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    Vers une Ukraine fédérative?

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    MOSCOU, 7 juillet. (Par Alexeï Makarkine, directeur général adjoint du Centre des technologies politiques).

     L'Ukraine contemporaine traverse une période extrêmement contradictoire de son histoire. D'un côté, une bonne partie de la classe politique et de la population perçoit le pays comme quelque chose de cohérent. Le drapeau jaune et bleu qui il y a seulement quelque années était un symbole très contesté est aujourd'hui légitimé (il est brandi tant par les "oranges" que par les partisans de Viktor Yakounovitch).

    D'un autre côté, le pays est scindé en plusieurs constituantes ayant des identités culturelles et historiques différentes. De par sa composition ethnique l'Ukraine orientale se distingue peu des régions russes voisines. La Galicie avait successivement figuré dans la composition de la Pologne, de l'Empire autrichien, de l'Austro-Hongrie pour être rattachée une nouvelle fois à la Pologne et apparaître dans les frontières de l'Union soviétique seulement en 1939. Des communautés russe (58 pour cent), ukrainienne (24 pour cent) et criméo-tatare (13 pour cent) vivent difficilement en Crimée. Le russe est pratiquement la seule langue que connaissent les Criméens adultes. Par conséquent il n'est pas étonnant qu'il reste la langue dominante utilisée par les différentes ethnies pour communiquer. Tout cela constitue une assise objective pour l'existence de sentiments fédératifs, surtout que l'administration ukrainienne en fournit des prétextes.

    Cette année un changement de pouvoir s'est produit en Crimée comme dans les autres régions d'Ukraine d'ailleurs. Le nouveau premier ministre est le leader du Parti de la République d'Ukraine Sobor, Anatoli Matvienko, qui jusqu'ici n'avait jamais vécu dans cette région et qui passe pour être politiquement proche de Ioulia Timochenko, la chef du gouvernement ukrainien. Il déclare que la langue et la culture russes doivent être protégées et ne pas être lésées. Qui plus est, il avait été promis que l'étude du russe pourrait commencer dans les écoles ukrainiennes de Crimée à partir de la prochaine année scolaire. Or, depuis l'avènement d'Anatoli Matvienko au mois de mai le service de presse du gouvernement criméen ne fait plus mention de ses promesses relatives à l'étude du russe alors que l'ukrainien est désormais la langue officielle du site Internet du gouvernement de l'autonomie.

    Cette chose d'apparence anodine avait pourtant été accueillie avec des grincement de dents par la communauté russe de la Crimée. Dans la Constitution de l'Ukraine l'ukrainien est bien mentionné en qualité de langue officielle du pays, mais les propositions de conférer au russe le statut de langue officielle au niveau national ont toutes été ignorées par les gouvernements ukrainiens qui se sont succédés. Seulement la Crimée est une république autonome (le seul exemple de ce genre en Ukraine) et deux Constitutions - ukrainienne et criméenne - sont en vigueur sur son territoire. Or, l'article 10 de la Constitution de la Crimée prévoit l'utilisation de la langue russe dans tous les domaines de la vie sociale.

    Toutefois, il ne s'agit pas tellement de l'observation stricte des principes. Les Russes de Crimée ont perçu les actions des nouvelles autorités comme une répétition avant la réalisation du projet d'ukrainisation globale, qui pourrait embrasser l'ensemble de la vie sociale. Il y a aussi l'effet de désenchantement: c'est qu'au cours de sa campagne électorale Viktor Iouchtchenko avait martelé l'idée de la protection des langues des minorités ethniques sur les lieux de résidence compacte. Qui plus est, dans ces régions les fonctionnaires devaient s'exprimer dans la langue comprise par les autochtones. L'année dernière ce projet avait été avancé en qualité d'alternative au statut officiel de la langue russe, en faveur duquel Viktor Iouchtchenko s'était prononcé. Nous constatons donc que la théorie n'a pas encore été mise en pratique.

    La population russophone (en fait la population russe) de l'Ukraine se trouve actuellement dans une situation compliquée. Dans sa majorité elle a voté en faveur de Viktor Iakounovitch et à son désappointement naturel des résultat du scrutin s'ajoute la crainte d'une ukrainisation forcée, d'être privée du droit d'utiliser la langue russe dans la vie sociale et dans la communication avec les structures publiques et municipales, d'acquérir une instruction dans cette langue, un droit auquel elle s'était habituée à l'époque soviétique et pendant la période de l'indépendance.

    Il semble que les nouveaux dirigeants soient surtout soucieux de conserver la confiance des électeurs qui l'année dernière avaient donné leurs voix au "troisième tour" de la présidentielle à Viktor Iouchtchenko, estimant que cela leur suffira pour obtenir une majorité à la Rada suprême (parlement), sans chercher à rallier l'électorat russe. Si l'on ajoute à cela les actions malséantes de certains représentants des nouvelles autorités ukrainiennes dans les régions, cela pourrait effectivement stimuler le vote en faveur des partisans du fédéralisme, notamment du Parti des régions conduit par Viktor Iakounovitch, qui ne peut toujours pas se remettre entièrement du revers subi l'année dernière (quoique des tentatives soient faites, par exemple un accord de coopération a été signé avec le parti russe Iedinaïa Rossia), et des forces politiques plus radicales, franchement hostiles aux "oranges".

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