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    KamAZ vendu au secteur privé?

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    MOSCOU, 1er août. (Par Yana Iourova, commentatrice politique de RIA Novosti).

    En 2006, les autorités russes entendent vendre à des particuliers 1.048 entreprises fédérales ainsi que les parts qu'elles détiennent dans 457 autres sociétés. Selon Igor Gretchoukhine, directeur de département au ministère russe du Développement économique et du Commerce, il a été proposé à l'Agence fédérale pour les biens fédéraux d'inscrire dans le plan prévisionnel des privatisations 34,01 pour cent des actions publiques de OAO KamAZ, l'un des plus grands producteurs russes de poids lourds, occupant plus d'un tiers du marché et basé dans la ville de Naberejnye Tchelny (Tatarstan). La situation a ceci de particulier que KamAz est la dernière usine automobile russe associée à l'Etat. Qui plus est, cette transaction pourrait être la plus grosse vente de biens publics programmée pour 2006.

    Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'Etat se sépare de ce gros paquet d'actifs. Cela ne fait que confirmer que les autorités russes poursuivent les transformations structurelles dans l'économie du pays de manière à réduire les dépenses de l'Etat et à étoffer le budget. Le ministère du Développement économique et du Commerce pense que les privatisations réalisées en 2006 rapporteront au budget fédéral environ 1,1 milliard de dollars. D'après le plan du gouvernement, la propriété fédérale ne doit persister que dans la partie de l'économie ayant une portée stratégique pour le pays.

    Si KamAZ n'avait pas été confronté à des problèmes financiers chroniques, l'Etat aurait peut-être pu conserver l'entreprise pour lui. D'un côté, OAO KamAZ donne l'apparence d'un géant automobile prospère. Il figure parmi les dix plus gros producteurs de poids lourds au monde et occupe la huitième place sur la planète pour la production des moteurs diesel. Par ailleurs, l'usine sort des remorques, des cars, des tracteurs, des moteurs, des groupes électrogènes et toute une panoplie d'instruments. OAO KamAZ comporte 14 départements (conception, production, assemblage, écoulement de la production, etc.) et réunit 110 entreprises.

    Les chiffres pour 2004 sont d'ailleurs impressionnants. Selon la Comptabilité financière internationale, en 2004 le groupe KamAZ a réalisé un bénéfice net de plus de 6 millions d'euros, un chiffre d'affaires de plus de 1 milliard d'euros, soit près de 400 millions d'euros de plus qu'en 2003. Depuis trois ans la croissance annuelle de la production est de 20 pour cent.

    KamAZ a été l'une des premières grandes entreprises à s'adapter au marché russe pauvre en disponibilités et à lancer des programmes de leasing. Selon la revue russe Expert, en 2004 le département de leasing de OAO KamAZ se situait à la 8e place en Russie pour le nombre d'accords en la matière et à la 15e pour les sommes obtenues. Le groupe occupe la 3e place parmi les entreprises proposant des poids lourds en leasing. Il n'est devancé que par Volvo et Scania. En 2004, l'entreprise a fourni en leasing 2061 véhicules, soit 2,65 fois plus que l'année précédente.

    KamAZ s'est lancé non sans succès à la conquête des marchés étrangers. En 2004, le chiffre des exportations de l'entreprise a dépassé 197 millions de dollars, soit 34 pour cent de mieux qu'en 2003. Actuellement un camion KamAZ sur quatre est vendu à l'étranger. Ces véhicules sillonnent les routes de plus de 60 pays du monde. Les principaux clients du groupe sont l'Egypte, l'Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis, l'Ethiopie et l'Equateur. En 2004, OAO KamAZ a accédé à de nouveaux marchés: Hongrie, Slovaquie, Serbie, Qatar, Iran, Liban, Inde, Bahrein, Pakistan et Bangladesh. L'entreprise a implanté des unités d'assemblage dans six pays: Pologne, Kazakhstan, Azerbaïdjan, Ukraine, Ethiopie et Vietnam.

    KamAZ est désormais le fournisseur officiel de l'ONU. Pour le compte de cette organisation internationale le groupe a envoyé des camions en Yougoslavie, en Israël, en Jordanie, au Liban, à Chypre et en Afghanistan. Le lot le plus important a été acheminé en Irak. De 1999 à 2003, quelque 4.000 KamAZ ont été livrés à ce pays dans le cadre du programme onusien Pétrole contre nourriture.

    Cependant, ces succès n'ont pas éliminé les problèmes qui se sont accumulés ces quinze dernières années. La rentabilité de KamAZ se maintient au niveau de 0,5-1 pour cent alors que l'indice moyen dans la branche est de 5-7 pour cent. A l'issue de 2004, la dette du groupe avait progressé de près de 200 millions d'euros par rapport à l'année précédente et dépassait les 800 millions d'euros. Une somme équivalant au chiffre d'affaires annuel du groupe. C'est alors que KamAZ a cessé de verser des dividendes à ses actionnaires.

    En attendant, en 2006 le gouvernement russe entend exiger de toutes les sociétés à participation publique qu'elles versent des dividendes représentant au moins 20-25 pour cent du bénéfice net, un chiffre qui devra par la suite être porté à 40-50 pour cent. Cette année 10 pour cent du bénéfice devront être distribués. Il va de soi que KamAZ pourra difficilement faire face à cette nouvelle charge.

    Les spécialistes évaluent le paquet d'actions KamAZ à 135-145 millions de dollars en prix courants. Les magnats de la métallurgie Oleg Deripaska et Alexeï Mordachov passent pour être les principaux prétendants à l'achat de ces actions. Leurs sociétés contrôlent de grandes usines d'automobiles et d'éléments d'assemblage en Russie. Toutefois, la liquidation des dettes et la modernisation de l'entreprise vont réclamer des sommes importantes que seuls des investisseurs étrangers sont à même de fournir. Une espèce rare dans le monde. Le consortium automobile allemand MAN, la société suédoise Volvo ainsi que de grands constructeurs automobiles chinois et coréens semblent les seuls à pouvoir prétendre acheter les actions publiques de KamAZ.

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