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    Les ONG doivent observer les règles de l'hospitalité

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    Par Youri Filippov, RIA Novosti

    Les amendements à la législation sur les organisations non gouvernementales (ONG) viennent d'entrer en vigueur en Russie. Le ministère de la Justice devra contrôler le respect des lois russes, y compris des nouveaux amendements, par les ONG agissant dans le pays (selon les experts, il y en a quelque 600.000). Les experts n'excluent pas que les résultats des vérifications entraînent la liquidation juridique de centaines de milliers d'organisations qui se considèrent formellement comme des ONG. Dans leur majorité écrasante, elles ont été fondées à l'époque où la législation russe libérale permettait aux organisations à but non lucratif d'avoir des activités commerciales tout en étant exonérées d'impôts. Nombre d'entre elles avaient profité de cette faille dans la législation pour mener des affaires dans l'ombre. Ces organisations n'effectuent aucun travail d'utilité publique même pour la montre. Il est peu probable que leur fermeture suscite un écho, elles n'ont pas fait l'objet des vifs débats qui ont eu lieu pendant l'élaboration de la nouvelle loi.

    Lors de son examen à la Douma (chambre basse du parlement russe), le projet de loi a suscité une âpre polémique aussi bien en Russie qu'à l'étranger. Certaines organisations internationales ont vu dans les futurs amendements une menace pour leur activité en Russie. Effectivement, à présent, les filiales des ONG étrangères peuvent se heurter à un refus d'enregistrement pour raisons politiques: si leur activité crée une menace "pour la souveraineté, l'indépendance politique, l'intégrité territoriale, l'unité nationale, l'originalité et les intérêts nationaux de la Russie".

    Après la publication en Russie du "code de déontologie" des organisations non gouvernementales (sorte d'aide-mémoire à l'usage des invités), des dizaines, voire des centaines d'ONG se sont retrouvées dans une situation embarrassante, bien qu'elles puissent prétendre au respect dans des pays moins pointilleux. Par exemple, l'UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l'enfance) a récemment été critiqué par l'Assemblée municipale de Moscou. Dans leur message au président Vladimir Poutine, les députés moscovites affirment que le programme "Ressources de santé" mis en oeuvre à Ekaterinbourg par ce fonds conjointement avec le centre municipal Holis ne saurait être qualifié autrement que de "narcotisation et de dépravation des mineurs sous prétexte de lutte contre le SIDA, de propagande de la prostitution enfantine et de la pédophilie". Cette appréciation peu flatteuse émane du Centre de psychiatrie légale Serbski, de l'Académie de la fonction publique et du Centre scientifique national de toxicologie du ministère de la Santé, organisations bien plus prestigieuses en Russie que l'UNICEF. Les parents, dont les enfants ont été associés au programme "Ressources de santé", ont recueilli sept mille signatures exigeant qu'il soit mis fin à la "dépravation des mineurs dans les écoles".

    Malheureusement, certains programmes préventifs internationaux appliqués depuis plus de dix ans en Russie se bornent à faire la publicité massive des préservatifs importés parmi les écoliers et à étendre les marchés d'écoulement de ces produits. D'abord, la Russie a essayé d'accueillir avec compréhension cette activité des ONG étrangères, estimant que les organisations internationales sont incapables de faire du mal. Ensuite, la critique a pris le dessus. Elle a été formulée en 2004 par le président Vladimir Poutine dans son Message à l'Assemblée fédérale (parlement). Soulignant l'existence de milliers d'associations ayant une activité constructive dans le pays, il a fait remarquer qu'elles ne visaient pas toutes, loin s'en faut, la protection des intérêts réels des gens. "Une partie de ces organisations ont pour objectif prioritaire de bénéficier du financement d'influentes fondations étrangères, d'autres se posent comme objectif de servir les intérêts commerciaux douteux de certains groupes, alors que les problèmes brûlants du pays et de ses citoyens sont négligés".

    Les propos ci-dessus concernent le programme de l'UNICEF et du centre Holis mais ne concerne nullement, par exemple, l'activité de la Fondation Goethe, qui fait connaître dans le monde entier la prestigieuse culture allemande. Cela ne se rapporte pas non plus au travail en Russie de centaines d'autres organisations non gouvernementales internationales universellement respectées, par exemple le Forum économique mondial ou le Fonds mondial pour la nature. Le fait est que la Russie n'a pas encore décidé quelles organisations internationales seront les bienvenues sur son sol et quelles organisations seront indésirables. Il n'est pas exclu que ce processus soit douloureux et qu'il s'accompagne de scandales à l'instar de celui qui a éclaté au sujet de l'UNICEF. Bien entendu, les "normes" concernant la culture ou le sexe répandues dans d'autres pays ne sont pas toujours acceptables en Russie qui a une culture nationale originale. Les ONG étrangères devront s'en rendre compte. Tout en se sentant à leur aise en Russie, elles doivent respecter les règles de l'hospitalité.

    Le fait que des services secrets se servent parfois des ONG étrangères comme d'une "couverture" est plus désagréable. Certes, ces cas isolés ne doivent pas donner matière à généralisation. Cependant, lorsqu'il s'est avéré qu'un agent du service de renseignements britannique travaillant à l'ambassade de Grande-Bretagne à Moscou était chargé de financer certaines organisations non gouvernementales russes, les dirigeants de ces ONG ont dû se justifier, ce qui n'a pas manqué de compromettre leur prestige. Mais ce n'est pas un motif d'inquiétude pour la plupart des ONG étrangères. Comme le disait en plaisantant Vladimir Loukine, délégué russe aux droits de l'homme, bien que la guillotine soit un moyen radical contre les pellicules, personne en Russie ne s'apprête à l'utiliser contre les organisations non gouvernementales étrangères.

    "Si l'aide de l'étranger vise effectivement à soutenir la société civile en Russie, sa culture, sa morale et sa conception du droit, aucun gouvernement ne fera obstacle à ce genre d'activité", a-t-il déclaré.

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