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    La paupérisation des partis politiques russes

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    MOSCOU, 21 juillet (par Vassili Kononenko, commentateur politique de RIA Novosti).

    Jusqu'à maintenant on pensait que la fièvre électorale en Russie était assimilable à la "fièvre de l'or". Depuis le milieu des années 90 du siècle dernier le coût d'un candidat à la députation à la Douma (chambre basse du parlement) a connu une progression géométrique. Si au début les technologies électorales occidentales utilisées en Russie nécessitaient l'investissement de quelque 100.000 dollars pour le financement de la campagne d'un candidat, lors des dernières législatives de 2003 le chiffre officieux avoisinait le million de dollars.

    A l'époque il semblait que cela n'était pas un plafond. Des sommes astronomiques avaient été généreusement mises à la disposition des principaux partis politiques par les grandes compagnies énergétiques, les banques et les monstres sectoriels. Cela voulait dire que proportionnellement aux sommes investies dans les partis, soit les intérêts des sponsors seraient défendus pendant toute la durée de la législature, soit les partis feraient "passer" les lois dont les sponsors ont besoin ou bien les arrêtés gouvernementaux à la demande. En règle générale, les compagnies les plus riches ont misé sur plusieurs formations politiques. Pour ce qui est des anciens dirigeants de Ioukos, des permanents haut placés de partis politiques ont admis que le "paquet de blocage" de la future Douma avait été acheté par eux bien avant les élections. On sait que le Parquet général a donné un coup d'arrêt à ce projet d'O.P.A. sur le pouvoir.

    Cependant, aujourd'hui la situation concernant le financement des partis n'est plus du tout la même. Le robinet a été coupé. Non pas par crainte de connaître le même sort que Khodorkovski-Lebedev, mais en raison du désenchantement face à l'incapacité des politiques à remplir les conditions des ententes publiques et tacites. Si bien que les partis politiques se sont paupérisés, les permanents des formations libérales de droite allant même jusqu'à parler de "misère".

    Le train-train coutumier et l'insouciance des politiques ont été perturbés par les législateurs de Iedinaïa Rossia (Russie unie) qui, assistés de la Commission électorale centrale, ont réussi à mettre en application la nouvelle loi sur l'élection des députés. A partir de l'année prochaine les partis officiellement enregistrés et ayant obtenu aux législatives au moins trois pour cent des suffrages seront financés non plus par des sponsors, mais par le budget fédéral. Soulignons en passant que l'argent public qu'ils recevront représentera une somme dix fois plus élevée que ce qu'ils perçoivent actuellement. Pour l'instant (aux élections de 2003), les partis politiques reçoivent 50 kopecks par an et par voix obtenue. Après le 1-er janvier 2006, ils toucheront cinq roubles par suffrage. L'appareil de la Douma a ainsi calculé que Russie unie, le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), le Parti libéral démocrate de Russie (LDPR) et Rodina (Patrie) recevraient respectivement 115, 38, 35 et 27 millions de roubles par an.

    Avec un Etat aussi prodigue on n'a pas de soucis à se faire, pourrait-on penser. Seulement au sein des états-majors des partis le climat est à la sinistrose: "ces miettes non seulement rendent impossible l'organisation d'une campagne électorale, mais conduisent tout droit à la faillite. Effectivement, il est patent que cet argent ne suffira pas à assurer l'existence des partis. Selon le Service fédéral d'enregistrement du ministère de la Justice, l'année dernière Russie unie, le KPRF et le LDPR ont dépensé pour leurs besoins respectivement 915, 73,7 et 91 millions de roubles. En ce qui concerne le coût des élections, on a calculé que pour avoir une chance d'être élu à la chambre basse un candidat devait dépenser un minimum de 70 cents (de dollar américain) par électeur inscrit dans la circonscription. Selon des centres d'études indépendants, en 2003 le coût de la voix d'un électeur russe s'est chiffré parfois à 17 dollars (deux à trois fois plus que dans les pays européens développés). Nous voyons donc qu'un siège de député à la Douma pourrait revenir à un million (des millions?) de dollars.

    En examinant la composition actuelle des fractions et groupes parlementaires de la Douma on s'aperçoit que Russie unie a eu besoin de pas moins de 300 millions de dollars, les communistes près de 50 millions, etc. De plus, les partis ont aussi des dépenses courantes: meetings, affiches et tracts, publicité, subventionnement de leur presse... Pour couvrir ces dépenses, les partis sont autorisés à accepter des dons de personnes physiques et juridiques et à exercer une activité économique. Le montant des recettes de ces "caisses noires" est top secret. La Commission électorale centrale est à même de contrôler les flux financiers passant par les fonds électoraux. Le maximum toléré est de 400 millions de roubles. Cependant, aujourd'hui seule Russie unie peut atteindre cette barre.

    Une question se pose alors: le business se serait-il totalement détourné des partis? Selon les états-majors des partis, le business fournit toujours de l'argent, mais en quantités infimes, de l'ordre de 1 à 2 millions de dollars par an et par parti. Il y a encore deux ans cette somme était versée rien que pour faire passer une loi "utile". En ce qui concerne les cotisations, les sommes recueillies sont ridicules. Au KPRF, dont les membres sont pourtant disciplinés, elles atteignent deux millions de roubles par an tout au plus. Il n'y a pas longtemps le leader de ce parti, Guennadi Ziouganov, a demandé aux membres du parti de verser personnellement un minimum de 100 roubles. Cependant, cet appel s'adresse davantage au business qu'aux militants. Quant à Yabloko, il a même renoncé à collecter les cotisations du moment "qu'elles ne font pas le beau temps".

    L'été 2006 sera une étape déterminante et les partis devront en conséquence l'aborder avec une stratégie bien déterminée, des sponsors attitrés et un plan précis de financement de la campagne électorale de 2007. Si en plus des appréhensions des hommes d'affaires et des "superviseurs" des partis les candidats à la députation engagent la campagne dans le désordre et sans profession de foi nettement affichée, les caisses des partis risquent de rester vides. Cela signifie-t-il que pour la première fois dans l'histoire post-soviétique des élections législatives pourraient être plus équitables? Difficile à dire. En tout cas, des O.P.A. sur le pouvoir sont exclues. Ce qui est déjà une bonne chose.

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