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    Moscou espère que Damas ne la décevra pas

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    MOSCOU, 1er novembre - Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti. Les diplomates russes et leurs collègues de Chine, d'Algérie et d'autres pays, dont l'Inde et le Brésil, peuvent fêter une victoire.

    Ils ont réussi en effet à empêcher l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité juridiquement non fondée et dont le projet avait été proposé par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Ce projet menaçait la Syrie de sanctions et aurait pu être la source d'un nouveau conflit au Proche-Orient, ce qui n'a pas encore eu lieu.

    Mais cette victoire pourrait être de courte durée. Et ce n'est pas un hasard si la Syrie n'est pas contente de la résolution.

    Damas bénéficie d'un sursis jusqu'au 15 décembre. Les batailles au Conseil de sécurité reprendront ensuite. Reste à savoir si la Syrie ne décevra pas ceux qui ont tenté de la défendre au cours de la réunion du Conseil de sécurité au niveau des ministres des Affaires étrangères qui a eu lieu le 31 octobre. Ses résultats signifient en fait que la Russie et ses partenaires assument la responsabilité quant au comportement de la Syrie.

    La Russie, pour reprendre son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a, pour l'instant, obtenu l'essentiel : la résolution du Conseil de sécurité 1636 concentre l'attention sur l'enquête de l'assassinat du premier ministre libanais Rafik Hariri menée par la commission internationale avec à sa tête l'Allemand Detlev Mehlis. Rappelons que la commission avait conclu, selon son rapport préliminaire, à l'implication des services secrets syriens dans cet assassinat.

    Le ministre russe a expliqué que les co-auteurs de la résolution "ont jugé qu'il était possible de tenir compte dans une mesure suffisante des propositions de la Russie et des autres membres du Conseil de sécurité qui ne voulaient pas que la résolution soit politisée, qu'elle ne sorte pas du cadre de l'enquête, qu'elle ne contienne pas de menaces non fondées et qu'elle ne mette pas en doute le principe universel de la présomption d'innocence". Et c'est là un succès non contestable de Moscou.

    La Russie et ses partenaires ont réussi à exclure de la résolution les dispositions n'ayant pas de lien avec l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. On peut juger de ces dispositions par une interview accordée par le président américain George Bush à la chaîne de télévision arabe Al-Arabiya à la veille de la réunion du Conseil de sécurité. Il a déclaré qu'il était nécessaire d'exercer une forte pression sur Damas pour que les Syriens comprennent qu'ils ne doivent pas accorder refuge aux groupes de terroristes qui mettent en cause le processus de paix entre Israël et la Palestine. Ils doivent aussi cesser de s'ingérer dans les affaires du Liban et devraient permettre le transfert en Irak des terroristes qui "assassinent ceux qui aspirent à la démocratie".

    La Syrie a été menacée de sanctions internationales, dans le cas où elle refusait de coopérer avec la communauté internationale. Mais la position des diplomates russes et de leurs collègues a été ferme: "Il est contre-productif de menacer la Syrie de sanctions". Cela ne pouvait que conduire dans une impasse. Les autorités syriennes, de même que toutes les autres, ne peuvent pas accepter de coopérer dans les conditions où on leur tord les bras et lorsqu'on les considère d'avance comme coupables. A présent, grâce aux amendements de la Russie, de la Chine, de l'Algérie et des pays qui les soutiennent, au lieu de recourir à des sanctions, la résolution stipule que, si la Syrie ne coopère pas dans l'enquête sur l'assassinat, le Conseil de l'ONU peut envisager, en cas de nécessité, d'autres mesures. Certes, cette variante n'est pas non plus idéale pour Damas, mais elle est préférable au projet initial. Le ministre Serguei Lavrov reconnaît également que la résolution n'est pas idéale, mais qu'on "peut travailler avec elle".

    Moscou souligne que les divergences apparues entre les membres du Conseil de sécurité au cours des débats "ne doivent pas être considérées comme un prétexte pour ne pas accomplir l'exigence principale: tous les Etats doivent coopérer entièrement et honnêtement avec la commission". "Cela concerne en premier lieu la Syrie", a souligné Serguei Lavrov. Les dirigeants syriens ont l'intention de coopérer, a-t-il ajouté. Ceci reste à démontrer.

    Le langage diplomatique du ministre russe signifie, en fait, ce qui suit: ce n'est pas le moment de faire des déclarations grandiloquentes. Si les Syriens sont innocents, ils doivent faire tout leur possible pour que les autres les croient. Le fait est que Washington, Londres et Paris sont certains qu'il en est autrement, c'est un fait, aussi désagréable soit il pour Damas. Il convient de l'emporter sur l'adversaire en employant ses moyens, en lui enlevant systématiquement tous les atouts.

    "La Russie œuvrera pour que la Syrie tienne ses promesses de coopérer avec la commission indépendante. Les présidents russe et syrien, Vladimir Poutine et Bashar al-Assad, se sont récemment entretenus par téléphone à ce sujet", a déclaré Serguei Lavrov. D'autre part, Moscou veillera à ce que l'enquête de la commission Mehlis soit menée d'une manière professionnelle et impartiale. Mais tous les efforts déployés notamment par Moscou, Pékin et la Ligue arabe seront stériles, si la Syrie se livre à des jeux politiques au lieu de coopérer.

    Dans cet ordre d'idées, la déclaration récente du président d'Iran Mahmoud Ahmadinejad vient à point nommé: "L'imam Khomeini a dit que le régime sioniste doit être rayé de la carte et, grâce à Dieu, le monde vivra bientôt sans les Etats-Unis et sans Israël". Suite à cette déclaration, le ministre russe des Affaires étrangères a estimé qu'en entendant ces propos, ceux qui insistent sur le transfert du dossier nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU disposaient d'arguments supplémentaires pour le faire. Tous les efforts déployés par la Russie pour que le problème iranien ne soit pas politisé ont été vains. Téhéran a joué un mauvais coup à Moscou. On se souvient aussi d'un autre fait: Saddam Hussein a traîné les choses en longueur, en jouant des jeux subtils avec le Conseil de sécurité de l'ONU, par conséquent, tous les efforts faits par Moscou en vue d'empêcher la guerre de l'Irak se sont avérés stériles.

    Bref, Damas doit faire preuve d'un maximum de prudence et de sagesse. Certes, le président de Syrie Bashar al-Assad va connaître des périodes difficiles. Mais, pour l'instant, il n'est pas isolé dans l'arène internationale. Il bénéficie du soutien de la majeure partie de la communauté internationale. On lui fait confiance, on compte sur lui. S'il échoue, beaucoup d'autres feront aussi fiasco, y compris Moscou.

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