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    Une civilisation antique découverte au fond du lac Issyk Kul

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    Par Tatiana Sinitsyna, commentatrice de RIA Novosti

    La découverte sur le fond du lac alpin Issyk-Kul (Kirghizie) d'une civilisation ayant existé voici 2.500 ans figure parmi les sensations archéologiques de l'année qui touche à sa fin. Cette découverte est le fruit de recherches persévérantes effectuées par l'expédition archéologique internationale "Issyk-Kul" de l'Université slave Kirghizo-russe, dirigée par le vice-président de l'Académie des sciences de Kirghizie, Vladimir Ploskikh. "Notre succès aurait été impossible sans la participation des plongeurs de la Confédération russe d'activité sous-marine", a-t-il déclaré au terme de l'expédition. Le chercheur a souligné que les résultats obtenus cette année étaient particuliers en ceci qu'ils permettent d'affirmer qu'en des temps très lointains les rives du lac Issyk-Kul étaient habitées non pas par des nomades, mais par une civilisation évoluée de type sédentaire.

    "Nous avons travaillé à une profondeur allant de 5 à 10 mètres le long du littoral septentrional du lac. Nous avons découvert sous l'eau des murailles longues d'environ un demi-kilomètre, indiquant la présence d'une grande ville couvrant une superficie de plusieurs kilomètres carrés, ce qui à l'époque était colossal, a raconté Nikolaï Loukachov, le chef de l'équipe de plongeurs russes. Ces murs ont été montés au moyen de pierres enduites d'une couche de chaux. Nous n'avons pas encore réussi à tracer le contour de la cité, mais il a été fixé approximativement sur une carte car les murs se sont partiellement effondrés".

    Les chercheurs ont précisé les cartes et les schémas des colonies englouties, de certains édifices. Ils ont aussi réuni tous les objets présentant un intérêt historique. Selon Nikolaï Loukachov, les plongeurs ont découvert sur le fond du lac des kourganes (tumulus funéraires) dans lesquels les Scythes étaient enterrés. Ils ont trouvé aussi des objets remarquablement conservés de la période scythe, dont des hachettes et des pointes de bronze, ainsi que des poignards. "La chance nous a souri puisque nous avons découvert un atelier de transformation du minerai, des débris de bronze, divers moulages, toute une pyramide de broyeuses à minerai, ainsi qu'une broche en or circulaire d'un poids de 70 grammes", a souligné Nikolaï Loukachov. On estime que cet ornement en or rappelle de par sa forme les premiers "roubles" russes qui aux temps jadis avaient fait office d'argent.

    Nikolaï Loukachov a raconté aussi que non loin de la cité de villégiature de Tcholpon-Ata, dans le fond littoral, les plongeurs avaient remarqué d'étranges cercles herbacés de 15-20 mètres de diamètre. Pour le moment il est impossible de dire exactement ce dont il s'agit. Selon l'historienne Svétlana Loukachova, chercheuse à l'Académie des sciences de Russie, ces "prairies" circulaires pourraient avoir poussé sur des vestiges animaux, peut-être sur l'emplacement d'un caravansérail ayant une écurie.

    Issyk-Kul est un lac perpétuel à l'eau légèrement salée. Il se trouve dans les montagnes du Tian Chan à 1608 mètres d'altitude. Sa profondeur au centre est de 700 mètres. Au fil de l'histoire le niveau de l'eau du lac a évolué sous l'effet de facteurs naturels, tantôt montant, tantôt baissant. Certains secteurs du littoral se sont à plusieurs reprises affaissés du fait de secousses tectoniques, engloutissant des colonies humaines.

    Le lac Issyk-Kul est réputé pour la pureté de son eau. Elle a toujours été considérée comme de l'eau bénite, cependant les autochtones ne s'y baignaient jamais, effrayés par les histoires évoquant la présence d'un monstre qui hantait ses abysses. Selon la légende, il emportait sous l'eau tous ceux qui se risquaient à se baigner. Cette croyance explique peut-être pourquoi depuis des siècles les chercheurs de trésors sous-marins ont évité ce lieu.

    C'est au XIXe siècle que des chercheurs russes ont commencé à explorer le littoral et le fond du lac Issyk-Kul. L'un d'entre eux était Nikolaï Prjevalski. Conformément à ses dernières volontés, il a été inhumé en bordure du lac. Les historiens et les archéologues s'intéressaient surtout au légendaire palais du Grand Timour (Tamerlan) qui se dressait, comme le racontent les chroniques, sur la rive de l'Issyk-Kul avant de disparaître mystérieusement.

    Ils avaient cherché aussi le monastère des Frères arméniens, lui aussi jadis englouti, et même trouvé de nombreuses croix de pierre (elle se trouvent actuellement au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg). Svetlana Loukachova a expliqué que dans l'antiquité sur ce territoire centrasiatique les groupes ethniques se succédaient tous les deux siècles. A l'époque du christianisme primaire un groupe migratoire arménien s'y était installé. La chose avait été apprise après la mise au jour d'un vieux cimetière dans les environs de Bichkek. Dans une tombe on avait trouvé une inscription en langue arménienne faisant état de l'existence d'un presbytère. Par conséquent il y avait des religieux, un évêque.

    Le Catalogue géographique catalan édité en 1380 confirme l'existence d'un monastère arménien. On y trouve une carte du monde, de l'Asie et, ce qui est étonnant, un dessin très juste de la configuration allongée du lac Issyk-Kul et son emplacement exact. Un monastère est schématiquement dessiné près du lac. En langue catalane il est écrit que l'endroit s'appelle "Issykul", que le monastère des Frères arméniens est implanté sur sa rive et qu'à l'intérieur il y a les reliques de l'apôtre et évangéliste Saint-Mathieu. Maintenant, on n'a toujours pas élucidé comment ces renseignements avaient pu parvenir aux Espagnols.

    Selon une légende, Le corps de l'évangéliste Mathieu décédé en terre éthiopienne aurait été placé dans une châsse d'argent. "Conformément à la "tradition divine", les reliques du saint auraient pu être partagées et réparties aux quatre coins du monde, et c'est ainsi qu'elles seraient parvenues au monastère arménien d'Issyk-Kul. Seulement il est parfaitement possible que la châsse dans son intégralité soit aussi arrivée dans ce monastère, estime Svétlana Loukachova. Mais la chose ne sera démontrée que lorsque la fameuse châsse sera retrouvée. Les recherches sous-marines effectuées permettent cet espoir".

    Le matériel archéologique mis au jour cette saison par l'expédition russo-kirghize est minutieusement étudié. "Des signes précis indiquent que dans la ville que nous avons découverte il y avait de très riches demeures. Cela est confirmé par des débris de vaisselles et de carreaux précieux. Il se pourrait que l'une de ces constructions soit le fameux palais de Timour", estime Nikolaï Loukachov.

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