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    La réforme militaire doit être révisée

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    MOSCOU, 7 juillet (par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti).

    La réforme militaire est grosso modo achevée". Cette phrase prononcée voici deux ans par le ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, a manifestement besoin d'être corrigée.

     C'est en tout cas ce qui ressort des propos mêmes du patron du département militaire. Quant au président du pays, Vladimir Poutine, il a dit ceci lors d'une récente réunion du Conseil de sécurité: "Les responsables des structures de force n'ont pas réussi à matérialiser les décisions qui avaient été prises en vue de réformer ces structures". Et aussi: "Le Programme perspectif de développement des Forces armées devra s'appuyer sur la connaissance exacte des nombreux facteurs en présence et être adéquat à la situation évoluant de manière dynamique dans le monde. Une analyse précise des menaces est nécessaire: terrorisme international, trafic de stupéfiants, catastrophes technologiques, conflits ethniques et sociaux dans les régions voisines de la Russie. Et puis dans notre pays aussi les problèmes de ce genre ne sont pas réglés", a déclaré le chef de l'Etat. "Bien sûr, nous devons conserver de la poudre au sec aussi pour mener à bien d'autres tâches de caractère global. Cela nous ne l'oublierons jamais", a-t-il ajouté.

    Dans l'armée russe les problèmes à régler d'urgence sont effectivement nombreux. Nous n'en cernerons qu'un, à savoir la transition à des matériels de guerre et à un système de conduite du combat modernes, parce que sans cette transition il ne faudra pas escompter pouvoir combattre efficacement le terrorisme, la diffusion des stupéfiants, les conflits ethniques et autres, les dangers potentiels plus ou moins graves.

    Les chiffres qui vont suivre ont été cités par des responsables des structures de force et ils donnent une idée assez exacte de l'état des matériels russes: environ la moitié des chars (à peu de choses près 20.000) nécessitent de grosses réparations, seulement 20 pour cent des matériels de guerre en service répondent aux impératifs du moment (par conséquent 80 pour cent n'y répondent pas), seulement 30 pour cent de l'aviation de chasse sont opérationnels...

    Ceci a été dit alors que le budget 2005 a alloué pour les achats de matériels de guerre des crédits qui pour la première fois sont supérieurs à ce que la Russie a tiré de ses ventes d'armes en 2004: exactement 6,3 milliards de dollars. Les exportations russes d'armes et d'équipements militaires s'étaient chiffrées à 5,7 milliards de dollars.

    Le mécanisme de financement de la recherche-développement et des achats d'armes et de matériels de guerre n'est pas encore réglé et cela pose problème. Dans une interview accordée récemment à un quotidien moscovite, le vice-ministre de la Défense et chef des armements des Forces armées de Russie, le général d'armée Alexeï Moskovski, s'est plaint que de 2001 à 2004 le programme d'armement ait été sous-financé de de 5,8 milliards de dollars. Nous voyons qu'il s'agit là d'une somme pratiquement identique à celle qui a été octroyée pour les achats d'armements en 2005. La raison en est banale: le budget public est établi pour une année, or pratiquement tous les types d'armements sophistiqués réclament pour leur conception beaucoup de temps, de trois à dix ans. Il se produit donc que chaque année au lieu de travailler sur leurs projets les concepteurs doivent dépenser énormément de temps dans les cabinets ministériels et ensuite à la Douma pour démontrer que leurs travaux avançaient et que par conséquent il fallait leur allouer des crédits supplémentaires. Parfois ils n'y réussissent pas et alors force est d'arrêter les études. Et finalement l'armée n'obtient pas ce dont elle a besoin.

    A propos, c'est là une des raisons pour lesquelles l'Armée de l'air russe n'a toujours pas pris possession de l'hélicoptère Mi-28H "chasseur de nuit" qu'on lui promet depuis longtemps. Pour lesquelles les missiles stratégiques obsolètes des sous-marins n'ont pas été remplacés. Pour lesquelles les militaires et même le président ont rappelé à plusieurs reprises que la création de moyens modernes de reconnaissance et de communications restait un des problèmes les plus urgents à régler pour les forces armées. Parmi ces moyens de reconnaissance il y a notamment des drones, ces avions miniatures sans pilote. La Russie possède le missile opérationnel tactique de grande précision Iskander, à même de frapper des cibles difficilement accessibles situées à 280 kilomètres de distance, mais elle n'a pas encore de drones capable d'effectuer des vols sur cette distance et de transmettre les coordonnées de ces cibles. Cela aussi freine le réarmement des Forces armées.

    On sait comment régler ce problème. Il faut élaborer des plans de budget pour chaque domaine et portant non plus sur une seule année, mais sur trois et plus. Il sera ainsi possible d'attribuer de manière plus régulière des crédits pour la conception et l'achat d'armes et de matériels. Leurs fabricants n'auront plus à appréhender le manque de moyens. Tous les ministres intéressés sont d'accord sur cette manière de voir, mais pour l'instant les choses sont encore au point mort.

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