Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Les Russes reviennent sur la péninsule de Liaodong

    Opinion
    URL courte
    0 0 0

    Cent ans après la fin de la guerre russo-japonaise de 1904-1905, des soldats russes vont de nouveau fouler le sol de la péninsule chinoise de Liaodong. Celle-là où jadis se trouvaient la légendaire forteresse de Port-Arthur, célébrée dans des chansons russes du début du XX-e siècle, et le port de commerce Dalny.

    Cent ans après la fin de la guerre russo-japonaise de 1904-1905, des soldats russes vont de nouveau fouler le sol de la péninsule chinoise de Liaodong. Celle-là où jadis se trouvaient la légendaire forteresse de Port-Arthur, célébrée dans des chansons russes du début du XXe siècle, et le port de commerce Dalny.

    Aujourd'hui ces villes portent d'autres noms: ce sont la base navale chinoise de Luchun, qui abrite des sous-marins stratégiques et polyvalents, des frégates et des destroyers, ainsi que la ville portuaire de Dalian avec sa célèbre hauteur 203,6 dominant le port et la base. Il y a un siècle cette hauteur a été héroïquement défendue par les 4.000 soldats russes du détachement de marche du colonel Tretiakov. Les troupes japonaises qui lui ont donné l'assaut ont perdu 12.000 soldats parmi lesquels deux fils de l'amiral Togo. La perte de cette hauteur devait pratiquement prédéterminer l'issue de la bataille pour Port-Arthur et la péninsule de Liaodong.

    Selon des officiers chinois, l'organisation de la défense héroïque des troupes russes de Port-Arthur et de la hauteur 203,6 tout comme l'opération lancée par l'armée nippone pour les prendre font toujours l'objet d'études dans les académies militaires de la Chine.

    Des exercices tactiques russo-chinois auront lieu en automne 2005 dans la péninsule de Liaodong. Une entente ad hoc est intervenue il y a quelques jours entre le chef d'Etat-major général des Forces armées russes, Youri Balouïevski, et son homologue chinois, le général de corps d'armée Liang Guanglie. Bien évidemment, ces exercices n'auront pas la même ampleur que les opérations remontant à l'époque de la guerre russo-japonaise.

    Le plan de ces exercices n'est connu que dans ses grandes lignes. Personne ne connaîtra avant l'heure ses détails, sinon ce ne seraient plus des exercices. Ceux qui défendront la péninsule et ceux qui l'attaqueront devront être prêts à toute éventualité que pourra "concocter" le commandement. On comprend bien qu'il ne s'agira pas d'une répétition des péripéties de la guerre menée voici un siècle. Cela pour plusieurs raisons. L'une d'elles en est la modestie des forces engagées: 200 hommes de chaque côté (les effectifs d'une compagnie avec ses équipements plus des moyens de renforcement).

    Néanmoins, la partie russe engagera également des navires de débarquement, des bombardiers stratégiques Tupolev Tu-22M3 ("Backfire-S" selon le code de l'Otan) ainsi que des Tu-22MR de reconnaissance maritime, qui n'existaient bien évidemment pas au début du XXe siècle.

    Les exercices dureront bien moins longtemps que le siège de Port-Arthur de 1905 qui s'est prolongé près d'un an. Une semaine en tout et pour tout a été impartie aux exercices.

    Cependant, ils devraient quand même être d'une assez grande utilité pour les deux parties. D'abord, l'échange d'expériences en matière de préparation des troupes et de conduite des éléments sur le champ de bataille enrichira assurément les deux armées qui sont certainement les deux plus puissantes armées de l'Extrême-Orient continental. D'autre part, les troupes chinoises, en premier lieu l'aviation et la marine, sont dotées de matériels de guerre russes: chasseurs Sukhoi Su-27 et Su-30, destroyers du projet 956 de la classe "Sovremenny" ("Balkom-2 selon le code de l'Otan) et sous-marins des projets 633 et 877EKM de la classe "Varchavianka" ("Romeo" et "Kilo"). Les généraux russes étudieront la tactique utilisée par leurs collègues chinois. Quant aux Chinois, nous ne doutons pas qu'ils observeront avec un grand intérêt les actions des bombardiers stratégiques Tu-22M3 et de l'avion de reconnaissance Tu-22MR qu'ils ambitionnent acheter à la Russie.

    Mais ce n'est encore pas là l'essentiel. Ces exercices tactiques conjoints auxquels vont prendre part des éléments chinois et russes ne sont pas les premiers dans la pratique tant s'en faut. La Chine, la Russie, le Kazakhstan, la Kirghizie et le Tadjikistan font partie de l'Organisation de coopération de Shanghai, dont l'un des objectifs est la lutte contre le terrorisme international. Ce problème se pose en des termes très aigus devant Moscou et Pékin. La Tchétchénie et le Xinjiang restent pour les deux Etats des régions très sensibles, sur lesquelles les structures de force (défense, police, sécurité) ne doivent pas relâcher leur attention. L'expérience en la matière est très utile pour les deux parties. Notamment en ce qui concerne les mesures à prendre en vue de prévenir et de neutraliser les actions illicites des séparatistes et des terroristes.

    Sur ce plan les experts militaires russes ne comprennent pas très bien pourquoi des médias occidentaux présentent les exercices militaires russo-chinois comme une "répétition d'invasion chinoise de l'île de Taïwan dans le but de rétablir l'intégrité territoriale du pays". Qu'est-ce qu'il y a de commun entre la péninsule de Liaodong et Formose? Comment peut-on établir un parallèle entre les actions de 200 soldats et officiers, même appuyés par des bombardiers et des avions de reconnaissance, et l'invasion d'une île avec 20 millions d'habitants et possédant une armée moderne? Pourquoi donc pendant les exercices sino-pakistanais, sino-français et sino-indiens, qui se sont succédés ces deux dernières années, cette association n'a-t-elle pas été évoquée alors qu'elle l'est à l'occasion des exercices russo-chinois?

    Ces suppositions malveillantes et provocatrices, pour ne rien dire de plus, ont pour origine une seule et même raison. L'appréhension d'une coopération trop étroite entre Moscou et Pékin. Notamment dans le domaine militaire. Cette coopération n'a pas du tout l'heur de plaire à ceux qui voudraient voir dans notre monde un seul centre de force. Seulement ni la Russie, ni la Chine, ni d'autres pays, parmi lesquels la France, l'Allemagne, l'Espagne, n'accepteront une telle organisation du monde. Aucun de ces pays ne suspecte Pékin de visées agressives et la décision du Conseil d'Etat de la Chine de recourir, si besoin était, à la force pour empêcher la séparation de territoires lui appartenant depuis toujours relève de son droit légitime souverain. D'autant plus que dans la lutte pour la réunification de ses territoires les dirigeants de l'Empire céleste ont toujours recouru à des solutions pacifiques, comme par exemple avec Hong Kong, avec Macao...

    En tout cas, les exercices tactiques russo-chinois programmés dans la péninsule de Liaodong au mois d'octobre prochain n'ont absolument rien à voir avec ce thème. Si ce n'est qu'une fois tous les cent ans on rappelle par association que la politique impérialiste irréfléchie et irresponsable sur laquelle la Russie, le Japon et d'autres puissances s'appuyaient au début du XXe siècle n'est plus de mise dans la géostratégie mondiale du XXIe siècle. Aujourd'hui et à l'avenir cette dernière doit avoir pour assise la lutte contre les périls communs, la coopération des pays les plus divers et la prise en compte des intérêts nationaux réciproques.

    Nous sommes certains qu'au cours de ces exercices en plus du débarquement et de la défense de la péninsule de Liaodong il y aura un autre épisode ne figurant pas dans le scénario. Les soldats et les officiers russes iront fleurir le monument aux militaires russes de la hauteur 203,6, qui, à propos, avait été érigé par les Japonais admiratifs du courage manifesté par les défenseurs.

    Non loin de ce monument il y a aussi une pièce de DCA soviétique du temps de la Seconde Guerre mondiale et une antenne de radar remontant aux années 1950. Elles rappellent le débarquement des commandos soviétiques qui en 1945 avaient pris la hauteur 203,6 lors de la libération de la Chine des occupants japonais, ainsi que la présence ici jusqu'en 1955 d'une compagnie radiotechnique soviétique.

    Il est sans doute symbolique que des soldats russes graviront une nouvelle fois la hauteur que leurs ancêtres héroïques ont si généreusement imbibée de leur sang.

    Lire aussi:

    Ensemble contre le terrorisme: bilan des manœuvres militaires conjointes russo-chinoises
    La Russie et la Chine renforcent leur coopération militaire, n'en déplaise à l'Otan
    Mer Baltique: les exercices conjoints russo-chinois énervent l’Otan
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik