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    Comment évoluera la situation après les pourparlers de Pékin sur la Corée?

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    MOSCOU, 1er août - par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA Novosti.

    Il y a quelques jours, une situation insolite a été observée dans la diplomatie mondiale. Six vice-ministres des Affaires étrangères (ou des personnes de même statut) ont déployé tous leurs efforts en vue d'assurer le succès du quatrième round des pourparlers à six de Pékin. Celui-ci réunissait la Corée du Nord, les Etats-Unis, la Russie, le Japon, la Chine et la Corée du Sud. A quelques heures de vol de Pékin, à Vientiane, capitale du Laos, les représentants de la diplomatie de ces pays se sont penchés sur les questions de la sécurité dans la région du Pacifique, mais ils n'ont pu rien faire pour aider leurs adjoints à Pékin. "Il ne leur restait qu'à prier pour eux et souhaiter le succès des pourparlers de Pékin", a déclaré une source proche de la délégation sud-coréenne à Vientiane.

    Un forum régional de l'ASEAN sur la sécurité a eu lieu dans la capitale du Laos. Ce forum regroupait dix pays du Sud-Est asiatique faisant partie de l'ASEAN ainsi que d'autres pays partenaires, dont les Etats-Unis, la Corée du Sud et du Nord, la Russie, la Chine et le Japon. Une question logique vient à l'esprit: quel sera le destin des deux mécanismes de pourparlers, celui de Pékin et celui de l'ASEAN, lorsque le "problème nucléaire coréen" sera réglé?

    Les participants au forum du Laos sont partagés. Pour le camp des "pessimistes", le "problème coréen" pourrait se transformer en un cas de "Proche-Orient extrême-oriental", il demandera des pourparlers incessants qui se révèleront, en fait, stériles. Les "pessimistes" font d'ailleurs remarquer que le ministre nord-coréen qui assiste depuis longtemps aux réunions du forum régional sur la sécurité n'y participe pratiquement pas. Selon une source de la délégation russe au Laos, le représentant de Pyongyang, Paek Nam-sun, tient un discours propagandiste contenant, pour l'essentiel, des critiques adressées aux Etats-Unis, sans vraiment participer à l'examen des problèmes qui sont abordés.

    L'adhésion de la Corée du Nord à ce forum aurait été imaginée comme un moyen d'intégrer le régime de Pyongyang aux affaires de la région.

    Quant aux "optimistes", ils font état du progrès enregistré à Pékin. Ce qui les inspire, c'est le changement d'atmosphère lors des pourparlers où les deux adversaires jadis irréconciliables - les Etats-Unis et la Corée du Nord - ont effectivement œuvré en vue de rapprocher leurs positions.

    Le mérite en revient, pour beaucoup, au "nouveau style" de la diplomatie de la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, grâce à qui les Etats-Unis ont publiquement déclaré qu'ils considéraient la RDPC comme un Etat souverain et le nouveau représentant américain aux pourparlers à six a eu plusieurs rencontres en tête-à-tête avec son homologue nord-coréen. De plus, le représentant américain n'est plus le même: le Secrétaire d'Etat adjoint Christopher Hill a remplacé James Kelly, homme qui avait, en fait, provoqué la crise en accusant Pyongyang, à l'automne 2003, d'"avoir reconnu" l'existence de programmes nucléaires, ce qu'avaient démenti les diplomates nord-coréens.

    On peut affirmer que, dans quelques mois ou dans un an, les pourparlers aboutiront à un accord, aux termes duquel Pyongyang renoncera à l'idée de créer sa propre arme nucléaire et bénéficiera, en échange, de l'aide aux transformations qui se produisent déjà dans son économie.

    Alors, les pourparlers à six pourront soit se terminer, soit se transformer en une organisation de développement de la péninsule de Corée. Ce mécanisme serait nécessaire pour les six participants, ne serait-ce que pour éviter les querelles sur les futurs investissements des projets dont vont bénéficier les deux Corées et liés aux chemins de fer, aux centrales électriques, aux nouvelles entreprises, à la création de nouvelles règles du commerce et des paiements, etc.

    D'ailleurs, ce processus se déroule sans attendre la conclusion heureuse des pourparlers. Ainsi, tant que les pourparlers se poursuivaient à Pékin, la Corée du Nord et la Corée du Sud ont convenu d'ouvrir en octobre prochain leurs frontières à la circulation automobile et ferroviaire. Dans cette perspective, Séoul accordera des matériaux de construction et une assistance technique à ses frères du Nord.

    La question est de savoir quelle position sera choisie par la "nouvelle diplomatie" de Condoleezza Rice: voudra-t-elle persuader Pyongyang de rejeter le mécanisme à six en vue d'affaiblir, dans les affaires asiatiques, le rôle principal de la Chine qui a accueilli et organisé ces pourparlers. D'ailleurs, le rôle incontournable de la Chine devient de plus en plus évident. Il se confirme d'année en année, non seulement lors des pourparlers sur la Corée, mais aussi lors des forums régionaux de l'ASEAN sur la sécurité.

    Aucun des diplomates haut placés concernés par le problème coréen n'ose se prononcer sur ce sujet. Cependant, les pensées de ceux qui élaborent les plans pour l'Asie pour ces prochaines 10 à 15 années vont précisément dans ce sens.

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