchétchénie a pris fin, les troupes fédérales y deviennent inutiles.

    Il était difficile de se représenter cette tournure des événements il y a six mois, lorsque le président tchétchène Akhmad Kadyrov a été tué dans un attentat et les bandes de terroristes ont fait irruption, depuis le territoire de la Tchétchénie, en Ingouchie voisine. Ce fut un événement négatif aussi bien pour la Russie que pour la Tchétchénie, mais la nouvelle élection présidentielle qui a eu lieu ensuite dans la république et qui a été remportée par Alou Alkhanov, ancien ministre de l'Intérieur de Tchétchénie, ainsi que la stabilisation relative qui s'est instaurée, y compris la réduction du nombre d'actes terroristes en Tchétchénie, permettent effectivement d'évaluer l'évolution générale de la situation comme positive.

    Aussi paradoxal que cela soit, la Tchétchénie n'est plus la "hantise" principale russe dans le Caucase du Nord. La faiblesse de la Russie en 2004 a été manifestée dans cette région non pas en Tchétchénie, mais en Ossétie du Nord, calme et loyale, qui est considérée, depuis au moins un siècle, comme l'"avant-poste" principal russe dans le Caucase du Nord.

    La tragédie de Beslan, ville de l'Ossétie du Nord, où 1200 instituteurs, enfants et leurs parents ont été pris en otages a été un malheur pour tout le pays, elle a causé un préjudice politique au président Vladimir Poutine. Après les événements de Beslan qui ont fait plus de 330 victimes, dont au moins la moitié sont des enfants, la cote de popularité du président qui se maintenait longtemps au niveau de 70 % a commencé à baisser.

    Il faut dire qu'après Beslan Vladimir Poutine n'a pas agi de façon à sauver sa cote de popularité ébranlée, il a pris des mesures inattendues et impopulaires visant à accroître l'efficacité de l'Etat, ce qui était, selon lui, primordial dans les conditions de la menace terroriste.

    Vladimir Poutine a proposé de renoncer à l'élection des dirigeants des régions russes au scrutin universel direct et de passer à leur élection par les assemblées législatives, sur proposition du président. Une autre innovation: il a proposé de passer aux élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) uniquement au scrutin de liste (des partis), en supprimant les élections au scrutin uninominal. Enfin, la troisième proposition du président concerne la formation du Conseil social, organe social à l'échelle fédérale qui doit devenir l'intermédiaire principal entre la société et l'Etat.

    Au cours de la conférence de presse au Kremlin, le président russe a abordé le sujet de la réforme politique dans ses traits généraux, mais de façon bien compréhensible pour les auditeurs: à son avis, cette réforme est un "avantage" évident.

    Il est impossible de ranger parmi les "avantages" pour la Russie les événements en Ukraine en 2004, la "révolution orange", la division des électeurs ukrainiens en deux camps, la politique ukrainienne active de la Pologne aux nuances antirusses évidentes. L'objectif de Vladimir Poutine consiste à y minimiser les "inconvénients" éventuels et, comme l'a démontré sa conférence de presse au Kremlin, il a déjà commencé à agir en ce sens.

    L'objectif principal de la Russie en Ukraine est de créer une économie commune, à inviter l'Ukraine (de façon à ce qu'elle ne refuse pas) à faire partie de l'Espace économique unique (EEU), dans lequel, en plus de l'Ukraine et de la Russie, se trouveront également la Biélorussie et le Kazakhstan. "Nous accepterons toute décision du peuple ukrainien, nous allons travailler avec n'importe quel président ukrainien", a-t-il déclaré.

    Si le travail de ce genre s'avère efficace (Vladimir Poutine a laissé entendre que ce serait l'une des priorités de la Russie), il sera possible d'affirmer, une fois de plus, que l'année 2004 a été effectivement "avantageuse" pour la Russie.

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