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    La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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    ESTONIE

    Les médias locaux continuent de débattre de la perspective d'une "deuxième guerre froide", qui serait provoquée aussi bien par la Russie que par les Etats-Unis. Certains journaux vont jusqu'à citer la date de son commencement. "A n'en pas douter, la deuxième guerre froide ne ressemblera pas à la première (...). Il s'agit d'une simple politique musclée que le président russe Vladimir Poutine a dissimulée derrière le concept de multipolarité (...). Il semble que la politique qui poussera les Etats-Unis à une guerre froide puisse être provoquée par deux choses. Premièrement, par les démarches de la Russie elle-même (comme à l'époque de l'arrivée des communistes au pouvoir en Europe de l'Est). Deuxièmement, par un changement d'administration aux Etats-Unis: les démocrates n'ont jamais eu avec la Russie d'aussi bons rapports que les républicains. Mais cela n'aura lieu qu'en 2009" ("Postimees", 20.02).

    Les commentateurs appellent à attirer l'attention sur la menace qui émane de la Russie pour l'Estonie. "Depuis le rétablissement de son indépendance, l'Estonie sent dans son dos le souffle menaçant de la Russie, mais sa politique de défense actuelle est plutôt concentrée sur des problèmes d'aujourd'hui, par exemple, le terrorisme (...). Mais on ne saurait oublier un seul instant les réalités géopolitiques. Les risques liés à la Russie doivent être pris en ligne de compte en planifiant toute réforme des forces de défense ("Eesti Paevaleht", 20.02).

    LETTONIE

    Les nouvelles nominations au sein du gouvernement russe sont interprétées par les médias comme le lancement de la course à la présidence russe. Les experts attribuent l'un des rôles clefs dans l'opération "Dauphin 2008" au nouveau vice-premier ministre Sergueï Narychkine. "M. Narychkine s'est vu accorder les sphères les plus avantageuses de la politique et de l'économie en Russie. En fait, elles excluent tout échec un tant soit peu notable et tout mécontentement sérieux de la population. Ce qui veut dire que les activités du nouveau vice-premier ministre ne pourront se répercuter de manière néfaste sur sa popularité. Et en plus, ces sphères lui garantissent justement des leviers réels du pouvoir (...). Un autre aspect est également à noter. Le chef adjoint de l'administration présidentielle, Vladislav Sourkov, a recommandé aux politologues de s'abstenir d'appréciations tranchées sur Sergueï Narychkine et ses activités" ("Telegraf", 23.02).

    Les observateurs sont inquiets des projets de Moscou de se retirer du traité sur les missiles de courte et moyenne portée et de pointer ses armes contre la Pologne et la République tchèque si Varsovie et Prague acceptent d'accueillir des éléments de la défense antimissile américaine. "Moscou ne dispose pas d'assez de ressources pour répondre de manière symétrique au déploiement du système ABM américain. Mais la Russie dispose d'un potentiel scientifique élevé pour trouver des solutions bon marché et efficaces. Tout porte à croire que l'erreur de l'époque de l'URSS qui a fini par ruiner son économie uniquement pour tenter de se maintenir au niveau des Américains ne sera pas répétée" ("Neatkariga rita avize", 26.02).

    LITUANIE

    Développant le thème de l'aggravation des rapports entre la Russie et ses voisins, la presse locale prédit une phase extrêmement aiguë du conflit entre Moscou et Tbilissi en 2009, année où la Géorgie devrait adhérer à l'OTAN. "Un conflit militaire pourrait éclater entre la Russie et la Géorgie. Ainsi, la Russie tentera de faire en sorte que les oléoducs du Caucase du Sud et Bakou-Tbilissi-Ceyhan fonctionnent avec des à-coups et soient considérés par les pays occidentaux comme peu fiables. Dans ce cas-là, la Russie réussirait à déstabiliser la situation en Azerbaïdjan et aussi en Turquie où les forces radicales pourraient arriver au pouvoir. Alors, ce pays renoncera lui-même à intégrer l'Union européenne pour se tourner vers l'Orient" ("Vasltieciu leikrastis, 21.02).

    L'attention de la presse locale pour le gazoduc russo-allemand Nord Stream ne faiblit pas. "L'Union européenne qui applique énergiquement une politique orientée sur l'écologie et la protection de la nature n'a pas "remarqué" la catastrophe écologique par laquelle pourrait se solder la pose du "Gazoduc nord-européen" ("Atgimimas", 20.02). "Un député du parlement estonien (...) a proposé un projet de loi élargissant les eaux territoriales de l'Estonie à 12 miles. Cela signifierait que Russes et Allemands construisant le gazoduc sous la mer Baltique auraient à s'entendre avec l'Estonie également" ("Verslo zinios", 23.02).

    UKRAINE

    La visite du maire de Moscou, Iouri Loujkov, en Crimée a été le principal sujet d'actualité de la semaine. Une partie des médias considère son intervention là-bas comme scandaleuse.

    "L'arsenal d'offenses verbales de Loujkov est toujours le même: Sébastopol est une ville russe, la transmission de la Crimée à l'Ukraine est une ineptie historique... Convaincu de ce qu'il dit, le maire de Moscou parcourt la péninsule et creuse son sillon" ("Gazeta po-kievski", 23.02).

    "La nature des propos de Loujkov est telle que si quelqu'un osait faire des déclarations du même acabit en Russie, il serait poursuivi en justice" ("Podrobnosti", 26.02).

    D'autres éditions ne sont pas tant préoccupées par les déclarations du numéro un moscovite que par les actions pratiques de Moscou visant à s'implanter sur la presqu'île. Les initiatives loujkoviennes soutenues par des investissements solides dans l'infrastructure de la Crimée représentent une menace potentielle pour la stabilité de l'Ukraine, selon certains observateurs.

    "Iouri Loujkov n'est pas venu en Crimée seulement pour faire sa publicité, comme on en a l'habitude. Non, cette visite revêtait un caractère purement pragmatique... "Nous souhaiterions participer à une mise en valeur tous azimuts de la côte orientale de la Crimée", a déclaré Loujkov. Le maire de Moscou a l'argent qu'il faut pour cela, selon ses propres mots" (Rupor, 22.02).

    "Il serait naïf de penser que Iouri Mikhaïlovitch est tellement épris de la Crimée qu'il s'y rend par pur patriotisme impérial... Son épouse est la femme la plus riche de Russie, et elle a ses intérêts d'affaires" ("Podrobnosti", 26.02).

    Selon certains médias, l'Ukraine n'est pas à même de stopper l'expansion de la Russie sur le marché national du gaz. Le partenariat avec Moscou dans le domaine de l'exploitation du système ukrainien de transport de gaz apparaît presque aux observateurs comme la seule issue à cette impasse.

    "On peut concéder que la perte par l'Ukraine d'une partie du contrôle sur son système de transport de gaz est une menace pour la sécurité nationale. Mais acheter du gaz à 230 dollars les mille mètres cubes, c'est l'enterrer... Nous pouvons encore jouer cette carte selon nos propres règles. C'est la Russie qui a actuellement intérêt à avoir accès aux gazoducs ukrainiens. Par conséquent, c'est elle qui pourrait à présent faire des concessions. Tant que les politiciens clament à haute voix la nécessité de défendre les intérêts nationaux, les Russes, en sourdine, gagnent de l'espace vital en Ukraine" ("Korrespondent.net", 23.02).

    MOLDAVIE

    Selon les analystes, la Russie "discrédite et diabolise" à dessein les dirigeants moldaves.

    "La campagne de discrédit et de dénigrement lancée par la Russie à l'encontre des dirigeants moldaves coïncide avec les efforts déployés par le Kremlin en vue de consolider les masses populaires et les institutions du pouvoir russe. En unissant le peuple, en détournant son attention des problèmes intérieurs du pays, les autorités russes ont recouru au principe de la "forteresse assiégée", s'inventant différents ennemis et menaces extérieures" ("Moldova Azi", 21.02).

    ARMENIE

    Cédant à Moscou le contrôle de l'économie arménienne, les dirigeants de l'Arménie poursuivent leurs propres objectifs, ceux de se maintenir au pouvoir à tout prix, affirment des experts. "Le transfert d'une voie de chemin de fer aux Russes a pour objectif de neutraliser définitivement la menace d'une révolution en Arménie. On commence même à penser que, pour aller encore plus loin dans leurs intentions, les autorités arméniennes cèderont aussi aux Russes, après le chemin de fer, les ponts, la poste, le télégraphe et, finalement, les blanchisseries" (Aikakan Zhamanak, 21.02). "(Le président) Robert Kotcharian joue aujourd'hui sur le champ russe. Pour se maintenir au pouvoir, rien que ces dernières années, il a cédé à Moscou la centrale thermique de Razdan, les réseaux de distribution d'électricité, l'usine "Mars", la compagnie de télécommunications "ArmenTel", les réseaux de distribution de gaz, le gazoduc Iran-Arménie, etc. Très prochainement, il se propose aussi de céder aux Russes le "Chemin de fer d'Arménie" et l'industrie minière du pays" (Aikakan Zhamanak, 27.02).

    GEORGIE

    Les médias ont reproduit la déclaration du ministre "de facto" des Affaires étrangères de l'Abkhazie, Sergueï Chamba, qui avait exhorté la Russie à adopter enfin une attitude claire à l'égard de cette république autoproclamée. "Il est déjà évident que la Géorgie entrera sous peu dans l'OTAN. Après cela, l'Arménie n'aura tout simplement pas d'autre issue. Et devinez vous-mêmes ce que fera alors l'Azerbaïdjan. Bientôt, si l'Abkhazie ne lutte pas contre cela, l'OTAN s'installera à (notre) frontière sur la (rivière) Psoou... La Russie doit donc bien réfléchir pour savoir si elle veut ou non la Transcaucasie" (24 saati, 20.02).

    AZERBAIDJAN

    Selon les journalistes, le retrait éventuel de la Russie du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) permettra à Moscou de redéployer des armements supplémentaires en Arménie. "Ce problème ne peut évidemment pas laisser indifférent l'Azerbaïdjan dont les armements conventionnels sont également réglementés par les normes du FCE et qui se trouve en état de guerre avec l'Arménie... Moscou a déjà une base militaire sur le territoire de l'Arménie et des armements en quantité inconnue sur les terres occupées de l'Azerbaïdjan. Aussi n'est-il pas difficile de s'imaginer quels arsenaux pourraient être redéployés en Arménie en cas de retrait de la Russie du Traité FCE" (Ekho, 24.02).

    Les informations selon lesquelles il y aurait en Azerbaïdjan des bases militaires américaines sont évaluées par les médias comme une "provocation de Moscou". "Dissertant sur les contours d'une éventuelle opération militaire des Etats-Unis contre l'Iran, les experts et journalistes russes rappellent qu'un groupe aéronaval américain se trouve concentré dans le Golfe, alors que les Etats-Unis ont leurs propres bases militaires dans plusieurs pays limitrophes de l'Iran: en Turquie, en Irak, en Afghanistan... Et d'ajouter que tout récemment de telles bases ont également été déployées en Azerbaïdjan. Qui plus est, on en parle avec une régularité telle que cela ne paraît pas du tout fortuit... On a tout lieu de supposer que ces allusions russes à une éventuelle frappe américaine contre l'Iran depuis le territoire de l'Azerbaïdjan ne relèvent pas du tout d'une anodine ignorance mais plutôt d'une sorte de jeu dont l'objectif est de pousser l'Iran à prendre des mesures préventives face à l'Azerbaïdjan" (Ekho, 23.02).

    KAZAKHSTAN

    Les journalistes estiment que la réorientation stratégique de l'Europe de l'Est a été provoquée par la politique agressive du Kremlin. "Aux yeux du monde civilisé, Moscou est le véritable héritier en droits de l'ancien empire russe et de l'URSS, et mène la même politique impériale que ses prédécesseurs. Selon le Kremlin, les pays de l'Europe de l'Est doivent sacrifier leurs intérêts nationaux sur l'autel des intérêts russes. Sinon ils risquent d'essuyer une rebuffade. Bref, ils ne doivent vivre et respirer qu'aux ordres de Moscou" (Egemen Kazakhstan, 23.02).

    Certains médias accusent les autorités kazakhes de léser les droits constitutionnels de la nation titulaire en favorisant l'emploi de la langue russe. "La langue kazakhe est encore défavorisée, alors que les Russes ne ressentent aucun inconfort au Kazakhstan. De nombreux médias, y compris étrangers, la télévision par satellite, ou encore Internet sont à leur disposition. Qui plus est, les chaînes de télévision locales diffusent la plupart des émissions de prime-time en russe" (Turkiston, 23.02).

    OUZBEKISTAN

    La nouvelle législation russe sur les migrations empêche les travailleurs migrants de s'adapter à leur pays d'accueil. "Le système judiciaire réglementant l'accès à l'emploi entrave l'intégration des travailleurs migrants dans la société russe... Les migrants font l'objet de différentes formes de discrimination qui se ressentent sur la nature de leur travail, le montant de leur salaire, leurs opportunités de carrière et les risques de licenciement" (Ferghana.ru, 21.02).

    TADJIKISTAN

    Les médias progouvernementaux critiquent les autorités russes pour leur complaisance envers le nouveau mouvement de l'opposition tadjike "Vatandor" (Patriote) qui agit notamment à Moscou. "Certes, la Russie est un pays "relativement libre", mais pas assez pour qu'une force hostile au président tadjik en exercice y opère librement et prépare une "révolution colorée". Moscou n'est pas Londres ni Paris. Une telle force ne peut agir sans coordination avec le pays d'accueil. Si Moscou tolère les activités d'un tel bloc, ce sera un signal sérieux pour Douchanbe, surtout dans la nouvelle situation géopolitique où Douchanbe n'est plus l'unique et principal "partenaire stratégique" de la Russie dans la région" (Asia-Plus, 22.02).

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