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    Le projet GNE, objet de toutes les convoitises

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    MOSCOU, 29 septembre - Sergueï Koltchine, économiste à l'Institut international d'études économiques et politiques (IMEPI, Académie russe des sciences), en exclusivité pour RIA Novosti.

    La Russie et l'Allemagne ont signé récemment un accord prévoyant la construction du Gazoduc nord-européen (GNE) que les pays baltes, la Pologne et l'Ukraine, mécontents, se sont empressés de baptiser le "pacte Poutine-Schröder". Le mécontentement des pays de transit est compréhensible, mais le projet est à notre avis moins politique qu'économique.

    Le nouveau gazoduc qui passera sous la mer Baltique, entre Vyborg (Russie) et probablement Greifswald (Allemagne), sera construit par un consortium russo-allemand (Gazprom - 51%, BASF - 24,5% et E.ON - 24,5%). Le total des investissements nécessaires à sa construction dépasse les 4 milliards d'euros. Long de plus de 1200 km, il sera mis en service en 2010, mais une seule conduite, d'une capacité de 27,5 milliards de mètres cubes par an, sera lancée dans un premier temps. Avec la deuxième conduite, la capacité annuelle du GNE passera à 55 milliards de mètres cubes.

    L'objectif du projet est d'établir un corridor direct pour la livraison de gaz naturel entre le producteur (Russie) et son principal débouché (Europe occidentale). Et il s'agit non seulement de l'Allemagne, les réserves des autres producteurs régionaux (Norvège, Pays-Bas et Grande-Bretagne) étant pratiquement à zéro.

    Actuellement, l'Allemagne est le principal marché d'exportation de Gazprom, et le GNE lui offre un itinéraire supplémentaire pour ravitailler ce marché toujours croissant et consolider ses positions et sa réputation de fournisseur de gaz fiable. Le GNE donnera à Berlin l'accès aux gisements russes gigantesques de gaz naturel. Il contribuera à satisfaire les besoins croissants de l'Allemagne et d'autres pays européens en matière de gaz et permettra d'améliorer la fiabilité des livraisons. Officiels, experts et médias européens sont unanimes à constater que la stabilité des livraisons énergétiques vers l'Europe dépend directement des relations avec la Russie dans les années à venir. Qui plus est, grâce à l'intégration du GNE au réseau de distribution des allemands Wingas et E.ON Ruhrgas, les entreprises allemandes peuvent espérer des livraisons supplémentaires.

    Selon des experts, la Russie rentrera dans ses frais déjà à l'issue de la première année d'exploitation du gazoduc. Moscou veut diminuer les frais de transit qui, rien que sur le tronçon ukrainien, représentent 20% des revenus (13% pour le transit et 7% pour les frais de fonctionnement). En outre, la possibilité d'intégration au réseau de Gazprom de plusieurs nouveaux pays (Grande-Bretagne, Pays-Bas et Danemark) ouvre à la Russie de nouveaux horizons pour élargir sa présence énergétique en Europe.

    Le projet n'a pu devenir réalité que dans l'actuelle conjoncture favorable des cours mondiaux des produits énergétiques. Deux autres projets de transport de gaz avaient fait l'objet d'âpres débats: une conduite supplémentaire pour le gazoduc traversant la Biélorussie et un gazoduc (Blue Stream) vers la Turquie. Mais les deux projets n'avaient pas répondu aux attentes. Dans le premier cas, la Russie était incapable de remplir la nouvelle conduite sans investir massivement dans l'extraction, et les partenaires occidentaux refusaient de consentir à Gazprom des investissements directs et ne lui proposaient que des crédits. En outre, en matière de transit, il n'est pas mieux de dépendre de Minsk que de Kiev. Dans le second cas, les Turcs ont refusé soudainement l'achat du gaz aux cours mondiaux. Et si la situation a fini par être réglée, les problèmes sont évidents.

    Aujourd'hui, la situation a radicalement changé. On sait que la hausse des tarifs des hydrocarbures est sérieuse et durable. Les géants mondiaux du pétrole et du gaz sont prêts à investir directement dans l'extraction, l'infrastructure et le traitement. Une rivalité se profile même entre eux en vue de participer aux projets de Gazprom. Qui plus est, ils sont prêts à partager avec le monopole russe ses bénéfices et son réseau de distribution de gaz en Europe.

    On peut donc avec certitude affirmer que les gigantesques projets de gisement de gaz dans le nord de la Russie seront rentables. Tout porte à croire que le GNE sera alimenté par le gisement de condensat de gaz de Chtokman. Gazprom a récemment affiché une liste préalable de cinq compagnies censées former un consortium pour exploiter le gisement de Chtokman. Elle comprend les norvégiens Hydro et Statoil, le français Total et les américains Chevron et ConocoPhillips.

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