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    Les dirigeants de l'islam et la lutte contre le terrorisme

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    MOSCOU, 21 juillet (par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti).

    Le boomerang est retourné à la case départ. Les attentats perpétrés à Londres ont été vengés par des actes de vandalisme commis contre des mosquées en Grande-Bretagne. Dimanche dernier des inconnus ont saccagé et incendié des édifices consacrés au culte musulman dans les villes de Bristol, de Leeds, de Birkenhead et de Telford ainsi que dans la capitale britannique. La même chose pourrait fort bien se reproduire le week-end prochain.

    La régularité et le caractère logique des agressions incitent à penser que le pays est confronté non pas à des actes de profanateurs isolés mais à une véritable vague d'islamophobie. La communauté musulmane de la Grande-Bretagne ressent presque physiquement cette haine grandissante émanant des compatriotes. Un jeune musulman naturalisé britannique a déclaré avec amertume dès après la tragédie du 7 juillet: "J'irais bien donner mon sang, mais j'ai peur d'être éconduit..."

    Des mosquées brûlent en Grande-Bretagne et avec elles l'idée même de la société multiculturelle dont la vieille démocratie était habituée à s'enorgueillir.

    Effectivement, il est probable qu'aucun pays d'Europe n'a manifesté à l'égard de ses immigrés hétérodoxes autant de sollicitude, n'a promulgué autant de lois, n'a investi autant de moyens que la Grande-Bretagne pour améliorer la condition de ses 1,6 million de ressortissants lisant le Coran.

    Sous la gestion de Tony Blair de nombreux musulmans ont été élus à la Chambre des communes de Westminster, beaucoup ont été anoblis. Le cabinet travailliste a investi des millions de livres sterling dans l'aménagement d'établissements scolaires et dans le développement des quartiers urbains à forte concentration de population musulmane. Qui plus est, après l'attentat contre le World Trade Center de New York les autorités britanniques avaient littéralement propulsé leurs jeunes citoyens musulmans les plus compétents à des postes administratifs élevés. "Gérez vous-mêmes la société qui vous a accueillis comme des proches".

    Les musulmans britanniques constituent l'une des communautés religieuses les plus riches et libres au monde. Hélas, le 7 juillet, quatre jeunes citoyens aisé et libres ont enfilé des sacs de montagne et ont pris le chemin qui, comme ils le pensaient, allait les conduire tout droit à Allah, en emmenant avec eux une bonne cinquantaine de leurs compatriotes.

    Au milieu des flammes des quatre explosions londoniennes la société pluriculturelle tant vantée fait maintenant figure de monstre. Ce que les pères de l'hybride anglo-saxon-musulmane n'ont pas pris en compte, c'est ce que l'on appelle l'assimilation structurelle de la minorité religieuse. Cette assimilation, elle ne s'est pas faite. Ceux qui ont foi dans le Coran continuent de vivre dans les îles britanniques en tant que clans isolés, formés au fil de l'histoire. Ainsi qu'un analyste britannique l'a relevé, en réalité le pluriculturalisme a pris l'aspect d'un apartheid banal.

    Cette particularité crée un cercle vicieux d'intolérance religieuse, de violence et, en dernière analyse, de terrorisme. Dans leurs ghettos les musulmans se sentent victimes de la discrimination, ce qui rend bon nombre n'entre eux particulièrement réceptifs aux idées propagées par les apôtres de l'extrémisme. L'éloignement de ces radicaux du reste de la société débouche sur le terrorisme, ce qui donne naissance au boomerang de la discrimination et de la vengeance.

    Comment briser ce cercle vicieux?

    En Russie on estime que les dirigeants de la communauté musulmane attachés à l'esprit authentique du Coran doivent jouer ici un rôle déterminant.

    23 millions de musulmans - 15 pour cent de la population de souche - vivent en Russie, ce qui constitue le pourcentage le plus élevé sur le continent européen. De plus, ce chiffre est en hausse constante. La Russie a réussi à éviter la malheureuse expérience britannique en matière d'assimilation des citoyens de confession islamique dans ce sens où les musulmans russes ne sont pas concentrés dans des ghettos urbains, mais peuplent des républiques entières comme le Tatarstan, le Bachkortostan et le Daghestan, dans lesquelles ils coopèrent largement avec leurs compatriotes pratiquant d'autres religions, et ce à tous les niveaux du pouvoir étatique et administratif. Ces ghettos n'existent pas non plus dans la capitale russe et les autres grandes villes du pays.

    Moscou estime que la Russie dispose d'une expérience non négligeable en matière de coexistence des religions, surtout du christianisme et de l'islam. Dans le même temps, les séparatistes tchétchènes continuent de faire office d'appât sur lequel se précipitent les combattants d'Al-Qaida et d'autres centres terroristes internationaux. Le clergé musulman de Russie est à l'écoute des déclarations faites après le 7 juillet par les leaders de la communauté musulmane de la Grande-Bretagne. C'est avec un grand intérêt qu'ils ont pris connaissance des propos tenus par Shahid Malik, député au parlement britannique, qui a appelé "à priver les islamistes radicaux de leur jeune auditoire vulnérable". Le parlementaire estime que les musulmans modérés de Grande-Bretagne ont trop longtemps fermé les yeux sur les "fanatiques qui tournent autour de nos mosquées". Leur rhétorique malveillante semblait inoffensive, incapable de déboucher sur des forfaits comme le récent bain de sang en plein coeur de Londres. "Maintenant on voit qu'il n'en est pas ainsi et nous ne devons plus ne pas le remarquer", déclaré Shahid Malik.

    L'appel de cette personnalité islamique britannique doit être entendu. Les communautés musulmanes d'Europe ont le devoir sacré de ramener dans le giron de l'islam véritable et modéré le matériel humain explosif et impressionnable sur lequel misent les tenants du terrorisme.

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