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    Le quartette fait mine d'ignorer le Hamas

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    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    Le quartette des médiateurs internationaux pour le règlement proche-oriental (Russie, Etats-Unis, Union européenne et ONU) s'est déclaré prêt à poursuivre son assistance - tant politique que financière - aux Palestiniens, à condition que le gouvernement palestinien "satisfasse aux standards internationaux". Il est évident que les appels du quartette s'adressent au Mouvement de la résistance islamique (Hamas) sorti vainqueur des élections. Les représentants haut placés des pays médiateurs réunis à Londres ont réussi ce tour de force consistant à ne pas mentionner une seule fois dans leurs documents officiels le Hamas qui figure sur les listes des organisations terroristes établies par les Etats-Unis et l'Union européenne.

    La situation dans laquelle la communauté internationale se trouve après les législatives palestiniennes rappelle fort la situation autour de l'Iran, qui elle aussi a été débattue dans la capitale britannique. Depuis plusieurs années les pays soucieux de régler la "question nucléaire" testent diverses méthodes diplomatiques : mépris, menaces, sanctions, pourparlers, persuasion. Ils se sont finalement aperçus que le dialogue s'imposait. Seulement pour en arriver là ils ont perdu un temps précieux.

    Le dilemme palestinien ressemble fort au dilemme iranien. La communauté internationale ne peut pas transiger avec ses principes de lutte contre le terrorisme. Cependant, faire comme si le Hamas n'existait pas n'est pas le meilleur moyen de régler le problème, si le quartette entend continuer à jouer un rôle prépondérant dans le règlement proche-oriental.

    Par "standards internationaux" le quartette sous-entend le renoncement à la terreur, la reconnaissance de l'Etat d'Israël et le respect des ententes palestino-israéliennes, dont la feuille de route sur le processus de paix, élaborée par le quartette lui-même.

    Si le gouvernement que le Hamas doit former ne répond pas à ces critères, alors l'UE et les Etats-Unis mettront un terme à l'aide financière qu'ils accordent à l'Autorité nationale palestinienne (ANP). On estime que la constitution du gouvernement devrait prendre trois mois environ.

    La réaction du Hamas aux déclarations du quartette ne s'est pas fait attendre. Le porte-parole du mouvement, Sami Abou Zehri, a déclaré que le quartette devrait sommer Israël de cesser son occupation et ses agressions au lieu de demander aux victimes (les Palestiniens) de reconnaître l'occupation et de contempler cette agression sans mot dire.

    Mais il ne s'agit là que de la première réaction. Les dirigeants du Hamas savent pertinemment qu'ils vont devoir maintenant assumer le destin des Palestiniens non plus en paroles mais par des actes, et par conséquent s'entendre avec le quartette. Or, celui-ci reste dans l'expectative. Ce qui s'explique parfaitement.

    D'un côté, le chaos règne dans les territoires palestiniens et c'est le plus grand flou quant à la question de savoir avec qui discuter et sur quoi. Le Mouvement de libération de la Palestine (Fath), qui plusieurs années durant a présidé aux destinées de la société palestinienne, ne se résigne pas au revers électoral qu'il vient d'essuyer.

    Depuis la disparition de Yasser Arafat le Fath a perdu ses ressources politiques. Les jeunes leaders du mouvement ne se sont pas entendus avec la génération aînée au sujet des réformes et de l'application d'une politique efficace et cohérente. Maintenant les jeunes du Fath, les formations armées du mouvement se refusent à partager le pouvoir avec le Hamas. Le président du Fath, Mahmoud Abbas, l'un des membres de la vieille garde du Fath, a été suffisamment sage pour nouer le dialogue avec le Hamas de manière à éviter un affrontement fratricide entre Palestiniens, seulement il n'a aucune influence sur les plus jeunes membres de son organisation. Conscients de perdre le pouvoir, ces derniers ne songent pas aux intérêts nationaux du pays. Et dans cette situation les diplomates se refusent à tout pronostic et préfèrent voir venir.

    Mais d'un autre côté les membres du quartette n'ont pas le choix car les Palestiniens ont voté pour le Hamas. Le quartette va donc devoir dialoguer avec le Hamas et même soutenir ce mouvement pour que le chaos ne s'installe pas dans les territoires palestiniens. Parce que si le processus de formation du gouvernement s'engage dans une impasse, il n'y aura que des perdants. Pour l'instant, le dialogue est mené par médiateurs interposés, parmi lesquels l'Egypte devrait figurer. Quoi qu'il en soit, exiger du Hamas qu'il reconnaisse Israël sur-le-champ n'a aucun sens. Il ne faut pas croire aux miracles.

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