Ecoutez Radio Sputnik
    Opinion

    Scission au sein du mouvement séparatiste tchétchène

    Opinion
    URL courte
    0 1 0 0

    Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti.

    Un sérieux conflit interne a ébranlé la haute hiérarchie des groupements terroristes tchétchènes et leurs émissaires étrangers. Le leader séparatiste Abdoul-Khakim Sadoulaïev qui avait succédé à Aslan Maskhadov, premier président de la "république (séparatiste) d'Itchkérie", tué il y a un an, a récemment réalisé un remaniement radical de son "gouvernement".

    Les changements intervenus sont d'autant plus curieux qu'ils méritent beaucoup d'attention. D'abord, présentons nos condoléances à Akhmed Zakaïev, qui a perdu son statut de "vice-premier ministre". Exilé depuis quelques années à Londres, cet ancien émissaire de Maskhadov ne savait sans doute pas que ses confrères du djihad contre la Russie lui préparaient un pareil coup de couteau dans le dos. Il se croyait brillant interprète des intérêts des séparatistes tchétchènes en Europe. En effet, il a remporté pas mal de succès: par exemple, il a su gagner le cœur des juges britanniques qui ont refusé de le livrer à la justice russe et a obtenu un soutien financier de la part du magnat en exil Boris Berezovski.

    Zakaïev a cependant essuyé des reproches accablants. Ainsi, l'émissaire londonien des séparatistes tchétchènes n'a pas été en mesure de nouer des relations de travail avec les organes de l'Union européenne, ni même d'organiser en Occident une campagne médiatique efficace contre la Russie. Aucun responsable sérieux de l'Union européenne et de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe n'a manifesté d'intérêt pour ses divagations affirmant que Moscou serait impliqué dans les attentats commis en juillet 2005 à Londres ou que l'armée russe aurait fait usage d'armes chimiques en janvier 2005 en Tchétchénie. A Bruxelles, la "résistance tchétchène" est de plus en plus assimilée au terrorisme international. Résultat: les dirigeants de l'Union européenne, déçus, renoncent à leur vieille idée de négociation avec les séparatistes - d'autant plus qu'il n'y a personne avec qui l'on pourrait négocier -, et mise désormais sur la reconstruction économique et sociale de la Tchétchénie dirigée par une administration loyale vis-à-vis de Moscou.

    Lors d'une visite en Allemagne effectuée l'année passée, le président Vladimir Poutine a laissé clairement entendre qu'il était "prêt à dialoguer ouvertement avec les partenaires européens et à coopérer dans la reconstruction de la Tchétchénie". L'Union européenne a répondu à l'appel en accordant 29 millions de dollars supplémentaires en plus des 148 millions de dollars dépensés à des fins humanitaires depuis 1999, soit depuis le début de la deuxième guerre tchétchène.

    La conjugaison des efforts de Bruxelles et de Moscou dans la reconstruction tchétchène apparaît comme un cauchemar aux yeux du tandem Sadoulaïev-Bassaïev, et les émissaires séparatistes haut placés qui ont laissé passer cela devaient tôt ou tard être punis, ce qui fut le cas.

    A part Akhmed Zakaïev, quatre autres "ministres" séparatistes ont perdu leurs portefeuilles. Par son décret, Sadoulaïev a imposé encore deux inconvénients à son entourage: premièrement, tous les "ministres" devront rentrer en Tchétchénie, et deuxièmement, il désignera personnellement tous les émissaires séparatistes à l'étranger...

    Un fragment curieux saute aux yeux dans le texte du décret. Le leader de la "république d'Itchkérie" reconnaît que ses décisions résultaient largement du "débat public entre certains ministres du gouvernement tchétchène sur des dossiers de principe relevant de l'organisation de l'Etat".

    Un lecteur régulier des sites séparatistes devine facilement qu'il s'agit de l'article sensationnel de Movladi Oudougov, intitulé "Réflexions d'un moudjahidin", où ce chef de la propagande séparatiste émet plusieurs idées radicales. Oudougov appelle notamment ses confrères extrémistes à renoncer aux institutions imposées par une civilisation occidentale dépravée et à abandonner la lutte pour la reconnaissance par la communauté internationale. Pourquoi parler d'une communauté internationale si la diversité religieuse n'existe pas et qu'il n'y a que deux religions - l'islam et le paganisme, affirmait l'auteur de l'article.

    Akhmed Zakaïev s'est opposé aux thèses énoncées par Oudougov. En rejetant les normes du droit international, explique-t-il, les groupements armés tchétchènes risquaient de se retrouver, aux yeux de beaucoup de gens, "parmi les bandits, les cambrioleurs et les meurtriers ordinaires". Les séparatistes s'isoleraient alors, et il ne leur resterait qu'à déclarer "une guerre d'extermination" au reste du monde, augure tristement le réfugié politique londonien.

    Et il voyait juste. Son limogeage ne saurait donc être interprété autrement que comme le triomphe du radicalisme de Movladi Oudougov dans les milieux dirigeants du mouvement séparatiste.

    Lire aussi:

    Les «patrouilleurs de la charia» tchétchènes terrorisent l’Europe
    Les journalistes tchétchènes adressent une lettre au Haut-commissaire de l’Onu
    Bienvenue en Tchétchénie: Merkel et Macron invités à évaluer la situation des homosexuels
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik