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    Msta, un miracle venu des monts Oural

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    Vous savez ce ue c'est, "Msta" ? Consultez n'importe quel moteur de recherche sur Internet. La réponse sera à peu près la suivante: rivière de Russie occidentale se jetant dans le lac Ilmen, près de Novgorod.

    Vous savez ce que c'est, "Msta" ? Consultez n'importe quel moteur de recherche sur Internet. La réponse sera à peu près la suivante : rivière de Russie occidentale se jetant dans le lac Ilmen, près de Novgorod.

    Mais posez la même question à un officier d'artillerie. Avant de répondre, il vous demandera de préciser : le Msta-S ou le Msta-B ?

    Le Msta-S est un obusier automoteur, indice 2S19. Le Msta-B est une pièce remorquée, indice 2A65. Le deux sont destinés à détruire des charges nucléaires tactiques, des batteries d'artillerie et de mortiers, des chars et d'autres blindés, des moyens antichars, des personnels, des moyens de DCA et DAM, des postes de commandement, des ouvrages de fortification et faire obstacle aux manoeuvres ennemies en profondeur. Les Msta peuvent tirer sur des cibles observées et invisibles à partir de positions de combat défilées et à bout portant, y compris en montagne.

    Trop long? Exhaustif, en revanche. Peut-être pas toujours très clair pour les néophytes. Pour ces derniers, je me permettrai d'expliquer que l'obusier 152 mm Msta est une des meilleures pièces équipant l'armée russe (l'obusier est une pièce à tir courbe, en mesure d'élever sa bouche à plus de 45° par rapport à l'horizon et de tirer par-dessus de hauts obstacles, comme les lance-grenades).

    Les Msta ont été exposés lors de différents Salons d'armements, en Russie (Nijni-Taguil, Omsk), au Bourget et dans les Emirats arabes unis.

    A Abu-Dhabi, par exemple, le Msta-S a fait fureur. Des quarante coups tirés par des experts à une distance de 15 km (autrement dit, à partir de positions de combat défilées - le pointeur ne pouvait pas voir la cible - et en présence d'experts de 20 pays). Voilà : 38 obus ont mis en plein dans le mille, les deux autres se sont écartés de la cible de moins de 25 mètres (toujours un très bon résultat en artillerie). Car la nappe d'éclats d'un obus de 43,5 kg couvrira toujours un terrain donné : un "poste de commandement, une batterie de mortiers et d'artillerie, des moyens de DCA et de DAM" et ainsi de suite, voir la liste ci-dessus.

    Outre cette précision de tir inégalée, le Msta-S a étonné les experts par sa vitesse de tir. En une minute, il tire 8 à 10 obus. Performance irréalisable pour toute autre pièce d'artillerie du monde. Notamment, pour le mortier américain M109, qu'on pourrait qualifier sans craindre d'exagérer d'analogue du russe 2S19.

    Mais qu'est-ce qui rend possible d'attendre cette vitesse ? La parole est au constructeur Iouri Tomachov qui a reçu la médaille de Héros du Travail socialiste pour cet obusier automoteur.

    Le fait est que le Msta-S possède un système de chargement automatique. Son approvisionnement de combat est de 50 obus - explosifs, à fragmentation, à sous-munitions, antichars, de brouillage antiradar, spéciaux, - ils sont transportés dans des auges d'où, par un convoyeur mécanique, ils arrivent automatiquement à la culasse. La même chose se produit lorsque la pièce est chargée à même le sol.

    D'autre part, le Msta a, par rapport à son analogue américain, cet avantage qu'il peut être chargé quel que soit l'angle de hausse du mortier. Après un coup de feu, le canon reprend sa position initiale, ce qui augmente notablement la précision et l'efficacité de son tir.

    - Vous avez sans doute vu des reportages télévisés sur l'opération Choc et Effroi, en Irak, vous vous rappelez combien de munitions les Américains et les Britanniques ont dû transférer à la main ? Dans le Msta, tout cela est accompli par un élévateur. Et surtout, dans sa cabine, il y a un climatiseur, ce dont les artilleurs étrangers ne peuvent que rêver aujourd'hui!" s'exclame l'ingénieur.

    Iouri Tomachov a rappelé une autre particularité de son obusier : le confort pour son équipe est tout simplement garanti, chose inouïe à l'époque de l'Armée soviétique. Et, comme nous le voyons aujourd'hui, dans d'autres armées également. Premièrement, lors du tir, les soldats se trouvent à l'intérieur d'une tourelle (son acier blindé est à l'épreuve des éclats d'obus et des balles des mitrailleuses de gros calibre). Deuxièmement, ils ne sont pas menacés par la contamination chimique, bactériologique et radiologique du terrain (d'où est effectué le tir). Tout un système de filtres épure et neutralise l'air arrivant sous pression à la tourelle pour empêcher l'air environnant d'y pénétrer. Troisièmement, la culasse de l'obusier est protégée par un carter étanche (les gaz de combustion n'entrent pas dans la cabine après le tir).

    Enfin, le principal avantage de l'obusier, c'est, selon son constructeur, son système de direction du feu (SDF). Avec ses systèmes de reconnaissance, de marquage des objectifs et de direction électronique, le Msta constitue tout un complexe de frappe réalisant avec une grande efficacité et une grande précision toute mission de combat.

    Iouri Boutrine, constructeur général d'Uraltransmash (le Msta-S est construit à cette entreprise), complète le récit de l'ingénieur. Le SDF (Système de direction du feu) comporte également un calculateur balistique, un dispositif de guidage automatique sans pointage, des appareillages de rattachement topographique et d'orientation, un système de navigation par satellite (fonctionne avec le GLONASS russe et le GPS). Il est aussi possible de conserver l'information pendant une période prolongée pour dix missions de combat à la fois au moins. A ne pas oublier que ce système est bouclé par des lignes de liaison, y compris codées, non seulement sur le poste d'observation sur la ligne de tir mis aussi sur des drones dont Ptchela et d'autres appareils, même sur les avions de reconnaissance radar et de guidage A-50 (analogue russe de l'AWACS).

    Les coordonnées des objectifs déterminés par ces appareillages sont introduites automatiquement par le poste de commandement dans le SDF. Au nombre des munitions utilisées par l'obusier, on trouve le Krasnopol, à guidage laser, ou le Santimetr, un obus dit corrigible. A propos, les deux peuvent être fabriqués en version 155 mm, celle de l'OTAN.

    Les Msta destinés à l'exportation peuvent avoir aussi le calibre de 155 mm. Pour pouvoir les vendre, par exemple, en Inde : la domination coloniale britannique et des usines construites dans ce pays dans la première moitié du XXe siècle font que l'Inde produit jusqu'à présent des obus de calibre ouest-européen. Les armuriers russes ont refait leur engin pour l'adapter aux munitions utilisées dans l'armée indienne.

    Cela n'a nullement détérioré les performances du Msta. Comme toujours, l'obusier est installé sur le train de roulement du char T-80.

    Le Msta a un moteur diesel, en V, en mesure de fonctionner sur six types de carburant, d'une puissance de 840 CV. Ses chenilles, en métal/caoutchouc, de 580 mm de largeur, permettent à l'engin de franchir sans problèmes des sables à 60 km/h. Pour tirer, l'obusier n'a pas besoin de socs de stabilisation, sa masse, de 42 tonnes, lui permettant de s'en passer. Le système d'amortissement du tir - nous l'avons déjà signalé - fait automatiquement revenir, après chaque coup, les réglages et oriente la pièce suivant les coordonnées préréglées.

    Le général Vladimir Zaritski, chef des Troupes russes de fusées et d'artillerie, dit que l'armée russe recevra, d'ici à 2015, deux milliers de nouvelles pièces d'artillerie. Et ce seront, dans leur grande majorité, des Msta-S modernisés.

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