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    Justification devant l'Union

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    Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti. Le message que le président des Etats-Unis adresse tous les ans au pays s'appelle officiellement "Discours sur l'état de l'Union". La cinquième édition de ce message lu mardi au Capitole par George W.Bush aurait pu être intitulé "Justification devant l'Union".

    Surtout que dans l'auditoire on remarquait la présence d'une représentante de ceux aux yeux desquels le président aurait voulu faire meilleure figure. Quelques minutes avant le début de l'intervention, la police a arrêté la militante antiguerre Cindy Sheehan, dont le fils a été tué en Irak. C'est menottée qu'elle a été expulsée de la salle. Cette femme a été punie parce qu'elle portait un tee-shirt barré d'un slogan contre la guerre en Irak.

    L'hostilité des Américains face à la politique poursuivie par George W.Bush en Irak n'est pas le seul facteur à l'origine de la dégringolade de sa cote de popularité jusqu'au niveau critique de 41% en douze mois.

    Les maladresses de l'administration américaine après l'ouragan Katrina, les scandales successifs mouillant des piliers du Parti républicain, la mise à jour d'un réseau de prisons secrètes en Europe et, enfin, l'implication personnelle du président dans un programme anticonstitutionnel d'écoutes téléphoniques exigeaient du locataire de la Maison-Blanche un chef-d'oeuvre oratoire pour redorer quelque peu son blason.

    Bill Clinton avait réussi à apaiser et à charmer le pays au plus fort du scandale Monica Lewinski. Hélas, mardi George W.Bush n'a pas été en mesure, tant s'en faut, de réitérer le tour de force de son prédécesseur.

    En ce qui concerne le douloureux thème irakien les Américains n'ont rien entendu d'autre que le sempiternel ton triomphateur. Le président a une nouvelle fois annoncé que la coalition militaire conduite par les Etats-Unis était proche de la victoire. "J'ai foi dans notre plan de victoire en Irak, j'ai foi dans le savoir-faire et le moral de nos soldats. Chers concitoyens, nous sommes dans cette bataille pour la gagner, et nous sommes en train de la gagner". George W.Bush a insisté une fois de plus: un retrait brusque de nos troupes d'Irak abandonnerait nos alliés irakiens à la mort et à la prison et montrerait que la parole de l'Amérique ne signifie pas grand chose.

    Ces thèses présidentielles ressassées n'ont bien sûr pas été en mesure de réchauffer l'âme des millions de "concitoyens" partageant la douleur maternelle de Cindy Sheehan.

    D'autant qu'elles n'ont pas expliqué le fiasco stupéfiant subi ces jours derniers par la politique proche-orientale américaine. L'idée d'exporter au Proche-Orient le modèle américain de la liberté a débouché sur la victoire aux législatives palestiniennes d'une organisation qualifiée de terroriste par les Etats-Unis eux-mêmes. Il semble bien que le soutien au Hamas n'aurait pas eu cette ampleur si l'Amérique n'avait pas lancé une campagne militaire en Irak.

    Dans son discours sur l'état de l'Union George W.Bush a invité "le Hamas à reconnaître Israël, à désarmer, à rejeter le terrorisme et à oeuvrer à une paix durable". Justes paroles. Seulement l'auditoire du président américain ne pouvait pas ne pas se dire que ces propos étaient trop justes pour pouvoir se matérialiser dans un avenir rapproché.

    Et les sceptiques d'ironiser: voilà maintenant que le Département d'Etat s'éprend de la théorie marxiste. Il attend que l'être détermine la conscience. Autrement dit, que les combattants du Hamas armés de lance-roquettes se métamorphosent instantanément en paisibles ronds-de-cuir.

    Durant la lecture de son texte, George W.Bush a même eu de la chance puisqu'il n'a pas confondu l'Irak avec l'Iran. Ce dernier est pour lui une "nation tenue en otage par une petite élite cléricale qui isole et opprime son peuple".

    Le président des Etats-Unis a jugé possible de s'adresser à ce peuple en passant par-dessus la tête de ses dirigeants, qui, eux aussi, signalons-le, ont été élus selon une procédure non exempte de lacunes, certes, mais tout de même démocratique. George W.Bush a assuré les Iraniens de son respect et les a appelés ni plus ni moins à "conquérir leur liberté". Sous-entendu à se libérer du pouvoir actuel. Remarquons, entre parenthèses, que cet appel orange, de même que le texte intégral, a été traduit en farsi, l'une des principales langues utilisées en Iran. Comment, sans l'aide de Dieu, espérer qu'après cela les dirigeants iraniens poursuivront de gaîté de coeur les négociations sur leur programme nucléaire avec les Etats-Unis, la Russie et la troïka européenne?

    La suite du discours de George W.Bush abonde en considérations générales et en projets grandioses mais pas très solidement ficelés comme les experts sont enclins à le penser. Ainsi, le président a fait état de la dépendance quasi toxicomaniaque de l'Amérique vis-à-vis du pétrole proche-oriental et a suggéré de réduire sa consommation de 75% d'ici à 2025! Les analystes du marché ont eu beaucoup de mal à ce remettre de ce choc. C'est qu'ils savent parfaitement que dans vingt ans un baril de brut sur quatre proviendra justement des pays proche-orientaux.

    Le président américain a ensuite fait valoir l'état de l'économie américaine qui, selon lui, "se situe une tête au-dessus des autres". Ce qui ne l'a pas empêché d'admettre quand même qu'il "ne faut pas s'endormir sur nos lauriers", "nous voyons apparaître de nouveaux concurrents comme l'Inde et la Chine". Sur la toile de fond du déficit budgétaire monstrueux des Etats-Unis, ces raisonnements avaient quelque chose d'incongru.

    Les premières réactions de nos confrères politologues au discours de leur président sont bien compréhensibles. "De quoi aurait-il dû parler: de la catastrophe en Irak, du fatras dans lequel il a plongé notre budget ou du coût de la corruption qui gangrène notre administration? Tout ce qu'il a dit ressemble plus à de l'autoblanchiment", a tristement conclu Lloyd Doggett, sénateur démocrate du Texas.

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