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    Résultats des élections en Irak: il faut trouver un compromis

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    MOSCOU - par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti. On a d'ores et déjà une idée nette de la répartition des sièges au parlement irakien. Il est aussi évident que les résultats des élections ne font que compliquer la situation politique dans le pays au lieu de l'améliorer.

    Comme le parlement irakien compte 24 groupes politiques, il sera assez difficile de trouver des compromis. D'autre part, la disparité des positions politiques stabilisera pour un temps la situation dans le pays, obligeant les leaders irakiens à compter avec les autres. L'essentiel est que cette stabilité ne se transforme pas en marais stagnant et qu'on ne commence pas à prendre des décisions politiques en contournant le parlement.

    A la veille des élections, les observateurs ont unanimement pronostiqué la victoire des Chiites et des Kurdes et la défaite des Sunnites. Les résultats ont formellement confirmé ces prévisions.

    La liste chiite de l'Alliance unifiée irakienne, parrainée par le grand ayatollah Ali Sistani, a obtenu 48,1% des voix. La liste de l'Alliance kurde formée par les deux principales formations de cette ethnie du nord irakien a recueilli 25,7% des voix, et celle du Premier ministre Iyad Allaoui a obtenu quelque 14% des voix. Les sunnites arabes obtiennent seulement 10 ou 15 sièges au parlement.

    Cependant on ne peut pas parler de "grands gagnants" ou de "grands perdants" des élections.

    Les partisans et les militants de l'Alliance unifiée irakienne se déclarent déçus par les résultats au lieu de fêter la victoire. Ils se voient obligés de former une coalition parlementaire alors qu'il comptaient recueillir plus de 50% des voix. Une question se pose: qui fera partie de la coalition?

    Il existe plusieurs variantes qui influeront sur l'évolution des événements en Irak.

    Il manque à l'Alliance unifiée irakienne plusieurs sièges pour avoir la majorité au parlement. Elle pourrait donc de se coaliser avec plusieurs petits partis ayant obtenu 1-5 sièges. Mais cette construction est instable, elle peut s'effondrer à tout moment. D'autre part, l'Alliance peut déjà exercer des pressions sur les deux autres partis "gagnants" qui risquent d'être évincés du processus de prise de décisions.

    En tout cas, les petits partis, y compris sunnites, joueront un rôle de poids à l'Assemblée nationale. Rappelons que selon les données officielles, seulement 58% des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes, soit 8,5 millions sur les 22 millions d'habitants du pays. Cela permet aux partis qui ne sont pas représentés au parlement ou qui ont recueilli un nombre insignifiant de voix de déclarer que les élections ne reflètent pas le rapport des forces politiques dans le pays.

    Dans cette optique, les partis réclament le respect de leur position. Beaucoup d'Irakiens, surtout des Sunnites, n'ont pas pu se rendre aux urnes pour des raisons de sécurité, mais ils espèrent que leurs intérêts seront pris en compte à l'Assemblée nationale et pendant l'élaboration de la Constitution.

    L'Alliance pourrait aussi se coaliser avec les députés de la liste irakienne d'Iyad Allaoui. Cependant, les ambitions personnelles des leaders des deux partis et les divergences pourraient empêcher la création d'une telle alliance. Iyad Allaoui est considéré par beaucoup comme un pantin de Washington, alors que l'ayatollah Ali Sistani est connu pour sa position indépendante. D'autre part, le parti d'Allaoui est considéré comme plus laïque que l'Alliance unifiée qui est, d'ailleurs, assez hétérogène. Ils peuvent aussi bien trouver un terrain d'entente que de discorde. Le caractère plutôt laïque de la Liste irakienne peut aussi servir de base pour sa coopération avec certains partis laïques, notamment sunnites et kurdes.

    Quant aux Kurdes, ils ont plus de raisons que leurs concurrents de se considérer comme les vainqueurs des élections. Leurs voix peuvent donner du poids à l'importe quel parti arabe - Liste irakienne ou Alliance unifiée. A présent, les Kurdes sont prêts à former une alliance avec les uns et les autres. Tout dépend des ententes politiques concrètes. La question maintenant est de savoir si le chef de l'Union patriotique du Kurdistan Jalal Talabani sera nommé président de l'Irak. Cela pourrait créer un précédent dans l'histoire du pays. Les Kurdes joueront ensuite un rôle clé dans l'établissement du statut des provinces kurdes et de Kirkouk ("Jérusalem kurde" que les Kurdes veulent rattacher au Kurdistan). Les 71 sièges que les Kurdes occupent au parlement leur laissent une marge de manœuvre. D'autre part, cela ne signifie pas qu'ils pourront imposer leurs vues dans tous les domaines. Les Arabes peuvent toujours se coaliser contre eux, ce qui est déjà arrivé plusieurs fois dans l'histoire irakienne.

    Pour le moment, tous les politiques irakiens soulignent prudemment l'importance des compromis. Cette position trouve un appui auprès de la communauté internationale. Et l'idée russe d'ouvrir un dialogue irako-irakien avec la participation de tous les groupes ethniques et religieux du pays paraît plus que jamais actuelle.

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