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    L'Iran et le syndrome de Pearl Harbor

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    Iran, puissance nucléaire (696)
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    Par Piotr Romanov, RIA Novosti

    La rencontre des négociateurs sur le dossier nucléaire iranien qui s'est tenue à Paris "dans le plus grand secret" - car les journalistes n'ont pu interroger les diplomates ni avant ni après les consultations - a été un échec: aucune des parties n'a bougé d'un pouce de ses positions. Si Washington souhaite que la résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU soit la plus rigoureuse possible, Pékin et Moscou insistent toujours sur les négociations. Les organisateurs de la rencontre cachaient donc ce que savait déjà le monde entier.

    Pour alléger les contraintes qui pèsent sur Pékin et Moscou, l'ambassadeur américain aux Nations unies, John Bolton, les a ouvertement appelés à s'abstenir de voter au Conseil de sécurité. Dans le cas où ce dernier serait paralysé par les divergences qui règnent entre ses membres, a-t-il poursuivi, et ne serait plus en mesure d'influer sur l'Iran, les Etats-Unis et leurs alliés pourront eux-mêmes procéder à des sanctions répressives à l'encontre de Téhéran. La possibilité de sanctions contre l'Iran sans résolution du Conseil de sécurité a également été évoquée par le porte-parole du département d'Etat américain, Sean McCormack.

    Moscou lui-même semble obligé de modifier sa position. Konstantin Kossatchev, président du comité international de la Douma (chambre basse du parlement russe), a ainsi reconnu que l'Iran refusait ostensiblement d'obtempérer devant le Conseil de sécurité et que cela pouvait entraîner des conséquences graves, sans exclure que l'Iran puisse encourir des sanctions.

    Les déclarations des services de renseignement, des militaires et des experts sont encore plus intéressantes. Des responsables des services secrets américains reconnaissent ouvertement qu'ils savent très peu de choses sur l'Iran, mais cela ne veut pas dire que ce dernier peut dormir tranquille. Au contraire, cela montre avec évidence que les Etats-Unis et leurs alliés fidèles ont commencé à y consacrer toutes leurs forces financières, matérielles et intellectuelles. Ce n'est pas par hasard qu'au plus fort de la polémique américano-iranienne les militaires ont annoncé le succès des essais sur la base aérienne d'Eglin, en Floride, de l'hyperpuissante bombe MOAB (Massive Ordnance Air Burst), surnommée "la mère de toutes les bombes" (Mother Of All Bombs). On n'exclut pas non plus l'usage d'armes nucléaires "antibunker". Faut-il s'étonner donc que Moscou insiste avec persévérance sur la voie de négociations? Qui voudrait, en effet, avoir une guerre nucléaire à ses frontières? D'autant plus que la menace d'un scénario nucléaire n'est pas un coup de bluff. Les militaires américains doivent étudier tous les scénarios d'action possibles à l'encontre de l'Iran, et on ne peut pas exclure l'usage de l'arme nucléaire, a ainsi estimé, en direct sur CNN, l'ancien secrétaire d'Etat américain, Henry Kissinger.

    La nouvelle doctrine des frappes préventives n'est pas la seule qui pousse les Etats-Unis à durcir le ton. Cette doctrine, rappelons-le, n'est qu'une manifestation du vieux syndrome de Pearl Harbor auquel s'ajoute une thèse, assez douteuse, selon laquelle si les Etats-Unis s'étaient immiscés plus tôt dans les affaires européennes, on aurait pu arrêter Hitler au tout début de la guerre. Il y a aussi la plaie toujours ouverte de la barbare prise d'otages américains en Iran. Le bon docteur Freud aurait sûrement des choses à dire à ce propos. Enfin, certaines prévisions ne peuvent que troubler l'imagination des Américains. Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, augure une guerre de trente ans en Iran et, en conséquence, la perte du leadership mondial. La conclusion s'impose d'elle-même: il faut soit ne pas faire de guerre, soit frapper de manière impitoyable pour obtenir une victoire rapide. A l'heure actuelle, l'aigle américain est aux aguets comme jamais et picore des graines de blé en les prenant pour des balles de fusil. L'incursion en Irak justifiée par des informations peu fiables n'était, semble-t-il, qu'un début. D'autant plus que la présomption d'innocence ne viendra sûrement pas au secours des Iraniens: en défendant son droit à développer le nucléaire civil, Téhéran a dit tant de choses contradictoires et excessives que le temps joue désormais contre lui.

    En Russie, certains experts indépendants affirment également que la guerre est inévitable. "Je pense que les mesures déjà prises et les préparatifs de propagande que nous observons permettent d'affirmer avec une grande certitude que les frappes aériennes sont une chose décidée", explique Mikhaïl Deliaguine, président du bureau de l'Institut des problèmes de la mondialisation. "Compte tenu des motivations préélectorales, cela devrait arriver à la fin du printemps ou en été", ajoute-t-il. On dit également que les riches Iraniens d'origine azerbaïdjanaise se sont mis à acheter massivement des logements à Erevan, la capitale arménienne, dans l'attente du début des hostilités.

    Dans le même temps, la presse abonde en scénarios de riposte iranienne. L'hebdomadaire britannique Sunday Times prétend, en se référant à ses sources à Téhéran, que l'Iran a préparé une "réponse adéquate": 40.000 kamikazes spécialement formés sont prêts à attaquer 29 cibles américaines, israéliennes et britanniques. Par la bouche de son président, l'Iran brandit la menace d'une riposte asymétrique contre Israël, sans oublier l'idée, réitérée maintes fois, de bloquer le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le trafic pétrolier.

    Bref, Pearl Harbor et le bon docteur Freud promettent encore beaucoup d'ennuis aux Américains.

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