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    La France résiste au capitalisme

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    Par Alexeï Eremenko (GlobalRus.ru)

    Les protestations des étudiants en France ne connaissent pas l'ampleur de celles de mai 1968, mais l'inquiétude commence à s'installer. Ces manifestations ont déjà rassemblé 1,3 million de personnes, selon les organisateurs, alors que les estimations policières sont régulièrement plafonnées à 500.000 manifestants. La moyenne arithmétique s'annonce donc impressionnante.

    La vision des événements relatée par les chaînes de télévision russes est simple et digestible, comme doit l'être le reportage d'une chaîne nationale. Rongée de l'intérieur, la France (qui, comme d'habitude, symbolise toute l'Europe) apparaît de nouveau submergée par un flot de problèmes sociaux. Mais il est caractéristique, cependant, que derrière la méchanceté générale des informations relayées, il manque une position claire sur ce qui se passe, on ne sait pas s'il s'agit d'agissements capitalistes ou d'excès socialistes.

    En effet, il est assez difficile de comprendre ce qui se passe, car les parties prenantes sont nombreuses dans ce conflit qui se déroule dans un contexte complexe. D'une part, le gouvernement Villepin veut combattre le taux de chômage de 25% qui règne parmi les jeunes; d'autre part, la masse des contestataires est très bariolée. Les principaux contestataires que sont les étudiants s'estiment lésés dans leurs droits. Les modérés mutent progressivement en radicaux, mais parmi ces derniers on ne trouve pratiquement pas d'étudiants. A part quelques têtes écervelées de la Sorbonne, les bagarres avec la police sont généralement suscitées par ceux qui ne font pas d'études universitaires. De plus en plus de témoins confirment que les affrontements sont provoqués par des jeunes d'origine maghrébine issus de la banlieue, ceux-là même qui ont mis à feu leurs quartiers et qui rejoignent activement les marches de protestation estudiantines. L'esprit constructif manque toujours, mais les protestataires semblent avoir pris goût à lancer des cocktails Molotov et à insulter les forces de l'ordre. Enfin, le reste du peuple français, politiquement très actif depuis des siècles, penche aussi du côté des étudiants et des lycéens.

    La grande erreur de Villepin est qu'il s'est attaqué aux jeunes en les exposant à une discrimination puissante. Une erreur grossière, car la société occidentale réagit très vivement à toute discrimination, d'autant plus qu'il s'agit là de la catégorie sociale la plus sensible. La rhétorique des chaînes de télévision officielles, Pervy Kanal et Rossia, est donc tout à fait déplacée, mais la tendance du développement économique en France est négative, et le chiffre de 25% de chômeurs, même parmi les jeunes, parle de lui-même. L'Etat social que les Européens ont bâti au moment du triomphe de leur capitalisme s'est mis à s'écrouler, quand ce capitalisme s'est retrouvé face à des problèmes sérieux. Mais si le gouvernement est suffisamment mûr pour virer à droite, à l'instar du cabinet Thatcher, l'opinion publique refuse obstinément d'abandonner ses privilèges. On verra bien qui cédera le premier, la société ou l'économie, mais quelle que soit l'issue de cette confrontation, on peut dire qu'il ne s'agit que d'une bataille qui sera suivie de nombreuses autres.

    En effet, la Russie ferait mieux de balayer devant sa porte. Notre gouvernement devrait apprendre auprès des Français la détermination avec laquelle ils mènent des réformes impopulaires. La société devrait aussi apprendre comment les gens savent défendre leurs droits, et il ne s'agit pas là du vandalisme de certains radicaux, mais d'un mouvement massif uni et intelligent dans le cadre de la loi. La leçon ne saurait être sous-estimée non plus pour les syndicats. Même les radicaux et les forces de l'ordre ont des choses à apprendre, les premiers à défendre les intérêts publics réels et les seconds à gérer les protestations de masse sans tomber dans l'arbitraire.

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