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    Moscou n'entend pas renoncer au dialogue avec les leaders du HAMAS

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    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti. L'intention déclarée du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, d'inviter à Moscou les dirigeants du Mouvement de la Résistance Islamique (HAMAS) qui venait de remporter les législatives palestiniennes a fait dans l'arène internationale l'effet d'une bombe.

    La Russie a été la première du "quartette" de médiateurs internationaux pour le règlement au Proche-Orient (les autres membres du "quartette" étant les Etats-Unis, l'Union européenne et l'Organisation des Nations Unies) à se déclarer ouvertement prête au dialogue avec le HAMAS. Il s'agit qui plus est d'un dialogue au plus haut niveau.

    De prime abord, la situation paraît plutôt équivoque. Nul n'ignore en effet que le HAMAS est reconnu comme une organisation terroriste en Israël, aux Etats-Unis et en Union européenne (UE), alors même que la Russie est leur partenaire dans la lutte contre le terrorisme. Aussi, les paroles du président russe ont-elles été interprétées par beaucoup dans le monde arabe comme un défi ouvert lancé aux Etats-Unis et un coup porté à la politique d'Israël. Pourtant, il n'en est rien en réalité. Moscou ne se propose en aucun cas de renoncer à ses relations de partenariat avec tous ces pays, loin de là!

    Mais comment faut-il donc interpréter les propos tenus par Vladimir Poutine?

    Il y a deux raisons qui poussent la Russie à des négociations avec le HAMAS. Tout d'abord, il y a le désir de Moscou, tout à fait naturel, de montrer à tous qu'il est toujours une force très influente au Proche-Orient, force qui tient cependant compte des intérêts des deux parties dans le conflit palestino-israélien.

    Ensuite, il y a le rapprochement manifeste que la Russie est en train d'effectuer depuis ces derniers temps avec le monde islamique. Moscou n'a guère intérêt à un "conflit de civilisations", tout en comprenant que cela pourrait avant tout torpiller la stabilité à l'intérieur même des frontières russes. Aussi, la Russie essaie-t-elle de se charger du rôle d'intermédiaire entre Est et Ouest, et les contacts avec le HAMAS en font partie.

    Il faut noter qu'à part la Russie, pas un seul pays-membre du "Quartette" ne peut dialoguer avec le HAMAS sans entrer en contradiction flagrante avec ses déclarations faites autrefois devant la communauté internationale et ses propres citoyens. Quant à Moscou, il n'a jamais caché qu'il ne considérait pas le HAMAS comme une organisation terroriste. En vertu de la législation russe, ne sont considérées comme organisations terroristes que celles qui opèrent sur le territoire de la Fédération de Russie.

    Suite à sa dernière grande conférence de presse au Kremlin fin janvier, Vladimir Poutine a déclaré ne pas estimer bon de plonger le HAMAS dans l'isolement dans la mesure où il était arrivé au pouvoir à l'issue d'élections démocratiques légitimes.

    Enfin, comme RIA Novosti en a été informée de sources diplomatiques à Moscou, "bien des diplomates occidentaux, y compris américains, entretiennent des contacts avec le HAMAS sans l'afficher pour autant. Quant à la Russie, elle est en train tout simplement de mener un jeu honnête".

    Il faut noter également que l'Organisation des Nations Unies n'interdit pas les contacts avec le Mouvement de la Résistance Islamique. Qui plus est, de tels contacts sont tout bonnement inévitables si, évidemment, les médiateurs internationaux ne veulent pas enterrer définitivement le règlement pacifique au Proche-Orient. Force est de constater que ce mouvement est à ce jour l'unique force réelle dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne. Le HAMAS n'acceptera jamais des ententes sur le Proche-Orient qui soient enregistrées sans sa participation. Le langage des ultimatums serait contreproductif. Ainsi, le dialogue est indispensable, et les médiateurs internationaux ne peuvent pas, eux non plus, l'ignorer.

    Ce n'est sans doute pas par hasard que le jour même où Vladimir Poutine a exprimé publiquement ses intentions, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a fait remarquer qu'avant de nier définitivement la capacité du HAMAS à être un partenaire dans le processus de paix, il fallait donner à ce mouvement le temps de changer de politique.

    Par ailleurs, Washington n'a pas non plus eu de réaction négative à la déclaration de Vladimir Poutine. Les Américains ont dit seulement attendre des éclaircissements sur les intentions de la Russie, tout en espérant que ses contacts avec le HAMAS s'effectueront dans le cadre des ententes entre les membres du "Quartette".

    Mais c'est justement ainsi que Moscou se propose d'agir.

    "Nous n'avons qu'un seul objectif - adresser à la direction du HAMAS un signal clair et explicite de la communauté internationale sur la nécessité de décisions responsables qui répondent aux intérêts vitaux de l'ensemble du peuple palestinien et contribuent à la création d'un Etat palestinien indépendant et viable qui coexiste en paix et en sécurité avec Israël", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères (MID). Autrement dit, au cours de sa future rencontre avec les leaders du HAMAS, le président Poutine leur fera part des attentes du "Quartette" vis-à-vis de leur organisation, et plus précisément l'abandon de la terreur, la reconnaissance de l'Etat d'Israël et le respect de toutes les ententes enregistrées auparavant entre Palestiniens et Israéliens, y compris de la "feuille de route" du processus de paix.

    Quoi qu'il en soit, les diplomates russes comprennent qu'il serait pour le moins naïf de s'attendre dans l'immédiat à ce que le HAMAS change de politique à 180 degrés. Il faut pour cela des raisons de poids, y compris un changement d'attitude du HAMAS par rapport à Israël, soit la reconnaissance de l'Etat d'Israël. Néanmoins, cela paraît impossible à l'étape actuelle.

    C'est pourquoi il ne faut sans doute pas s'attendre à des déclarations importantes lors des futures négociations à Moscou. Ce serait, si elle a lieu, une rencontre pour nouer un dialogue afin que la situation au Proche-Orient ne dégrade pas complètement. Car n'importe quelle aggravation de la situation au Proche-Orient peut en empêcher la tenue.

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