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    Interview accordée par le vice-premier ministre et ministre russe de la Défense, Sergueï Ivanov, au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung

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    FAZ: La situation s'aggrave autour du dossier nucléaire iranien, et elle ne dépend pas en dernier lieu de la position de Moscou.

    Sergueï Ivanov: La Russie a voté au Conseil des gouverneurs de l'AIEA comme la majorité, comme tous les autres membres du Conseil de sécurité de l'ONU. Ce consensus est un message. Mais la Russie s'est opposée à ce que le dossier nucléaire iranien soit retiré de la compétence de l'AIEA et entièrement transmis au Conseil de sécurité. Nous y attachons beaucoup d'importance, car nous souhaitons exploiter toutes les voies de recours pour trouver une solution pacifique à ce problème délicat.

    FAZ: Téhéran a rejeté sur un ton glacial votre proposition d'enrichir l'uranium iranien à en Russie. Croyez-vous encore qu'il fasse des concessions?

    Sergueï Ivanov: J'espère encore que l'Iran acceptera un compromis raisonnable dans le respect de ses intérêts. Nous avons fait une bonne proposition. L'administration iranienne doit bientôt prendre une décision.

    FAZ: Si l'Iran refuse, la Russie approuvera-t-elle les sanctions au Conseil de sécurité?

    Sergueï Ivanov: Nous n'en sommes pas là. La présence d'inspecteurs de l'AIEA en Iran revêt une grande importance. Si on les empêche de travailler là-bas, ce sera contre-productif.

    FAZ: La chancelière fédérale Angela Merkel a dit que le partenariat stratégique entre l'Allemagne et la Russie devait également apporter la preuve de sa fiabilité dans le dossier iranien.

    Sergueï Ivanov: C'est ce qui a eu lieu lors du vote. Mais les affirmations selon lesquelles la Russie jouerait un rôle décisif sont contraires à la réalité. Nous entretenons de bonnes relations avec l'Iran, mais nous ne nous attendons pas à ce que Téhéran suive tous les conseils de Moscou.

    FAZ: Le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a dit que l'Iran est "le parrain du terrorisme mondial".

    Sergueï Ivanov: C'est discutable. Dans tous les cas, les attentats terroristes perpétrés en Amérique le 11 septembre 2001 ne l'ont pas été par des Iraniens. L'Iran n'alimente pas non plus le terrorisme en Tchétchénie, comme le font d'autres pays du Proche et du Moyen Orient.

    FAZ: Passons à la question du gaz russe. Moscou est accusé de se servir du gaz comme d'une arme politique, notamment contre l'Ukraine et la Géorgie.

    Sergueï Ivanov: La Russie respecte aujourd'hui les principes du marché. Et nous voulons que les pays que l'Union européenne a reconnus comme pays à économie de marché fassent de même. Pourquoi devrions-nous subventionner l'Ukraine à hauteur de 4,6 milliards de dollars par an? Nous avons également relevé les prix pour la Géorgie, l'Arménie et la Moldavie. Mais l'Arménie ne crie tout de même pas au néo-impérialisme. Quand, il y a deux semaines, une explosion a endommagé le gazoduc dans le sud de la Russie, l'Arménie est restée privée de gaz. Mais contrairement à la Géorgie, elle ne nous a pas accusés de tous les péchés mortels.

    FAZ: La Biélorussie importe le gaz à un prix beaucoup plus bas.

    Sergueï Ivanov: Quant à la Biélorussie, il y a une différence. La Russie est propriétaire du réseau de distribution de gaz en Biélorussie. Nous avons plus d'une fois proposé à l'Ukraine de créer un consortium avec la participation de l'Allemagne, mais nous ne sommes pas parvenus à la convaincre. À la différence de l'époque soviétique, les fournitures de notre gaz vers l'Occident passent par des pays de transit. Hélas, ces pays ne sont pas des plus honnêtes.

    FAZ: Dans le Caucase du Nord, il n'y a pas que la Tchétchénie. La situation est également instable dans les républiques voisines. Comment maîtriserez-vous la situation?

    Sergueï Ivanov: En Tchétchénie, il y a encore beaucoup de problèmes. Mais ces problèmes sont plutôt de nature économique et sociale, ils sont moins liés au terrorisme. Les bandits qui s'y trouvent encore sont pourchassés et éliminés. Dans les autres régions du Caucase du Nord, par exemple au Daghestan, la situation est loin d'être calme. Cette république nous préoccupe plus que la Tchétchénie. À côté des problèmes économiques et sociaux, on y voit pousser des graines semées après l'éclatement de l'Union soviétique, quand on envoyait des jeunes au Pakistan, en Arabie saoudite et dans d'autres pays où l'islam est enseigné autrement, y compris avec des slogans extrémistes. En outre, nous ne disposons pas de mécanisme permettant de régler les problèmes économiques et sociaux dans le Caucase du Nord. La corruption y est plus présente que dans autres régions russes, et les fonds budgétaires sont dilapidés. Là-bas, les progrès ne seront pas immédiats.

    FAZ: La semaine dernière, le leader de l'opposition biélorusse, Alexandre Milinkevitch, a été reçu par les dirigeants de l'Union européenne et la chancelière Angela Merkel. La Russie est la seule à soutenir le dernier dictateur de l'Europe. Pourquoi?

    Sergueï Ivanov: La Biélorussie est un État souverain, et nous ne nous immisçons pas dans ses affaires. Nous ne participons pas aux fraudes électorales, nous ne soutenons pas les organisations non gouvernementales en leur versant de l'argent, comme c'était le cas de la Grande-Bretagne chez nous. C'est ce qui nous différencie de nos respectables partenaires occidentaux. C'est au peuple biélorusse qu'il appartient de décider qui sera président à Minsk.

    FAZ: Mais Loukachenko finira par obtenir ce qu'il veut. La Biélorussie est une dictature.

    Sergueï Ivanov: Non, ce n'est pas une dictature. C'est un État souverain. Et il doit vivre comme le souhaite son peuple, et non comme le souhaite l'Allemagne, la Russie et encore les États-Unis. La Biélorussie enregistre des progrès dans la lutte contre la criminalité, la drogue ne transite pas par ce pays, la corruption y est moins présente, et le niveau de vie est plus élevé que dans nombre de pays voisins qui se disent démocratiques. C'est ce qu'il y a de lus important pour les gens. En principe, les Biélorusses et les Russes sont un seul et même peuple. Et nous sommes en train de mettre en place un État commun, cela ne se passe pas très vite, mais l'objectif est toujours là.

    FAZ: Après la période de la grande amitié entre Gerhard Schröder et Vladimir Poutine, les deux pays ont changé de ton, on entend même des critiques.

    Sergueï Ivanov: Les critiques constructives sont toujours les bienvenues. Ce n'est pas le ton mais le contenu qui importe. Après la visite de Mme Merkel en Russie, il est clair que rien n'a changé dans le contenu de nos relations marquées par un partenariat approfondi dans tous les domaines. Qui que soit le dirigeant, il cherchera toujours à promouvoir ces relations car celles-ci sont profitables à l'Allemagne elle aussi.

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