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    Les Russes et les Espagnols en tant qu'Européens adéquats

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    Par Dmitri Kossyrev, commentateur politique de RIA Novosti. Le succès patent de la visite de Vladimir Poutine en Espagne incite à penser que quelque chose se produit dans les relations de la Russie avec les Européens.

    C'est que Vladimir Poutine a établi des rapports de confiance pas uniquement avec les leaders espagnols, dont le roi et le premier ministre. Parmi les autres proches amis de Moscou en Europe on peut citer, entre autres, des pays aussi différents que l'Italie et les Pays-Bas. Sans déjà parler des rapports particuliers avec la France et, surtout, avec l'Allemagne (les relations avec cette dernière n'ont pas changé malgré le changement récent des chanceliers).

    Dans le même temps, les sources informées à Moscou disent que dans la quasi totalité des structures européennes, en premier lieu au siège de l'Union européenne à Bruxelles, on ignore comment se comporter avec la Russie et, chose essentielle, on rechigne à entreprendre quoi que ce soit. On se demande vraiment comment un tout peut se différencier aussi fortement de ses éléments essentiels.

    Le problème, c'est que l'"Européen commun" s'est engagé dans une impasse en décidant, dans un premier temps, que la Russie intégrerait l'Europe sur la base des valeurs et des standards européens, pour ensuite s'apercevoir que la Russie avait ses propres standards et sa manière à elle d'évaluer les situations et qu'il en serait toujours ainsi. Et que la Russie veut non pas "rallier", mais parler sur un pied d'égalité. Sans pour autant faire part ouvertement de ce qu'elle pense de ce qui se passe en Ukraine ou en Ouzbékistan, par exemple.

    A Madrid (ou la veille de Madrid) Vladimir Poutine s'est prononcé sur des questions européennes palpitantes, à savoir la liberté d'expression, surtout celle de dessiner des caricatures de prophètes de religions étrangères, et il l'a fait sans ambiguïté aucune. Il a dit qu'il fallait cent fois réfléchir avant de faire des choses de ce genre. A Madrid il a aussi exposé ce qu'il pensait de l'idée espagnole de l'"alliance des civilisations", une réponse de Madrid à un lointain appel de l'ancien président iranien au "dialogue des civilisations". Dans la capitale espagnole il a déclaré qu'il voudrait bien inviter à Moscou le mouvement Hamas, récent vainqueur des élections en Palestine et que les Etats-Unis et l'Union européenne qualifient de terroriste. Dans l'histoire des caricatures, dans la situation qui se dégrade autour du supposé programme nucléaire de l'Iran et aussi en ce qui concerne la situation en Palestine, la position de Moscou s'est avérée des plus neutres. Ce qui n'est pas du tout le cas de celle de Europe. Madrid lui aussi recherche la voie de la neutralité. On peut même comparer l'impasse idéologique dans laquelle l'Europe s'est engagée dans ses rapports avec la Russie, et l'impasse dans laquelle les Européens, l'Occident en général, ont engagé leurs relations avec le monde musulman. Dans les deux cas on distingue parmi les raisons la propension de l'"Occidental commun" à se considérer comme l'étalon des valeurs civilisées et le refus bien compréhensible de tous les autres d'accepter cette chose. Seulement deux impasses c'est beaucoup trop pour l'UE. Et en tentant de surmonter cette situation au cours des pourparlers avec Vladimir Poutine, les dirigeants espagnols ont rendu un bon service à tout le monde, y compris à eux-mêmes.

    On peut dire qu'au cours de la visite du président russe à Madrid les deux pays situés aux antipodes de l'Europe se sont employés à établir un calendrier d'actions conjointes qui leur seraient bénéfiques à eux et à l'ensemble des Européens.

    Rappelons que le protocole - et le sens - des visites d'Etat suppose des entretiens portant sur les relations bilatérales et aussi sur la coopération à long terme des deux peuples.

    Aussi dans l'allocution qu'il a prononcée lors de la cérémonie d'accueil de Vladimir Poutine, le roi d'Espagne Juan Carlos a déclaré que son pays était convaincu qu'il était primordial de soutenir les rapports stratégiques futurs de la Russie et de l'UE; qu'en qualité d'acteur important sur la scène internationale et de présidente cette année au sein du G8 la Russie pourrait faire un apport décisif dans la recherche des solutions aux problèmes mondiaux clés.

    Derrière ces paroles on devine les tentatives de Moscou et de Madrid de s'entraider. L'Espagne a besoin d'un concours pour intégrer le G8. En ce qui concerne la Russie, il lui faut une assistance pour établir des rapports normaux avec l'UE et avec l'Europe en tant que civilisation.

    Enfin, les deux parties sont résolues à briser le cadre figé des rapports commerciaux existants (selon le schéma hydrocarbures en échange de vin et d'olives) et à engager la discussion sur des projets d'investissements, sur la coopération spatiale et d'autres thèmes nouveaux.

    Il faudra bien évidemment revenir à maintes reprises sur les questions techniques de la coopération future. Au terme de cette visite d'Etat, on est enclin à se poser la question: pourquoi précisément la Russie et l'Espagne, territorialement séparées par le reste de l'Europe, établissent-elles d'aussi bons contacts? Ne serait-ce pas parce que ces deux Européens évidents ont des rapports particuliers avec une bonne partie du monde non-européen? L'Amérique latine pour l'Espagne, l'Asie centrale et autre pour la Russie. Dans les deux cas l'expérience de ces relations est assez complexe, néanmoins elle pourrait parfaitement servir de potentiel aux deux pays dans la recherche des voies conduisant à l'"alliance des civilisations".

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