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    Disparition d'un grand moqueur

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    Pour ma génération, la mort de Vonnegut est comparable à la chute d'un gratte-ciel new-yorkais...

    Par Anatoli Korolev, RIA Novosti

    Le célèbre écrivain américain Kurt Vonnegut s'est éteint à New York à l'âge de 84 ans.

    Pour ma génération, la mort de Vonnegut est comparable à la chute d'un gratte-ciel new-yorkais. Une vraie légende... Son chef d'oeuvre "Le Berceau du chat" fut dans les années 1970 la Bible des contestataires. C'était d'ailleurs une parodie de la Bible où un personnage, le gourou Bokonon, proférait des aphorismes métaphysiques.

    En apprenant la mort de Vonnegut, je suis allé chercher sur une étagère ce vieux bouquin sorti aux éditions Littérature étrangère. Une couverture en papier réparée au scotch, des pages partiellement déchirées puis recollées (une cinquantaine de personnes doivent l'avoir lu), tel un soldat vaillant et éprouvé...

    Vonnegut, lui aussi, fut un soldat. Il a combattu contre les Allemands. A Dresde, où il a été fait prisonnier, il a connu les terribles bombardements britanniques de février 1945, juste avant la fin de la guerre.

    Dresde a été rasée. L'Absurde triomphait. Vonnegut a survécu par miracle. Et, de retour en Amérique, il a écrit son célèbre roman "Abattoir 5".

    Pendant toute sa vie, Vonnegut a combattu contre l'Absurde. Il croyait que l'humanité vivait selon les lois de l'Absurde, et il raillait ces lois. Sa famille, son travail, ses animaux de compagnie, l'Amérique, l'Histoire, sa passion des bijoux, son habitude de boire du café le matin et lui-même au premier chef: rien n'échappait à sa satire.

    Né le 11 novembre 1922 à Indianapolis dans la famille d'un architecte prospère (mais qui a fait faillite pendant la Grande dépression), il n'avait pas l'intention de devenir écrivain. Il entra à la faculté de chimie, mais ne fut pas un brillant étudiant. Pour éviter d'être renvoyé, il s'engagea volontairement dans l'armée pour combattre le nazisme. Une fois en Europe, il tomba presque aussitôt entre les mains des Allemands. Ses pérégrinations rappellent celles du brave soldat Svejk. De retour en Amérique, ses aventures se poursuivirent: il travailla comme reporter criminel, démarcheur, enseignant dans une école pour enfants retardés... Mais c'est la littérature qui arrêta l'aventurier. "Le Pianiste déchaîné", " Le Berceau du chat", "Abattoir 5" et "Le Breakfast du champion" sont parmi les romans qui ont forgé sa gloire, gloire qu'il accueillait lui-même avec scepticisme.

    Vonnegut est décédé comme un vieillard ordinaire. Sa femme a raconté qu'il avait fait une mauvaise chute... Il y a dans tout cela comme une ironie secrète.

    Et le livre, tout collé et recollé, que je tiens entre les mains ressemble à sa mort, aux ruines de Dresde et aux tours effondrées du World Trade Center.

    Or, Vonnegut se moquait de la mort, il croyait qu'il n'existe en réalité ni mort ni vie. Qu'est-ce qui existe alors?

    Le rire de Dieu qui créa le monde pour le tourner en ridicule.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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