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    Berezovski sous le parapluie britannique

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    Par Vladimir Simonov, RIA Novosti

    Le procureur général de Russie Vladimir Oustinov a démissionné à temps. Aussitôt après sa démission, son institution a essuyé un revers. Cette semaine, la justice britannique a décliné, pour la deuxième fois, la demande du Parquet général d'extrader Boris Berezovski, oligarque russe qui a reçu l'asile politique en Grande-Bretagne sous le nom de Platon Elénine.

    Les Britanniques auraient pu lui délivrer un passeport au nom de Lénine que cela aurait paru plus fondé. L'oligarque en fuite vit dans l'attente d'un nouveau coup de feu du croiseur "Aurore" annonçant la révolution en Russie et le renversement du président Poutine qu'il haït. Boris Berezovski consacre à cette mission tous ses efforts et tous ses capitaux, dont l'origine n'est, soit dit en passant, pas tout à fait irréprochable de l'avis des procureurs russes.

    Boris Berezovski est un révolutionnaire original. Si Lénine avait préparé l'insurrection armée secrètement, se cachant parfois dans une hutte en forêt, Platon Elénine crie ses projets macabres sur tous les toits. "Toute action violente de la part de l'opposition est aujourd'hui justifiée, y compris une prise de pouvoir par la force, sur laquelle justement je travaille", a-t-il déclaré en janvier à la radio "Echo de Moscou".

    Aux Etats-Unis, les agents du FBI auraient tout de suite arrêté Boris Berezovski et une radio "Echo de Washington" aurait perdu sa licence pour concours apporté à l'incitation au complot armé. En Russie, comme on le sait, la démocratie est encore précaire, à l'état d'embryon, c'est pourquoi notre "Echo" continue à fonctionner et à vitupérer.

    En Grande-Bretagne, au contraire, la démocratie est bien plus forte, c'est pourquoi Jack Straw a menacé ce révolutionnaire trop bavard. "Mon pays, a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, ne tolérera pas la présence de ceux qui se servent du Royaume-Uni comme d'une base pour semer des troubles s'accompagnant de violences et le terrorisme dans d'autres pays".

    Ces propos ont été probablement interprétés avec enthousiasme par la Douma, ensuite par le Parquet général, comme une invitation à essayer à nouveau d'extraire cette mauvaise herbe russe du gazon britannique. En plus des accusations déjà lancées contre Boris Berezovski (entreprise illégale, blanchiment), il a été également accusé d'un crime bien plus grave: la tentative de prise du pouvoir par la force (article 278 du Code pénal). Des courriers diplomatiques demandant son extradition se sont alors à nouveau précipités à Londres.

    D'ailleurs, ils auraient pu faire l'économie des billets d'avion. Le résultat était prévisible. Faisant preuve d'une prévenance toute britannique, le juge londonien Timothy Workman a de nouveau ouvert un parapluie salutaire au-dessus de la tête de Platon Elénine. L'oligarque ne peut pas être extradé, puisqu'il a déjà reçu le statut de réfugié politique, a-t-il statué. Drôle de logique. Ce statut lui a été accordé, mais de nouvelles circonstances sont apparues. Lorsque le Foreign Office a rebaptisé Berezovski en Elénine, savait-il que son protégé, pour reprendre ses paroles, "travaillait sur une prise de pouvoir par la force" au Kremlin?

    Une autre thèse de Timothy Workman n'est pas moins étonnante. Il s'avère que les audiences sur l'extradition auraient pu se transformer en procès prolongé qui "entraînerait d'immenses dépenses des contribuables britanniques". Autrement dit, le refus de rendre justice est expliqué, entre autres, par le coût énorme de cette procédure pour le Royaume-Uni et l'Irlande du Nord.

    Le royaume peut être vexé. Le juge a probablement interprété trop à la lettre la caricature récemment apparue dans The Independent: Tony Blair mendiant, assis sur un banc la tête basse. Une inscription affirmait: Bientôt chômeur, j'accepte tous les dons".

    Il ne fait pas de doute qu'en prenant, une nouvelle fois, le parti de Boris Berezovski, et non pas celui du Parquet Général russe, la Grande-Bretagne ne se guide nullement sur les considérations de la jurisprudence. Un oligarque menant une vie tumultueuse, obsédé par d'interminables complots et menaçant le Kremlin est commode en tant que facteur infime, mais tout de même significatif, permettant d'exercer une pression discrète sur la Russie au moment où les rapports entre Moscou et Londres sont, dans l'ensemble, positifs, mais pas simples. Un instrument de trop n'est jamais superflu. C'est probablement la raison pour laquelle une quinzaine d'autres personnes qui fuient la justice russe et dont plusieurs sont recherchées par Interpol se sont installées confortablement en Grande-Bretagne.

    Tout cela rappelle les jeux de tolérance de Londres à l'égard des islamistes radicaux. De longues années durant, les autorités britanniques ont préféré fermer les yeux sur les collectes de fonds qui avaient eu lieu dans les mosquées de Londres et le recrutement de volontaires pour la guerre tchétchène. Mais, le 7 juillet 2005, des explosions ont retenti dans les stations de métro de la capitale où un autobus rouge à deux étages, symbole de la vie tranquille des Britanniques, a été mis en pièces.

    Certes, il ne faut prendre ce parallèle à la lettre. Platon Elénine n'a pas l'intention de prendre par la force le 10, Downing Street. Tout simplement, le jeu sournois de tolérance envers les escrocs russes en fuite et les conspirateurs d'opérette pourrait accumuler une certaine masse critique qui frappera un jour les intérêts du joueur lui-même.

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