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    La critique du sénateur McCain est jugée peu convaincante à Moscou

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    MOSCOU, 10 février (par Youri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti). Le sénateur républicain américain John McCain a invité les pays d'Occident à boycotter le sommet du G8 prévu pour juillet prochain à Saint-Pétersbourg.

    La raison en est la politique du président russe Vladimir Poutine qui, selon John McCain, a "stoppé les réformes" et "ne partage pas les valeurs démocratiques".

    La Russie ne doit pas interpréter les paroles de M. McCain comme une bizzarrerie d'homme âgé. La déclaration du conseiller du président Igor Chouvalov, sherpa russe dans le G8, témoigne que les efforts déployés par John McCain et ses partisans spécialisés dans les "études russes" posent pas mal de problèmes au Kremlin. Il a déclaré début février au cours d'une rencontre avec les députés de la Douma (chambre basse du parlement russe) que les opérations visant à discréditer la Russie s'intensifieraient au cours des prochains mois et a demandé aux parlementaires russes de profiter de leurs contacts dans le monde et de leurs possibilités de faire des déclarations pour montrer aux pays d'Occident l'état de choses réel dans le pays.

    Au cours de sa récente conférence de presse, le président Vladimir Poutine a dit que les critiques malveillants d'aujourd'hui continuent de raisonner avec les catégories du siècle passé. L'Union Soviétique n'existe plus, mais les "soviétologues" continuent de critiquer la Russie pour ce dont elle s'est débarrassée avec un grand plaisir : l'autoritarisme, l'absence de démocratie, l'isolement. L'aspiration de la Russie à faire partie du G8 est la meilleure preuve de son dynamisme intérieur, de son refus de s'opposer à l'Occident, de l'abandon de la politique des blocs et de l'esprit de la "guerre froide".

    En exhortant à exclure la Russie du G8, John McCain essaie de la replonger (et, peut-être, le monde entier) dans l'époque des blocs.

    Il est vrai, le sénateur américain n'affirme pas en clair, à l'instar de Zbigniew Brzezinski, conseiller du président James Carter dans les années 70 du siècle dernier, que la Russie est mauvaise et autoritaire et que, pour cette raison, il faut la diviser en trois, sept, même en cinquante Etats indépendants. Non, John McCain jure qu'il est un ami de la Russie et qu'il lui veut du bien. Cependant, il accueille négativement tout rétablissement en Russie des positions de l'Etat, rétablissement si nécessaire après le chaos des années 90, et y voit une offensive contre les droits des médias, les droits des députés, même contre ceux des gouverneurs, comme si, dans une société démocratique, ces fonctionnaires devaient être en état de guerre contre l'Etat.

    En réalité, John McCain critique la Russie pour la défense de ses intérêts économiques extérieurs, pour l'application de sa politique étrangère indépendante en Asie centrale, dans la région de la Caspienne, en Europe de l'Est, autrement dit, pour l'essentiel, dans sa sphère d'influence naturelle en tant que pays grand et fort.

    Le passage de la Russie aux rapports de marché dans les ventes de gaz aux républiques de la CEI (Communauté des Etats Indépendants) est qualifié par McCain de "tentative de faire pression sur les nouvelles démocraties" - l'Ukraine et la Géorgie - sans remarquer que la Russie est passée aux mêmes rapports avec la Moldavie et l'Arménie, pays ami, à l'exception de la Biélorussie "autoritaire", car la Russie est propriétaire du système de transport biélorusse du gaz.

    Le sénateur n'apprécie pas le règlement politique de la situation en Tchétchénie auquel est parvenu Moscou au bout d'une dizaine d'années de guerre en s'appuyant sur la majorité pro-russe de la société tchétchène, en isolant et en supprimant la clandestinité terroriste, en renonçant à tout contact politique avec les terroristes.

    Enfin, John McCain est très irrité, car une société civile normale, orientée vers les intérêts vitaux nationaux commence à se former enfin en Russie et l'Etat a l'intention de l'aider au maximum en allant jusqu'à la financer et à l'aider à entretenir des contacts avec les ONG étrangères, y compris celles des pays du G8. Dans ces pays, beaucoup d'ONG voudraient établir des contacts amicaux fructueux avec la Russie. En ce sens, les émotions du coauteur de l'"Acte sur la promotion de la démocratie" sont compréhensibles: si, jadis, il pouvait se considérer comme "parrain" de la société civile et démiurge des "révolutions de couleur" dans tout l'espace de la CEI (ou, au moins, comme leur sponsor), à présent, il devra modérer ses ambitions.

    La société civile en Russie est légalisée. La Chambre civile instituée l'année dernière en Russie est en quelque sorte la partie visible de l'iceberg des initiatives civiles, un organisme foncièrement public qui exerce son contrôle sur les structures de l'Etat. Elle contrôle même la partie la plus secrète de l'Etat: les services secrets.

    Intervenant récemment devant les responsables du Service fédéral de sécurité (FSB), le président russe a invité les services secrets à être plus ouverts sur la société, ce qui serait utile à la Russie, car, en s'ouvrant sur la société, non seulement les services secrets, mais aussi l'Etat tout entier absorberaient sa force. A propos, l'homologue américain de Vladimir Poutine, Bush-junior, est en train d'atteindre un objectif similaire: le "Patriot act" récemment prorogé par le congrès à sa demande risque ne pas apporter les résultats escomptés dans la lutte contre le terrorisme sur le territoire des Etats-Unis, s'il ne bénéficie pas du soutien sincère de la majorité des simples Américains.

    Bien que le discrédit au plus haut niveau international soit désagréable pour n'importe quel pays, il est évident qu'il ne gênera pas la Russie. Le sommet du G8 à Saint-Pétersbourg se tiendra et tous ses membres y participeront. Mais l'essentiel n'est même pas cette réunion, en partie, formelle. Il y a plus important: ces six à huit dernières années, les plus grands hommes politiques de la planète ont adopté un consensus foncièrement nouveau sur la place de la Russie dans le monde.

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