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    La Russie se dote d'une grosse société pétrogazière publique

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    MOSCOU, 24 décembre - Commentatrice économique de RIA-Novosti Nina Koulikova. Le 22 décembre, le groupe pétrolier public russe Rosneft a racheté, aux propriétaires de BaïkalFinanceGroup, la totalité de cette société financière, devenant par la même occasion propriétaire de 76,8% des actions du pétrolier Youganskneftegaz. Dans un communiqué de presse, Gazprom a annoncé que ces nouvelles acquisitions resteraient sans effet sur les projets du holding gazier russe tendant à intégrer Rosneft et à accroître la part de l'Etat dans Gazprom, en la portant à un bloc de contrôle.

    L'information selon laquelle la société publique Rosneft a acheté la compagnie BaïkalFinanceGroup est venue confirmer les attentes des analystes qui estimaient que l'ancien actif principal de Yukos irait à l'Etat ou à une structure loyale à l'Etat. Il devient absolument clair que BaïkalFinanceGroup est intervenue en qualité de société écran, ce qui a permis l'achat aux ventes aux enchères de dimanche. Les analystes estiment également que Gazprom, à la lumière de sa prochaine fusion avec Rosneft, gérera ces actifs.

    En cas de fusion Rosneft-Gazprom, ce dernier s'est prémuni contre toute action en justice du côté des anciens actionnaires de Youganskneftegaz et se présentera comme son acquéreur de bonne foi. De l'avis du président russe Vladimir Poutine, l'acquisition, par Rosneft, de la compagnie BaïkalFinanceGroup a été menée par des moyens entièrement conformes aux règles du marché.

    D'autre part, Gazprom devra désormais payer plus cher pour l'acquisition de Youganskneftegaz. Rosneft, compte tenu de son acquisition de Youganskneftetgaz, devient la deuxième, après Lukoil, producteur de pétrole en Russie. Guennadi Chmal, président de l'Union russe des industriels du pétrole et du gaz, estime que cette nouvelle société pourrait même faire partie des 15 ou 20 plus grosses compagnies pétrolières du monde. Gazprom aura donc à restituer pour cet actif public qui vient de gagner en valeur davantage d'actions, ce qui doit lui compliquer la transaction projetée pour l'acquisition de Rosneft.

    Toutes ces démarches de l'Etat laissent à penser qu'il tend à mettre en place une grosse compagnie pétrogazière publique, ce qui est, techniquement et économiquement parlant, parfaitement justifié. L'URSS possédait un ensemble unique de production d'hydrocarbures, dans le cadre duquel une stratégie unique était appliquée en matière de prospection géologique, de forage et de production de pétrole et de gaz.

    La restructuration de la branche dans les années 1990 a débouché sur sa division - on peut affirmer aujourd'hui artificielle - en deux segments. Sur la base d'un ensemble industriel unique, des compagnies pétrolières verticalement intégrées ont été créées : dans leur majorité, elles ont été par la suite privatisées. Résultat, leurs propriétaires ont tiré des surprofits grâce aux exportations d'un brut d'année en année plus cher. Alors que Gazprom, ce monopole sur le marché national du gaz, a été amené à vendre du gaz bon marché et à régler des problèmes sociaux, en réalisant, notamment, des livraisons à vil prix à nos voisins de la Communauté des Etats indépendants.

    Les sociétés pétrolières russes sont aujourd'hui compétitives sur le plan aussi bien national qu'international. De 1995 à 2002, la productivité du travail dans le pétrole a été deux fois plus élevée qu'en moyenne dans l'industrie et, dans le raffinage, de 40% plus élevée. A noter également que face à une perspective de réduction des réserves prospectées nationales et d'éventuelles oscillations brusques des cours mondiaux du brut, de nombreuses compagnies commencent à envisager différentes diversifications et à développer des projets gaziers, cherchant à s'assurer des stocks stratégiques de matières premières en perspective. Par exemple, le Programme de développement stratégique du groupe Lukoil pour 2004-2013 prévoit d'augmenter la production d'hydrocarbures de 1,6 fois et, il s'agira principalement du gaz. D'ici à 2013, la part du combustible bleu pourrait atteindre 23,3% dans la production globale d'hydrocarbures par ce groupe russe.

    Pour ce qui est de la fusion éventuelle de Gazprom et de Rosneft, les deux sociétés mènent déjà des activités conjointes dans la mise en valeur de l'immense gisement de condensat de gaz Chtokmanovskoïé et du gisement de pétrole et de gaz Prirazlomnoïé (les deux situés sur le plateau continental de la mer de Barents), sur le gisement de Kharampour dans le Nord de la Sibérie occidentale et ailleurs. Pour cette raison, la création d'une grosse compagnie pétrogazière permettra de réduire les frais d'exploitation, de simplifier l'échange de technologies et d'améliorer l'efficacité de la gestion d'ensemble.

    La branche pétrogazière constitue un élément d'importance dans l'économique russe et l'une des principales sources de rentrées budgétaires dans le pays. En fin de compte, c'est bien cette force qui aura un impact sur le règlement des problèmes économiques et sociaux se posant au pays. La création, au moyen de la fusion de Rosneft et de Gazprom, d'une société publique unique, doit par conséquent accorder à la Russie la possibilité de réconforter ses positions sur le marché mondial.

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