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    Revue de la presse russe du 22 mars

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    MOSCOU, RIA Novosti

    Profil (hebdomadaire)

    Selon une experte, la Constitution russe sera modifiée d'ici à 2008

    A l'heure qu'il est, les fondements d'un nouveau régime politique sont mis en place en Russie et ils devraient permettre à Vladimir Poutine de rester à la tête de l'Etat après 2008, date de l'expiration de son deuxième mandat présidentiel. Ce point de vue a été émis par la politologue Olga Krychtanovskaïa dans une interview accordée à l'hebdomadaire Profil.

    Selon cette experte, le passage de la Russie à une république parlementaire est en préparation. Vladimir Poutine doit prendre la tête d'un parti en mesure de remporter les élections législatives de 2007. En tant que leader du parti de la majorité parlementaire il pourrait devenir un très solide premier ministre tandis que les attributions du président seraient sensiblement réduites.

    Si la Constitution n'est pas amendée, alors en 2008 le président devrait être élu au suffrage universel. Toutefois, le vainqueur du scrutin direct pourrait revendiquer la plénitude des attributions présidentielles. Selon la politologue, cette tournure des événements présenterait un risque pour le Kremlin, surtout après la révolution "orange" en Ukraine. C'est la raison pour laquelle Olga Krychtanovskaïa est persuadée que le pouvoir se résignera à amender la Constitution.

    Dans ce cas, il lui sera commode de prendre pour exemple le modèle allemand où le chancelier est le personnage numéro un dans le pays tandis que le président est une personnalité beaucoup moins importante, élue par une assemblée spéciale composée de trois éléments: les deux chambres du parlement et un groupe de représentants des lander. En Russie cette fonction sera probablement assumée par des membres de la Chambre sociale.

    Une ossature assez stable prendra corps: le Conseil de la Fédération sera formé de gouverneurs nommés par le président, les représentants des partis siégeront à la Douma tandis que la Chambre sociale accueillera des intellectuels et des dirigeants d'association. Ils constitueront le collège d'électeurs. Techniquement, cette réforme est possible, pour ce faire le Kremlin dispose d'une majorité constitutionnelle à la chambre basse.

    Les fonctions de premier ministre en tant que personnage politique principal seraient pour Vladimir Poutine plus sûres qu'une réélection pour un troisième mandat. Elles lui permettraient de tenir en main le pouvoir plusieurs années durant, huit au minimum, et offriraient de grandes possibilités à l'élite actuelle. On voit mal qui pourrait y faire obstacle. Il n'y a pas d'opposition réelle en Russie, constate l'experte. L'Occident lui non plus n'interviendrait pas. Pétrole oblige.

    Izvestia/Vedomosti/Gazeta

    Kirghizie: le dialogue est également nécessaire à l'opposition et aux autorités

    Hier, à Och, deuxième ville de Kirghizie par son importance, l'opposition a occupé tous les sites stratégiques (tous les établissements publics, l'aéroport, la télévision). Les derniers événements dans ce pays sont largement commentés par les quotidiens Izvestia, Vedomosti, Gazeta.

    Les élections législatives ont déclenché le mouvement de constestation. Selon les informations officielles, les partisans du président Askar Akaïev ont remporté le scrutin. En octobre prochain des élections présidentielles doivent avoir lieu en Kirghizie. En vertu de la Constitution, Akaïev n'aura pas le droit de briguer un nouveau mandat présidentiel. L'opposition accuse le président d'avoir organisé une falsification des législatives pour se servir du parlement qu'il contrôlerait afin de faire proroger ses pouvoirs.

    Ce sont les influents clans du sud qui sont la force motrice de l'opposition, souligne Serguéi Mikheïev, du Centre des technologies politiques. Après l'arrivée au pouvoir d'Akaïev, homme du nord, en 1990, les gens du sud se sont retrouvés écartés du pouvoir, rappelle l'expert. Dans le nord et à Bichkek, la capitale kirghize, Akaïev contrôle la situation. Dans ce contexte, il faudra chercher un compromis, estime Serguéi Mikheïev. La révision des résultats du scrutin dans plusieurs circonscriptions du sud est fort possible, à son avis.

    L'opposition et le pouvoir en place ont également intérêt à ouvrir des discussions, soutient Alexéi Malachenko, expert du Centre Carnegie de Moscou. "Les deux camps se rendent compte que la confrontation politique risque de dégénérer en un conflit interethnique et de diviser le pays en deux camps: le nord riche à population principalement kirghize et le sud pauvre peuplé surtout par des Ouzbeks". Quoi qu'il en soit, Akaïev ne donnera pas sa démission dans l'immédiat, comme l'exige l'opposition. "Aujourd'hui toute l'économie du pays dépend de sa famille", explique l'expert.

    Cependant, la crise politique en Kirghizie peut affecter les intérêts militaires stratégiques de la Russie. Outre la base aérienne de Kant, la Russie dispose dans ce pays de deux sites rattachés à sa marine de guerre: un champ d'essais de torpilles sur le lac Issyk-Koul et un poste de télécommunications lointaines qui assure le commandement de sous-marins en état de service. A ce jour, ces sites russes ne sont pas menacés mais nul ne sait quelle tournure prendront les événements en cas d'aggravation de la situation, surtout si Moscou prend parti pour les autorités kirghizes.

    Kommersant-Vlast (hebdomadaire)

    La Russie n'aura-t-elle plus d'influence en Transnistrie ?

    Deux semaines après les élections en Moldavie on ne comprend toujours pas qui a remporté la victoire : les forces pro-occidentales ou prorusses. Le pouvoir et l'opposition estiment avoir de bonnes raisons de parler chacun de sa victoire. Dans cette situation on voit croître sensiblement le rôle de la république non reconnue de Transnistrie car c'est de celle-ci que dépend aujourd'hui à bien des égards non seulement le règlement de la situation politique en Moldavie mais également le prestige de la Russie dans l'espace post-soviétique, écrit l'hebdomadaire Kommersant-Vlast.

    Le rapport des forces dans la région a brusquement changé après la victoire de la "révolution orange" en Ukraine. Si, auparavant, la direction ukrainienne était une alliée discrète de la Russie et protectrice secrète des autorités de Tiraspol (les Ukrainiens sont aussi nombreux que les Russes en Transnistrie), les nouveaux dirigeants de l'Ukraine déclarent ouvertement leur soutien à Chisinau.

    Coincées entre deux Etats manifestement hostiles, les autorités de Tiraspol se sont mises à chercher une issue et à jeter des ponts avec la nouvelle direction ukrainienne et avec l'Occident. Le président de la Transnistrie, Igor Smirnov, a évoqué la normalisation des relations avec Chisinau parmi les problèmes de la plus grande importance.

    D'ailleurs, ni l'Occident, ni l'Ukraine n'ont fait savoir leur volonté d'accepter des compromis. Autant dire que l'Occident peut bien user de ces méthodes qu'il a déjà testées en Géorgie et en Ukraine pour remplacer Smirnov par un personnage moins odieux.

    Le pouvoir exécutif russe se garde, en attendant, de faire des déclarations retentissantes. Cela veut dire qu'accepter un règlement du problème transnistrien aux conditions exigées par l'Occident et avantageuses en premier lieu à Chisinau signifierait que la Russie consent à permettre à encore un Etat de la CEI de quitter sa zone d'influence.

    Annoncé par le président moldave Vladimir Voronine, le cap sur l'intégration dans l'Europe unie signifie, en perspective, l'adhésion du pays, avec probablement la Transnistrie, à l'OTAN. Il est douteux que Moscou puisse s'y résigner parce que, entre autres, il lui faudra alors retirer son contingent militaire qui reste à ce jour présent en Transnistrie. Moscou a peur également qu'au cas où la Transnistrie serait passée sous la juridiction de la Moldavie, les autorités de Chisinau n'entreprennent d'y évincer les hommes d'affaires russes.

    Nezavissimaia gazeta

    Trois variantes de la politique à l'égard de la CEI

    Ce dernier week-end, les participants à la 13e assemblée du Conseil de politique extérieure et militaire (SVOP, organisation non gouvernementale) ont examiné les perspectives de la CEI (Communauté des Etats Indépendants"), fait savoir le quotidien Nezavissimaia gazeta.

    Les fonctionnaires et les députés qui se penchent sur les problèmes de la Communauté n'ont pas caché qu'elle traversait actuellement une crise, de même que d'autres associations interétatiques de l'espace post-soviétique. De plus, l'élite politique russe n'a pas d'idée précise de la façon d'en sortir.

    Selon les experts du SVOP, la Russie devient de moins en moins attrayante pour les habitants et les élites des pays du "proche" étranger. L'intéressement économique reste, mais, du point de vue politique, ce pays ne suscite plus un intérêt stable et durable. Si cela continue, dans cinq à sept ans, les Etats de la CEI seront définitivement répartis entre différentes zones d'intérêts, et derrière chaque zone se tiendra un pays: la Chine, l'Iran, les Etats-Unis ou l'UE.

    Cela étant, les experts du SVOP proposent trois modèles d'actions à l'égard de la CEI.

    D'après le premier modèle: la Communauté est "gelée" sous son aspect actuel comme terrain de contacts informels entre les dirigeants des ex-républiques soviétiques. Certaines structures - pour l'essentiel, les structures de coopération militaire et judiciaire - pourront continuer à fonctionner. Mais, en l'absence de réformes, la CEI ainsi conçue pourrait se dissoudre peu à peu.

    Le deuxième modèle est appelé conventionnellement la "mini-URSS". On peut conserver la CEI, mais il faut en dégager un noyau, autour duquel se dérouleront de nouveaux processus d'unification à des conditions nouvelles. Le schéma à "deux noyaux" est également possible: l'Union Russie-Biélorussie (les experts constatent que les chances d'union réelle diminuent d'année en année) et la coopération de la Russie avec l'Ukraine et le Kazakhstan.

    Enfin, le troisième modèle: le renoncement total à la CEI, car c'est un mécanisme dispendieux et inefficace. Mais cela peut provoquer une opposition politique et sociale.

    Finansovyé Izvestia

    Viktor Guérachtchenko : Rosneft a acheté une "bulle de savon"

    Rosneft qui a acheté l'année dernière Iouganskneftegaz, principale unité de production de Ioukos, s'est offert en réalité une "bulle de savon", a déclaré dans une interview au journal Finansovyé Izvestia le président du conseil des directeurs de Ioukos, Viktor Guérachtchenko, ex-président de la Banque de Russie.

    Il se trouve qu'il y a trois ans tous les équipements de production de Iouganskneftegaz avaient été distribués à d'autres filiales de Ioukos. Ce fait est passé inaperçu même pour les commissaires priseurs qui préparaient la vente aux enchères : Dresdner Kleinwort Wasserstein et JP Morgan. Autrement dit, Iouganskneftegaz n'a plus à son bilan que des "trous" (puits). Viktor Guérachtchenko a avoué qu'il l'avait lui-même appris la semaine dernière. Il estime que l'entreprise a été achetée "sur commande et non pas après une analyse approfondie".

    Il n'y a pas eu de dialogue normal entre Ioukos et les autorités, notamment par la faute du management de la société. Le groupe pétrolier a aujourd'hui une réputation de débiteur frauduleux, mais le fisc a approuvé les modalités d'acquittement des impôts utilisées par Ioukos dans la période 2000-2003. Théoriquement, les fonctionnaires du fisc pourraient eux aussi être poursuivis en justice, souligne Viktor Guérachtchenko.

    Malgré la pression et les décisions judiciaires, l'année passée a été très bonne pour Ioukos, estime-t-il. La production et d'autres indices ont augmenté de 6%. Les autorités ont quand même aidé la société à remplir ses engagements. Par exemple, la société Chemins de fer de Russie exigeait auparavant le paiement un mois à l'avance du transport du pétrole, surtout dans le cas des livraisons à l'étranger. Aujourd'hui, ils se contentent d'un prépaiement hebdomadaire. Ioukos parvient à satisfaire 55% des besoins en combustible de l'Armée de l'air russe et vend des produits pétroliers dans quarante régions du pays. Même le ministère des Situations d'urgence et RAO EES ROSSII permettent à Ioukos un endettement technique. On a l'impression que l'Etat ne "cherche pas trop à couler la société", a constaté Viktor Guérachtchenko avant d'ajouter que les dirigeants de Ioukos et du Groupe MENATEP (son principal actionnaire) lui avaient demandé de rester à la tête du conseil des directeurs pendant encore douze mois et qu'il avait accepté cette proposition.

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