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    Le conseiller présidentiel exige une politique économique raisonnable

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    MOSCOU, 30 décembre - par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA-Novosti. De la conférence de presse d'Andreï Illarionov, conseiller du président Poutine en économie, on attendait des propos sinon sensationnels du moins "salés". Car tel est le rôle de cet homme, ce "dissident intérieur" dans les structures officielles et ce critique inlassable de la politique économique du gouvernement.

    Le conseiller a présenté les événements économiques de l'année sous forme de "nominations" : ainsi, la désignation de Kakha Bendoukidze, homme d'affaires russe, au poste de ministre de l'Economie en Géorgie, a été, selon lui, "décision de l'année". En nomination "anti-décision", la première place est revenue à la ratification, par la Russie, du Protocole de Kyoto, détesté par Illarionov.

    Mais la partie la plus intéressante de sa conférence de presse était ses commentaires sur l'objectif clef du mandat Poutine : doubler le Produit intérieur brut en huit ou dix années. Le conseiller (et il n'est pas le seul à estimer ainsi) pense que ce doublement ne sera pas atteint dans les délais prescrits. Sa logique mérite attention.

    La "malédiction pétrolière" est un des aspects de ce problème. On le sait, les superbénéfices tirés des ventes du pétrole amplifient les chiffres du PIB russe. De janvier à octobre, les investissements "pétroliers" dans l'économie nationale se sont chiffrés à 54 milliards de dollars, constituant, d'après Illarionov, 10% du PIB de la Russie. Mais ces mêmes hauts cours viennent alourdir les comptes dans tous les autres secteurs en freinant leur progression, c'est ce qui s'est produit en Russie en 2004. Résultat, ralentissement des taux de croissance constatés par le conseiller présidentiel dans l'industrie, l'agriculture, le trafic marchandises, dans des volumes physiques des exportations et les revenus en espèces de la population. Pour l'instant, ce n'est qu'un léger tassement, la croissance va bon train pour s'établir à près de 6,5% en 2004. Mais il y a là matière à réflexion.

    Voici le verdict d'Illarionov : "il est possible de doubler le PIB uniquement en appliquant une politique réfléchie et conséquente". Politique qui fait, selon lui, défaut. Ce qu'il y a, c'est le changement, survenu cette année, de modèle de développement économique et social ("résultat principal de l'année"). "On est passé de l'inertie de développement, qui était en même temps un modèle libéral, au modèle interventionniste, marqué par un fort degré d'intervention de l'Etat", constate le conseiller du président. Mais, estime-t-il, "doubler le PIB sera impossible dans un contexte politique populiste et interventionniste".

    Bien des choses devraient être expliquées là-dessus. Car, dans le monde d'aujourd'hui, les taux de croissance les plus rapides sont justement observés dans les "modèles" qui ne sont ni inertiels, ni libéraux. C'est bien l'intervention de l'Etat qui permet, dans ces "modèles", de battre les records économiques.

    Exemples ? Ils ne sont pas loin. Regardons la Chine, cette voisine orientale de la Russie. Le pays dresse le bilan économique 2004. Et, comme toujours, il impressionne. Le PIB chinois a progressé durant les neuf premiers mois de l'année de 9,5%, avec une inflation en perte de vitesse et une hausse des revenus réels des paysans (grand problème de ces dernières années). Autre record, le commerce extérieur chinois aura dépassé, en 2004, la barre de 1 000 milliards de dollars, faisant de la Chine la troisième puissance commerciale du monde, après les Etats-Unis et l'Allemagne. A noter, pour revenir à l'idée de doublement, que le chiffre d'affaires des échanges extérieurs de la RPC a doublé non en 8-10 ans, mais, approximativement, en trois ans seulement. Encore un record. Etabli, d'ailleurs, sur fond d'accroissement des importations chinoises de pétrole et de gaz.

    Or la Chine présente bien un exemple de modèle interventionniste et non libéral et inertiel.

    On sait qu'Illarionov suit attentivement le développement de la Chine et qu'il se rend souvent à Pékin. Il faut faire attention aux "nuances" dans les propos tenus par le conseiller présidentiel, qui insiste que l'intervention de l'Etat russe "brusque" et "populiste" (donc, "destructive"). Autrement dit, ce changement de modèle aurait été un événement positif si le nouveau modèle était géré avec compétence et en évitant les bouleversements inutiles parmi lesquels Illarionov a rangé certains aspects de l'affaire Yukos.

    On voudrait bien espérer que la Russie trouvera en 2005 le modèle interventionniste qui lui convient le mieux. A propos : la réforme des élections des chefs de territoire, proposée par Poutine et souvent critiquée - le chef de l'Etat présentera les candidatures des gouverneurs à l'examen des assemblées législatives régionales - ne poursuit pas l'objectif d'améliorer l' "administration générale" du pays. Le président veut que les territoires aient les leaders qui garantiront la croissance au niveau régional. Quand les gouverneurs étaient élus au scrutin universel, on n'y arrivait pas. Reste à savoir si le nouveau système permet d'y parvenir.

    Cela va de soi, doubler le PIB n'est pas un objectif en soi. Et ce n'est pas l'épée de Damoclès suspendu au-dessus des responsables de tous les échelons dans le but d'encourager leurs activités. L'objectif réel consiste à en arriver à une nouvelle qualité de l'économie, celle qui changera pour le mieux la vie du peuple. Et, partant de cet objectif justement, le président est aussi de cet avis que la politique économique doit être ajustée, en termes de style et d'essence. Les critiques d'Illarionov, qu'on le veuille ou non, devront donc pousser les autorités à regarder d'un oeil nouveau et attentif les erreurs et les réalisations de 2004.

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