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    Par quoi les Américains remplaceront-ils la base de Khanabad en Ouzbékistan?

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    MOSCOU, 29 septembre - Petr Gontcharov, commentateur politique de RIA Novosti. Les Etats-Unis sont en train de perdre la plus importante de leurs bases pour la poursuite de leur opération antiterroriste en Afghanistan, celle de Khanabad, dans le sud-est de l'Ouzbékistan, à proximité immédiate de la zone d'opérations.

    On l'apprend maintenant que les troupes américaines devront évacuer l'Ouzbékistan. Daniel Fried, sous-secrétaire d'Etat américain, a reconnu au cours de sa conférence de presse à Tachkent que ses négociations avec le président Islam Karimov n'avaient pas apporté le résultat escompté. Le numéro un ouzbek est resté inflexible dans ses exigences envers les Etats-Unis : les troupes américaines devront quitter son pays. Avant la fin de l'année, l'aéroport de Khanabad passera entièrement sous le contrôle de l'armée de l'air ouzbèque.

    L'Ouzbékistan a été le premier des pays centrasiatiques à avoir mis à disposition en septembre 2001 son territoire pour accueillir une base américaine dans le cadre de l'opération menée par les Etats-Unis en Afghanistan (d'autres membres de la coalition antiterroriste s'y sont joints plus tard). Mais en mai 2005, Tachkent a exigé de Washington l'évacuation sans délais de la base de Khanabad.

    Officiellement, le gouvernement ouzbek explique sa démarche par l'achèvement de la phase active de l'opération antiterroriste en Afghanistan (la base de Khanabad avait été accordée justement à cette fin). La position de Tachkent a été soutenue par les autres pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghai, qui ont adressé aux Etats-Unis une proposition analogue. Pour l'instant, ce n'est qu'une proposition.

    Mais tous comprennent que la réaction de Karimov à la position de Washington sur les événements d'Andijan est à l'origine de sa décision. Notamment, Tachkent estime que les Etats-Unis n'étaient pas sincères dans leurs exigences de mener une enquête internationale sur ces événements. Les Ouzbeks ont laissé entendre qu'ils disposaient d'informations confirmant l'implication de certains diplomates américains en poste à Tachkent dans l'organisation des troubles à Andijan où les autorités ouzbèques ont dû faire appel à l'armée.

    D'autres informations (elles incitent à la confiance) et selon lesquelles les troubles dans cette ville ouzbèque ne s'inscrivent nullement dans le schéma de "soulèvement des habitants contre le régime répressif", ne manquent pas non plus. Washington a commis une erreur en donnant des appréciations trop réductrices de cette histoire. Et il paie pour cela.

    Mais, laissant de côté les péripéties des événements d'Andijan, essayons plutôt de trouver une réponse à deux questions : les hommes de Hekmatyar et d'Al Qaeda ont-ils en effet été neutralisés au cours de la "phase active" de l'opération e Afghanistan ? Et les Etats-Unis et la coalition qu'ils dirigent sauront-ils trouver une alternative à la base de Khanabad ?

    Voilà qui est douteux. Car l'unique base américaine qui reste en Asie centrale - en Kirghizie, non loin de l'aéroport de Manas, à Bichkek - ne sera visiblement pas en mesure de remplir à elle seule le rôle de base de transit. Déjà, Manas est surchargée d'appareils américains. Les habitants des localités environnantes se plaignent du vrombissement incessant des moteurs d'avion qui "les empêche de dormir et de vivre normalement". Les "verts" locaux cherchent eux-aussi à contrôler la base, dont les "rapports" avec l'environnement semblent loin d'être idéaux.

    Peut-être, y a-t-il une alternative en Afghanistan ? De l'avis de représentants des milieux militaires et politiques locaux avec qui je me suis entretenu lors de mon récent voyage à Kaboul, l'unique base qui pourrait constituer une alternative à celle de Khanabad est l'aérodrome de Chindand. Mais celui-ci se trouve dans la zone d'instabilité militaire et les Etats-Unis eux-mêmes adoptent une attitude circonspecte quant à l'éventualité de son utilisation.

    L'aéroport de Kandahar ne convient pas non plus pour le même motif. Quant aux deux autres aéroports, à Mazar-i-Charif et Herat, les Américains se montrent également sceptiques en raison de différents facteurs. A Herat, par exemple, à cause de la proximité de l'Iran et des sympathies pro-iraniennes de sa population. On ne saurait d'autre part faire abstraction des liens traditionnellement amicaux entretenus par cette province du nord de l'Afghanistan avec l'Ouzbékistan.

    Pour ce qui est des talibans, des hommes de Hekmatyar et d'Al Qaeda, les récentes élections parlementaires afghanes ont montré que leurs formations ont soudainement relancé leurs activités dans les provinces sud-est, sud et sud-ouest du pays. Le président Hamid Karzai a dû reconnaître que les pertes officielles afghanes s'étaient chiffrées durant les huit premiers mois de l'année à un millier d'hommes, un résultat sans précédent pour ces dernières années. Depuis longtemps, Kaboul propose de consolider la présence dans le pays de la coalition antiterroriste et de la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan. La perte de bases militaires en Asie centrale ne manquera pas de poser aux Etats-Unis une multitude de problèmes.

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