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    La Russie a fait un pas vers le leadership énergétique global

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    Par Igor Tomberg, chercheur à l'Institut d'économie relevant de l'Académie des sciences de Russie, pour RIA Novosti

    En révélant à la presse les résultats de la rencontre des ministres des Finance du G8, le grand argentier russe, Alexeï Koudrine, a déclaré que contrairement à l'adage culinaire selon lequel "la première crêpe est toujours ratée", la rencontre s'est soldée par de bons résultats. La Russie a fait une percée qualitative vers l'appartenance de plein droit au groupe des leaders mondiaux. D'autre part, en utilisant sa situation de président au sein du G8, Moscou a bien fait sentir sa présence dans tous les domaines débattus du dialogue.

    Il était évident que lors de la rencontre qu'ils avaient eue la veille du rendez-vous de Moscou, les ministres des Finances des sept puissances occidentales avaient décidé de rehausser le statut de la Russie au G8. Une chose qui s'explique dans une grande mesure par la conjoncture politique et économique prévalant. La Russie est fortement impliquée dans les impulsions politiques de la dernière période, tout particulièrement dans la situation autour de l'Iran et au Proche-Orient après les élections en Palestine. Le conflit autour du programme nucléaire de l'Iran a eu pour résultat essentiel de susciter une forte préoccupation sur le marché mondial du pétrole, ce qui a fait grimper le prix du baril jusqu'à 65 dollars, soit un peu plus bas que le chiffre record de l'année dernière. Cette nouvelle poussée des prix pétroliers associée aux inquiétudes des Européens face à une perturbation des livraisons de gaz russe ont conféré davantage d'actualité aux initiatives énergétiques russes.

    Au cours de la rencontre des ministres des Finances du G8 le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré qu'il était extrêmement important "d'accroître le rendement énergétique et d'économiser l'énergie, de développer les sources d'énergies alternatives et de lutter contre la "pauvreté énergétique" du monde émergeant".

    "Nous attribuons un rôle substantiel à la formation d'un climat d'investissement favorable et aussi de règles stables et transparentes dans le secteur énergétique global", a relevé le président russe. En Russie nous travaillons déjà sur de telles règles et sommes disposés à les soumettre à nos partenaires pour examen". Ce qui en quelque sorte est une revendication au leadership énergétique mondial car les règles, ce ne sont pas les outsiders qui les proposent.

    Le développement d'un "dialogue constructif entre les principaux producteurs et consommateurs des ressources énergétiques" est un autre axe majeur. De l'avis de Moscou, ce dialogue "doit contribuer à l'élaboration de mesures concertées, collectives, visant à stabiliser le marché dans les situations de crise. La réunion de Moscou a développé l'idée émise l'année dernière concernant la création d'un fonds antichoc, nécessaire pour aider les Etats dont l'économie a souffert consécutivement à la hausse des prix des hydrocarbures et à des cataclysmes destructeurs, réclamant une intervention rapide. La Russie a annoncé qu'elle était disposée à y verser 43 millions de dollars.

    La sécurité énergétique sera l'un des principaux thèmes examinés au prochain sommet du G8 qui se tiendra cet été à Saint-Pétersbourg. Cependant, dès sa phase préparatoire la Russie a avancé plusieurs initiatives en la matière et elles ont été exposées au cours de la réunion des ministres des Finances.

    Alexeï Koudrine a annoncé notamment que la Russie avait proposé que les données concernant les réserves stratégiques s'étendent aussi bien au pétrole qu'au gaz. Cette proposition a été appuyée. Il a également annoncé que la réunion s'était penchée sur la formation du marché gazier global. Le ministre russe a fait remarquer que des efforts conjoints permettraient d'étendre les potentialités de ce marché, de le rendre global.

    D'après les commentaires suscités, les partenaires occidentaux se félicitent de ces initiatives. En tout cas, lors de la conférence de presse donnée à l'issue du G8 Finances le ministre français des Finances, Thierry Breton, est revenu sur ce thème: "La Russie a indiqué tout particulièrement qu'elle entendait assurer la création d'un marché mondial du gaz, tout comme il existe un marché mondial du pétrole", a dit le ministre. Selon celui-ci de nouveaux itinéraires d'acheminement du gaz sont à l'étude, la construction de gazoducs est envisagée en Europe et aussi via l'Asie. "A cet égard nous avons l'intention d'apporter un certain financement par le truchement de la Banque européenne d'investissement", a annoncé le ministre français.

    On ne saurait ne pas prêter attention à la décision de la Russie de rendre publiques les données concernant les réserves d'hydrocarbures. Ici ce qui importe c'est moins la révélation même que le calcul. Aujourd'hui les réserves figurent dans le prix. La capitalisation des groupes pétrogaziers disposant de ces réserves augmente en flèche. Le moment a bien été choisi pour révéler les données stratégiques. On peut supposer que les chiffres ayant trait aux réserves d'hydrocarbures seront suffisamment convaincants pour provoquer une hausse adéquate de la capitalisation de la Russie à l'échelle globale.

    Il faut aussi relever les initiatives de Moscou en matière de dette. La décision de réduire de 688 millions de dollars la dette des pays africains a suscité l'enthousiasme du président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz. Naturellement, après cela il s'est prononcé en faveur d'un soutien à la stratégie de la Russie visant le passage aux prix (rehaussés) du gaz avec les voisins. Ce relèvement des prix est perçu avec compréhension en Occident qui lui-même paye le gaz russe bien plus cher que les anciennes républiques soviétiques. Ce qui est important, c'est que lors de la rencontre la partie russe a réussi à expliquer la situation autour des vols de gaz en Ukraine et ainsi à dissiper les craintes quant à une déstabilisation des livraisons de produits énergétiques en Europe.

    Moscou a manifestement réussi à rétablir son image de fournisseur sûr d'hydrocarbures et aussi à consolider celle de débiteur de qualité irréprochable. En effet, le président russe a indiqué que la Russie entendait verser 11,9 milliards de dollars au Club de Paris à titre de nouveau remboursement anticipé.

    La ligne de comportement adoptée par la partie russe se différencie sensiblement de celle que le pays observait encore il y a quelques années. C'est là une façon de revendiquer le leadership énergétique global et la création d'un marché mondial du gaz "à sa mesure". La réserve accumulée de pétrodollars permet au pays de passer sur une position de donneur dans les finances internationales. La reconnaissance par les ministres des Finances du G8 du développement heureux et stable de l'économie russe a été un moment fort de la rencontre. Et les arguments de ce genre ont certainement davantage de poids que les notes d'investissement délivrées par les agences de notation internationales.

    La Russie s'est chargée des attributions de leader du "club des plus forts" et le droit d'organiser le sommet du G8 lui appartient. Beaucoup de choses dépendront de la manière avec laquelle elle mènera ces tâches à bien. Notamment sa réputation sur la scène internationale. Sur ce plan la répétition avec les ministres des Finances est de bon augure.

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