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    Le fabuleux destin de Galina Vichnevskaïa

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    Par Anatoli Korolev, RIA Novosti

    Galina Vichnevskaïa a refusé dernièrement de célébrer son anniversaire au Bolchoï à cause de la première de l'opéra "Eugène Onéguine" qu'elle a qualifiée de gifle flanquée à Pouchkine et à Tchaïkovski, et d'outrage à la musique classique.

    Galina Vichnevskaïa est une femme au tempérament passionné, qui a justement fait ses débuts au Bolchoï en chantant Tatiana dans ce même opéra. Elle avait été choisie comme septième Tatiana, mais son talent l'avait propulsée rapidement à la première place. En outre, sa réaction passionnée trouve ses racines dans son enfance, passée avec sa grand-mère à Kronstadt, au bord de la mer Baltique, où on lui avait offert des disques de l'opéra "Eugène Onéguine".

    La future prima donna avait été bouleversée jusqu'aux larmes par cette musique divine qu'elle écoutait pendant des heures en retenant son souffle. Je serai cantatrice, avait-t-elle annoncé à sa grand-mère à l'âge de 9 ans. Elle allait alors à l'école dans des habits usés, portant des souliers tricotés par son aïeule, mais le plus terrible l'attendait à Leningrad.

    Lorsque la guerre éclata, Galina avait déjà terminé sept classes, mais bientôt toutes les écoles furent fermées. Leningrad fut encerclée. Elle eut la possibilité de partir avec sa tante et ses trois enfants, mais Galina décida de rester. Elle vécut en dépit des circonstances. La famine et le froid régnaient dans la ville. Sa grand-mère mourut rapidement. La fillette resta couchée dans une petite pièce sans pouvoir se réchauffer, bien que tout ce qui pouvait brûler parmi ses affaires eût été jeté dans un petit poêle qui, blanc de givre, attendait impassiblement qu'elle cesse de respirer. Le froid l'aurait tuée si des soldats n'étaient pas venus inspecter les maisons vides pour en retirer les morts. Soulevant la fillette inanimée de son lit froid, ils s'aperçurent qu'elle respirait encore. Au printemps, elle était déjà rétablie, et servit même dans la DCA de Leningrad. Elle recevait sa ration de 400 grammes de pain et chantait pour les marins, les soldats et les blessés. En 1944, elle fut admise au théâtre régional d'Opérette de Leningrad et devint tout de suite célèbre. Sa rare et puissante voix de soprano fut appréciée d'abord à Leningrad, puis à Moscou.

    Une irrésistible ascension

    Après son admission en 1952 au Bolchoï, elle interprète la partie de Tatiana, ensuite celles de Lise ("Aïda"), de Violette ("Madame Butterfly") et de Marfa ("Fiancée du tsar"). Elle chante aussi l'opéra à une voix de Francis Poulenc "La voix humaine" et interprète le rôle de Katerina Izmaïlova dans un film du même nom. On lui attribue le titre d'Artiste du Peuple (son diplôme du Conservatoire lui est remis en 1966). Galina Vichnevskaïa interprète les parties de Lise à San Francisco, de Lady Macbeth à Edimbourg, de la Tosca à Munich et, après plusieurs années de triomphe, termine sa carrière de cantatrice à l'Opéra de Paris par l'interprétation de cette même Tatiana de l'opéra "Eugène Onéguine" qui avait marqué le commencement de son destin rêvé.

    Galina Vichnevskaïa accueille son beau déclin dans la plénitude de ses forces. Sa séparation forcée avec la Russie en 1974, qui dura 16 ans pour elle et son époux Mstislav Rostropovitch, n'a pas affecté sa carrière. La cantatrice vit entre Paris et Moscou. Ses deux filles et six petits-fils vivent à l'étranger. Elle a construit dans la capitale russe un Centre de chant d'opéra, rue Ostojenka. Son appartement se trouve dans le même bâtiment, au-dessus des salles de classe. Avec la passion du maître, Galina Vichnevskaïa recherche énergiquement de jeunes talents à travers toute la Russie et façonne des voix brutes jusqu'à la perfection.

    Dernièrement, Galina Vichnevskaïa est revenue au cinéma, jouant dans un film d'Alexandre Sokourov. L'héroïne du film n'a rien à voir avec l'opéra, c'est une grand-mère qui se rend à Grozny pour y retrouver son petit-fils, capitaine de l'armée russe. Connaissant Alexandre Sokourov, on peut se représenter la philosophie profonde que recèle ce simple sujet. Le tournage est terminé, le film sortira à l'écran début 2007.

    La seule chose qui afflige aujourd'hui Galina Vichnevskaïa est d'entendre ses petits-enfants parler russe avec un accent.

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