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    Le dernier vol de Vladimir Komarov

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    Par Youri Zaïtsev, conseiller de l'Académie des sciences de l'ingénierie, pour RIA Novosti

    Par Youri Zaïtsev, conseiller de l'Académie des sciences de l'ingénierie, pour RIA Novosti

    Le 40e anniversaire du premier vol du vaisseau spatial Soyouz sera commémoré le 23 avril. Mais le 16 mars le cosmonaute soviétique Vladimir Komarov, mort dans un accident survenu à ce vaisseau, aurait eu 80 ans.

    Le deuxième vol dans l'espace s'est avéré fatal pour Komarov. Quelque temps auparavant, sur le Soyouz multiplace Voskhod, Vladimir Komarov, le chercheur Konstantin Feoktistov et le médecin Boris Egorov avaient réalisé une première mondiale en partant pour un voyage spatial sans scaphandre, ce qui était déjà à la limite du risque. Dans le contexte de la fameuse "course à l'espace" le vaisseau multiplace Voskhod avait été conçu à la hâte à partir du Vostok de Gagarine. Pour gagner de la place on avait ôté le siège éjectable dont était doté le module de descente. Cependant, le "nouveau" vaisseau multiplace était encore trop exigu pour que trois cosmonautes enscaphandrés puissent s'y loger. Par bonheur, tout s'était bien passé.

    Son deuxième voyage, Vladimir Komarov l'a réalisé à bord du Soyouz-1. Il reste aujourd'hui le véhicule spatial le plus fiable au monde. Ses versions modernisées sont utilisées en qualité de vaisseau de secours à bord de la Station spatiale internationale. Mais à l'époque... Il est étonnant qu'un véhicule n'ayant accompli que deux vols à vide (et encore, pas très bien réussis) ait été utilisé pour expédier un homme dans l'espace!

    Les vaisseaux de la série Soyouz avaient été conçus par Sergueï Korolev. C'est lui qui avait assuré le suivi des essais des systèmes du véhicule. Les choses ne s'étaient pas passées sans difficultés lors des essais des parachutes: plusieurs répliques grandeur nature du module de descente larguées par avion s'étaient écrasées au sol.

    Après la mort de Sergueï Korolev les essais étaient poursuivis au même rythme, cependant, le constructeur général Vassili Michine qui l'avait remplacé n'avait pas une autorité aussi péremptoire et souvent il cédait aux puissantes pressions exercées d'en haut. Or, les dirigeants du pays poussaient les feux: cela faisait déjà deux ans que des vols habités n'avaient pas eu lieu en URSS. Finalement, les concepteurs du vaisseau succombèrent à la tentation et assurèrent que la présence à bord d'un cosmonaute réglerait la plupart des problèmes qui s'étaient fait jour lors des vols précédents et permettrait notamment de régler celui de l'amarrage avec le vaisseau dont le lancement était prévu le lendemain avec un équipage de trois hommes. Après l'arrimage deux de ces derniers devaient sortir dans l'espace, passer dans le Soyouz-1 et regagner la Terre à son bord.

    La préparation du vol s'était faite à des rythmes accélérés pour pouvoir lancer le vaisseau à l'occasion du 1er mai. Le départ eut lieu le 23 avril 1967. Les désagréments commencèrent dès la mise sur orbite du vaisseau: un panneau solaire refusa obstinément de se déployer. Le Zoyouz ainsi déséquilibré et insuffisamment alimenté en énergie ne pouvait plus accoster l'autre véhicule. Il fallut donc annuler le second lancement.

    Des anicroches se produisirent également dans le système de commande. De la buée empêcha le fonctionnement du détecteur d'orientation solaire et stellaire qui devait positionner le Soyouz lors de la descente au cours de laquelle il était prévu d'utiliser les propriétés aérodynamique du vaisseau. Le nouveau système d'orientation ionique lui aussi se montra capricieux en raison des "trous ioniques" dans l'atmosphère, un phénomène jusqu'ici inconnu. Le cosmonaute fut contraint d'orienter le vaisseau manuellement, en se servant d'un viseur optique.

    Après avoir rempli à la perfection et totalement le travail qu'il avait à faire en matière d'appréciation du comportement du Soyouz en vol, Vladimir Komarov se prépara au retour sur la Terre. Etant donné que le système d'orientation ionique était en panne, la rentrée ne pouvait être que balistique, impliquant de grandes surcharges. Les dernières paroles du cosmonaute captées par la Terre furent: "Ici Roubin! La séparation va avoir lieu..." Il s'agissait de la séparation des compartiments. Ensuite la voix du cosmonaute fut absorbée par le bruit des parasites... Et puis ce fut la catastrophe: le parachute principal ne se déploya pas, le module de descente percuta le sol à grande vitesse et prit feu.

    Après la séparation des compartiments et le ralentissement dans les couches supérieures de l'atmosphère les événements se succédèrent de la façon suivante. Le parachute de freinage s'était déployé, mais il n'avait pas réussi à sortir la coupole principale. Le parachute de secours était bien sûr sorti, mais comme il se trouvait dans "l'ombre aérodynamique" du parachute de freinage, l'air n'avait pas pu s'y engouffrer...

    Les raisons de l'accident n'avaient pas pu être immédiatement établies de manière précise, aussi le communiqué TASS avait-il comporté la tristement célèbre phrase: "... le parachute de descente s'étant mis en torche, le vaisseau s'est écrasé à grande vitesse, tuant sur le coup Vladimir Komarov".

    En réalité le module de descente a percuté le sol à une vitesse de plus de 50 mètres par seconde. Une fois l'incendie éteint, on ne découvrit qu'un amas d'aluminium fondu et la structure en titane du module de descente.

    La commission d'Etat déclara que les causes de la catastrophe étaient dues dans une grande mesure à l'exiguïté du logement du parachute et à sa déformation suite à l'écart de pression après l'éjection des couvercles du conteneur. Cependant, il s'est avéré que le parachute ne pouvait pas sortir de son logement. Et pas en raison d'une déformation. Le parachute de freinage aurait dû entraîner la coupole principale au moyen d'un effort ne dépassant pas 1.500 kilogrammes. Or, les tests effectués par la suite devaient montrer qu'elle aurait pu résister à une masse de 2.800 kilogrammes, ce qui correspond au poids du module de descente.

    Au cours de l'opération de pliage du parachute, des maillets avaient dû été utilisés pour le faire entrer. D'autre part, pendant les essais du module de descente en autoclave les couvercles du logement du parachute n'avaient pas été fermés comme le stipulaient les règles technologiques. A haute température le bouclier thermique du module libère une résine incolore qui se fixe sur le métal et peut accroître sensiblement le coefficient de frottement.

    En ce qui concerne la mise en torche du parachute, elle ne s'est pas produite, néanmoins les vaisseaux suivants devaient être dotés (à tout hasard) de dispositifs antivrille.

    Les restes de Vladimir Komarov ont été transférés à Moscou et placés dans la muraille du Kremlin. Le cosmonaute venait d'avoir quarante ans.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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