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    Quelle sera la réaction des États-Unis à la proposition de l'OCS de retirer leurs bases d'Asie Centrale?

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    MOSCOU, 21 juillet (par Piotr Gontcharov, commentateur de RIA Novosti). La décision du sommet de l'OCS d'Astana concernant les bases n'a pas été fortuite.

    Il y a quelques jours, le ministre tadjik des Affaires étrangères a déclaré qu'il n'y avait pas de raisons de garder les bases militaires américaines en Asie Centrale. "Le problème de l'Afghanistan est en passe d'être réglé, il ne reste presque plus de Talibans, la stabilisation politique est évidente, le pays a organisé une élection présidentielle et se prépare aux législatives", a déclaré Talbak Nazarov au cours d'une conférence de presse à Douchanbé.

    Rappelons que le Tadjikistan n'a pas, quant à lui, accueilli de bases américaines. Mais le ministère ouzbek des Affaires étrangères a déjà déclaré que l'aérodrome militaire de Khanabad avait été mis à la disposition des Américains seulement durant la période de la guerre contre les Talibans et que son utilisation ultérieure n'avait été prévue par aucun accord. L'Ouzbékistan a invité les Américains de fixer la date de leur départ le plus vite possible.

    Ensuite l'ambassadeur du Kirghizistan en Russie Apas Djoumagoulov a indiqué que la base militaire américaine située à l'aéroport "Manas" serait progressivement démantelée, contrairement à la base russe de Kant. Dimanche dernier, le président kirghiz Kourmanbek Bakiev a confirmé cette déclaration. Le 5 juillet, les pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS: Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan) ont souhaité que les États-Unis précisent la durée de mandat de leurs bases militaires mises en place dans certains pays centrasiatiques pendant l'opération antiterroriste en Afghanistan. "Comme l'opération antiterroriste en Afghanistan est sortie de sa phase militaire active, les membres de l'OCS jugent nécessaire que les membres concernés de la coalition antiterroriste fixent un terme à l'exploitation provisoire des infrastructures en question et au mandat des contingents militaires se trouvant sur le territoire des pays membres de l'OCS", lit-on notamment dans la déclaration finale du sommet.

    Ce point de la déclaration n'a évidemment pas réjoui les États-Unis. Le chef de l'état major interarmes américain Richard Myers a, notamment déclaré que l'OCS avait adopté cette mesure sous la pression russe et chinoise avant de souligner que l'Asie Centrale était importante pour les États-Unis et pas uniquement en raison de l'opération en Afghanistan.

    Moscou a immédiatement exprimé sa perplexité devant la première partie de la déclaration soulignant que toutes les décisions de l'OCS étaient le résultat d'un consensus et reflétaient donc l'opinion de tous les pays membres. Quant à la deuxième partie de la déclaration, M.Myers a, sans doute, raison, l'Asie Centrale revêt effectivement une grande importance pour les États-Unis indépendamment de l'opération en Afghanistan. L'opération antiterroriste n'est, en fait, qu'un bon prétexte justifiant la présence militaire américaine en Asie Centrale.

    Washington considère que l'avenir des bases militaires américaines en Asie Centrale, notamment en Ouzbékistan et au Kirghizistan, doit être décidé au cours de négociations bilatérales. L'Ouzbékistan et le Kirghizistan sont donc les seuls pays à devoir s'occuper de l'organisation des négociations et les autres gouvernements de la région tout comme leur organisation - l'OCS - ne sont pas concernés, à son avis.

    En avançant la menace du terrorisme et de l'extrémisme, l'administration américaine feint d'avoir oublié le "gentleman's agreement" passé avec la Russie et les autres pays de la région, entre autres avec le Kazakhstan, condition sine qua non pour l'ouverture des bases.

    Conformément à ces accords, la présence des bases américaines en Asie Centrale devrait être "synchronisée avec l'opération antiterroriste en Afghanistan". Autrement dit, la position de la Russie, du Kazakhstan et de la Chine repose sur de bons arguments, d'autant plus que les avions américains doivent inévitablement traverser leur espace aérien pour s'approcher des bases en Asie Centrale.

    On peut comprendre pourquoi Washington a réagi aussi nerveusement à la déclaration de l'OCS. En février dernier, Islam Karimov s'était prononcé en faveur de la base américaine aménagée en Ouzbékistan. Le ministre américain de la défense Donald Rumsfeld avait aussi, paraît-il, obtenu les assurances du nouveau président kirghiz Kourmanbek Bakiev sur la position immuable de Bichkek concernant les bases au cours de la visite surprise qu'il avait effectuée au Kirghizistan après les événements de mars dernier. Bichkek avait jusqu'ici préféré ne pas associer le fonctionnement de la base américaine de Manas à l'opération en Afghanistan ce qui faisait le jeu de Washington, mais n'arrangeait pas Moscou.

    Mais, de toute évidence, la situation change plus vite en politique que dans d'autres domaines, surtout lorsqu'il s'agit des questions régionales. Curieusement, la Maison Blanche cherche à dissimuler le fait évident que la présence militaire des États-Unis en Asie Centrale leur permet déjà d'exercer une influence sur les priorités de la politique extérieure et les processus politiques dans les pays centrasiatiques. Cette influence préoccupe Moscou et Pékin alors que l'ingérence américaine au niveau du processus de politique intérieure inquiète Tachkent, Astana, Douchanbé et Bichkek.

    Les membres de l'OCS ont adopté leur déclaration pour mettre en valeur leurs intérêts dans la région et leur droit de les défendre. La balle est désormais dans le camp des Etats-Unis.

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