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    Les débuts de Renata Litvinova: autoportrait narcissique du glamour et du "comme il faut" à la russe

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    MOSCOU, 3 février - par Olga Sobolevkaïa, commentatrice RIA Novosti.

    Raffinée, maniérée et talentueuse, une Russe est arrivée au festival de Rotterdam pour présenter son premier film de fiction, "La Déesse". Un autoportrait narcissique de metteur en scène, de scénariste et d'actrice en la personne de Renata Litvinova.

    Blonde, au physique qui rappelle tantôt Greta Garbo, tantôt Marlène Dietrich, individualiste, souvent vêtue entièrement de noir, adorant les parfums rétro, Renata Litvinova est une idole. Une idole originale, belle et hors du commun dans le monde du glamour et du "comme il faut". Ses gestes et ses discours toujours un peu confus sont imités par des artistes de variétés. Les esthètes l'admirent, le public ignare se montre ironique. Elle anime, en expert, une émission télévisée sur la mode.

    Les acteurs sont soit émerveillés, soit dégoûtés par ses scénarios excentriques. Elle se veut disciple de Kira Mouratova, leader du cinéma d'auteur russe dont les films ont longtemps été ignorés.

    Âgée de 38 ans, Renata Litvinova ne reconnaît pas de limites entre cinéma féminin et cinéma masculin: l'important c'est de maîtriser son métier, les différences de sexe étant secondaires dans l'art.

    Toujours est-il que son cinéma poétise les femmes, leur beauté, leurs talents, leur mystère et leur intuition. Telle est l'héroïne de "La Déesse", la juge d'instruction Faïna qui démêle des histoires criminelles en suivant son intuition, son sixième sens. Bizarre à outrance, mystique, presque un médium (l'esprit de sa mère décédée la visitait périodiquement), elle est le centre et le sens même du monde. Son image est la seule qui rassemble les éclats disparates de la vie.

    Le titre du film parle de lui-même. L'héroïne est élevée sur un piédestal de déesse, tel un Jésus-Christ dans une enveloppe féminine. Les autres personnages du film ne sont que des satellites de la planète Faïna, alias Renata Litvinova. Car c'est d'elle-même qu'elle parle, de ses inspirations et de sa vision du monde. Elle ne désespère pas de trouver la vérité, le bien et la beauté dans un monde absurde et cruel, un monde qui punit de malheurs l'héroïne somnambule.

    Lyrique et méditatif, ce film est un monologue clairement subjectif qui ne laisse pas de place à des collisions sociales. Le cinéma féminin contemporain se soucie peu, d'ailleurs, du social. Il privilégie les éternels drames de l'homme, le conflit entre le cœur et l'esprit, la solitude, l'incompréhension, etc. Chez Renata Litvinova, la réalité, celle qui en dehors de l'héroïne, est à peine palpable. Son film est un manifeste de l'âme féminine, celui de la Féminité éternelle du XXIe siècle. Le message est le même dans son film précédent, un documentaire sur les meilleures actrices de l'ère soviétique qu'elle a divinisées. Cette fois-ci, elle s'aventure à parler d'elle-même.

    Aux yeux de Renata Litvinova, les hommes d'aujourd'hui sont un "troisième sexe", tous médiocres, indécis, dévirilisés et sans talent. Elle ne leur laisse presque pas de place dans son Univers. Ils sont tous des marionnettes, des poupées, des petits bonshommes amusants, et pas davantage. Dans le même temps, ce "troisième sexe" est indispensable pour l'amour qui est le seul à pouvoir justifier ce monde cynique et chaotique.

    Le film est inscrit au concours du festival. Ne pas l'apercevoir est impossible, mais l'aimer est une question de goût. Mais le fait que la Russe a pu saisir l'âme féminine de l'époque est en soi incontestable. Du moins, ses messages touchent de très près beaucoup de femmes.

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